Chapter 8 of 16

Consultation non sollicitée

761 words

Gotham avait beau être une ville remplie de super-criminels, de justiciers costumés et de flics corrompus, parfois... elle ressemblait juste à une ville sale avec trop de pigeons. J'étais descendu en ville pour une balade en solo. Pas de cape. Pas de masque. Juste moi, Dale Villeneuve, sweat noir à capuche, crème solaire FPS 100 dans mon sac et lunettes teintées vissées sur le nez. On aurait dit un vampire hipster. Je traînais dans un parc urbain vaguement entretenu, assis sur un banc à manger un cornet de frites trop salées, quand elle est arrivée. — Ooooh, mais c'est qu't'as une tête de dépression saisonnière, toi! Je sursautai. Une voix perchée, mais étrangement... chaleureuse. Je levai les yeux. Harley. Quinn. Pantalon rouge et noir, t-shirt avec un smiley ensanglanté, deux couettes blondes et un regard pétillant comme une canette de soda secouée depuis trop longtemps. Elle portait une paire de lunettes en forme de cœur et une batte de baseball à paillettes accrochée dans le dos. Et elle me regardait comme un chaton abandonné. — Euh... pardon ? Elle s'assit à côté de moi, sans invitation, jambes croisées comme si on était déjà amis. — Toi, mon p'tit flocon, t'es en crise identitaire grave. Je reconnais les symptômes: posture molle, frites froides, regard perdu dans le vide comme si t'attendais un twist existentiel. Je clignai des yeux, confus. — T'es... Harley Quinn. Genre... la Harley Quinn. — C'est moi! Ancienne psy reconvertie en icône chaotique, ex de Mister J, maintenant en semi-liberté conditionnelle auto-attribuée! Et toi, mon sucre d'érable? Comment t'appelles-tu? — Dale... Villeneuve. Elle se pencha vers moi, renifla l'air autour de mon visage. — T'es pas d'ici. T'as une odeur de sapin et de neige. Tu viens du Canada? — Ouais, comment tu... — Chut. Intuition professionnelle. Je suis une ancienne docteure, tu sais. Une vraie. Avec un diplôme et des chèques étudiants à rembourser. Et aujourd'hui, je sens dans mes os d'experte que tu vas très mal. — J'ai pas besoin de psy, Harley. — Et moi j'ai pas besoin d'un job stable, et pourtant me voilà, avec un sac de bonbons pour enfants et un formulaire de diagnostic maison ! Elle sortit un petit carnet rose bonbon décoré de stickers de chats tueurs. — Nom: Dale. Signe astrologique? — Gémeaux. — Bien sûr. Tant de rage contenue derrière ce joli minois. Trauma de l'enfance? — ...Oui? — Bingo. T'as un regard de gars qui a perdu plus que son poids en chocolat. Allez, balance tout. C'est thérapie de rue aujourd'hui! Je l'ai regardée, interdit. Et puis... j'ai ri. Un petit rire. Étonné. Vaincu. Parce qu'elle avait pas tort. Je finis par lui raconter. Pas tout, mais une version édulcorée. Que j'étais nouveau à Gotham. Que mes parents étaient morts. Que je me sentais perdu, différent, et coincé dans une famille où tout le monde portait un masque — littéralement ou pas. Évidemment, je ne lui ai pas dit que je vivais chez Batman, je suis pas cinglé à ce point! Elle m'écouta sérieusement, les doigts posés contre ses tempes comme une prof de yoga démoniaque. — T'as un syndrome de l'imposteur massif couplé à une dissociation de l'identité de genre contextuelle et une surcharge affective refoulée. Et probablement une dépendance affective camouflée par de l'humour. Tu prends du sucre avec ça? — ...Hein? Elle me tendit un cupcake. Vanille. Avec un petit bonhomme en sucre dessus qui souriait comme s'il savait des trucs horribles. — Cadeau. Parce que t'as partagé. Je pris le cupcake, un peu hésitant. — Et maintenant? — Maintenant? Je deviens ta psy. Non officielle. Gratuite. Sauf si tu veux me payer en frites, bisous sur le front ou plans sur Batman. Je faillis m'étrangler. — QUOI?! — Bah quoi? J'ai un faible pour les types masqués et tourmentés. Et j'ai pas encore réussi à mettre la main sur un rendez-vous avec ton tuteur trop musclé. Mais toi... t'as le regard. Tu pourrais être intéressant. Elle me fit un clin d'œil. — T'inquiète, je te veux rien de mal. Je veux juste... t'aider à déconstruire ton chaos intérieur. Et accessoirement, avoir quelqu'un à qui raconter mes rêves bizarres où des castors chantent du Lady Gaga. Quand elle partit — en dansant sur un banc et en criant aux pigeons qu'ils étaient ses disciples ailés — j'étais resté là, le cupcake dans une main, les frites dans l'autre, le cerveau en vrac. Harley Quinn avait décidé qu'elle était ma psy. Et le pire, c'est qu'au fond de moi... ...je crois que j'en avais vraiment besoin.

End of Chapter 8