Chapter 7 of 16

Rouge, vert et vertige

778 words

Je n'avais rien demandé. Pas le costume. Pas le rôle. Pas le poids de l'héritage. Mais ce matin-là, Bruce m'avait simplement dit: — Rejoins-moi dans la Batcave. Seul. J'avais eu un mauvais pressentiment. Du genre qui te serre les tripes comme un lacet trop serré. Mais j'y étais allé, bien sûr. Parce que c'est Bruce. Parce que même quand il est vague, il est impossible à ignorer. Je descendis par l'entrée secrète derrière la bibliothèque — un cliché délicieux, je dois l'avouer. La grotte était toujours aussi massive, aussi vivante. Écrans, ordinateurs, chauves-souris qui volaient quelque part dans l'ombre. Bruce se tenait dos à moi, face à un présentoir. Il avait retiré la cape. Il était en noir complet. Pas Batman. Juste Bruce Wayne. Et à ses côtés, un mannequin silencieux, figé, drapé d'un costume aux couleurs familières. Rouge. Vert. Jaune. Le « R » cousu sur la poitrine. Les gants renforcés. Les bottes. Une cape noire doublée d'or. Le costume de Robin. Mais pas une copie. Une version unique. Ma version. Je m'approchai lentement. La cape était plus longue, pour protéger ma peau du soleil. Le tissu semblait souple, léger, mais blindé de micro-armatures. Le masque était discret, noir mat, conçu pour ne pas provoquer de réaction avec ma peau ultra-sensible. Et sur la ceinture... un petit pendentif métallique en forme de flocon de neige. J'ai tourné un regard vers Bruce. — C'est Dick qui a eu l'idée du flocon, dit-il. Il a dit que t'étais pas comme les autres. Et qu'un flocon, c'est unique. Fragile. Mais aussi tranchant comme une lame de rasoir, quand il tombe dans le bon angle. Je suis resté silencieux. Mes doigts tremblaient un peu. — Je t'oblige à rien, Dale. Ce costume, tu n'es pas obligé de le porter. Il n'est pas un contrat. C'est une possibilité. Je le fixai. — Alors pourquoi me l'avoir fait ? — Parce que malgré tout ce que tu as vécu, tout ce que tu ne comprends pas encore... tu es là. Et tu veux comprendre. Tu veux t'intégrer. Grandir. Et protéger ce que tu découvres. C'est ça, être Robin. Je ris, un peu nerveusement. — Même si j'ai pas encore lancé un seul Batarang ? — Même si tu rates tous les entraînements pendant un mois. Même si tu ne sors jamais en mission. Ce costume, c'est pas une armure de guerre. C'est un symbole. Je m'approchai encore, tendis la main, et effleurai le tissu. Il était tiède. Vivant. J'ai pensé à Dalphée. À la patinoire. À mes anciens costumes, pailletés, faits pour danser sous les projecteurs. Celui-là... n'avait pas de strass. Mais il brillait d'autre chose. — Est-ce que les autres l'ont vu? demandai-je. — Non. C'est entre toi et moi. Je souris. — Ça va faire jaser. Jason va ricaner, Tim va recalculer mes chances de survie à chaque patrouille, et Dick va pleurer en douce comme une drama queen. — Ils s'y feront. Robin, c'est pas une place fixe. C'est un flambeau. Je pris une inspiration. Et j'enfilai le costume. La sensation fut étrange. Pas comme enfiler un collant de patinage. Pas comme un uniforme. Quelque chose de plus... dense. Plus chargé. C'était comme enfiler un souvenir qui ne m'appartenait pas encore. Quand je relevai la tête, Bruce me regardait. Et pour une fois, son visage était... fier. — Tu ressembles à un héros, murmura-t-il. — T'as des lunettes roses trop sombres, mon vieux. J'ai l'air d'un enfant cosplayé dans une convention qui a mal tourné. Mais j'avais le cœur qui battait trop vite. Et je n'avais pas envie de le cacher. Dick descendit par la rampe quelques minutes plus tard. Il s'arrêta net, les yeux sur moi. — Eh ben... tu le portes vachement bien, bonhomme. — Je le remplis, tu veux dire? — Non. Tu l'habites. Jason entra à son tour. Il fit un rictus, bras croisés. — Génial. Un nouveau pixie en collants. Je le pointai du doigt. — À ton époque, y'avait encore une mini-culotte et des bottes rouges. J'ai au moins échappé à ça. — Touché, grommela-t-il. Tim resta en retrait, mais je vis son regard s'attarder sur le pendentif en flocon. Il hocha imperceptiblement la tête. Pas d'hostilité. Juste une sorte de respect distant. Ça me suffisait. Alfred apparut enfin. Il me regarda longuement. Puis déclara, simplement: — Monsieur Robin. Et dans sa voix, il n'y avait ni sarcasme, ni doute. Juste une reconnaissance tranquille. Je ne savais pas ce que ça voulait dire, d'être Robin. Mais à cet instant précis, en me tenant droit au centre de la Batcave, entouré d'ombres, de lumière, de regards, et d'un futur encore flou... Je n'avais plus peur.

End of Chapter 7