Chapter 10 of 16

Le silence après la chute

729 words

Il était deux heures du matin quand on poussa la porte du salon. Pas de grande cérémonie. Pas de discours héroïque. Juste trois corps fatigués qui traînaient leurs bottes pleines de poussière, de sueur et de sang séché à travers le parquet impeccable de Wayne Manor. Bruce enleva sa cape d'un geste lent, presque cérémoniel. Il la posa sur le dossier du canapé en cuir, puis s'assit. Sans un mot. Il se massa les tempes. Dick s'affala sans gêne sur le tapis moelleux, bras en croix, comme s'il essayait de fusionner avec le plancher. Il grommela: — Je sais que Gotham est pourrie, mais on pourrait demander aux gangs de ne pas bosser les soirs où j'ai envie de me faire des nouilles ramen et de regarder un film, non? Je restai debout, sans savoir où me mettre. J'étais encore en tenue. Ma cape traînait légèrement derrière moi. J'avais une ecchymose qui pulsait dans mes côtes, une entaille au bras, et la cheville douloureuse. Mais j'étais entier. Et... je l'avais fait. J'avais survécu. Je m'approchai lentement d'un fauteuil, et m'y laissai tomber comme une crêpe fatiguée. Alfred entra, comme invoqué par une loi de l'univers. En peignoir. Avec une théière. Il ne dit rien, ne fit aucune remarque cinglante. Il nous servit simplement du thé, déposa une assiette de petits biscuits maison — vanille, cannelle, et amour inconditionnel — puis repartit. Je pris une tasse entre mes mains tremblantes. Le silence s'éternisa. Je le rompis le premier. — J'ai paniqué quand t'es tombé, Bruce. Il leva les yeux vers moi. Son regard était grave, mais pas dur. — Tu as agi. C'est ce qui compte. — Et si je m'étais planté? Et si j'avais empiré les choses? Et si j'avais figé? Dick leva un doigt depuis le sol. — Bienvenue dans la vie de justicier. — C'est pas censé me rassurer, ça? — Non. Juste te prévenir que ça ne changera pas. Je soufflai sur ma tasse. Le thé était chaud, fort, épicé. Il faisait trembler un peu mon estomac, déjà serré par l'adrénaline. — Je... je crois que je me suis senti vivant là-bas. Vraiment vivant. Mais aussi terrifié. Et... lucide. Comme si, pendant deux secondes, j'avais compris pourquoi vous faites ça. Bruce inclina lentement la tête. — C'est souvent dans la peur qu'on trouve nos vraies raisons. Je fixai le feu dans la cheminée. Il crépitait doucement. Le genre de son qui endort, qui réconcilie. — J'ai eu peur de te perdre, avouai-je, presque à voix basse. Pas juste parce que c'est toi, Bruce. Mais parce que... si t'étais tombé pour de bon, j'aurais été seul. Vraiment seul. Plus de figures paternelles, plus d'ancrage. Juste... un gamin paumé dans un monde qui n'est pas le sien. Bruce me fixa longuement. Il ne dit rien. Pas tout de suite. Puis il murmura: — Tu n'es pas seul, Dale. Tu ne l'as jamais été depuis que tu as franchi ces portes. Et même si tu refuses un jour d'être Robin, même si tu pars... tu resteras toujours... l'un des nôtres. Dick se redressa à moitié, bâillant. — Traduction: t'es de la famille maintenant. Que ça te plaise ou pas. — ...Je crois que ça me plaît. Je souris, fatigué. Bruce quitta la pièce en silence, après un moment. Il avait besoin de solitude, de silence, de calculs et de regrets. Ça faisait partie de sa méthode. Dick me lança un coussin à la tête. — Hé, flocon. — Quoi ? — Tu t'en es bien sorti. Vraiment. T'as géré. Et ça m'impressionne. C'est pas souvent que je dis ça à quelqu'un qui porte une cape aussi longue que la tienne. Je ris doucement. — T'as l'intention de m'embêter longtemps avec ça? — Jusqu'à ma mort. Ou la tienne. On verra qui gagne. Il sourit, et ce sourire me fit chaud au cœur. Je restai un moment seul dans le salon après que Dick fut parti à son tour. Je regardai les flammes danser, puis je retirai lentement mes gants. Mes doigts étaient rouges, marqués. Mes mains, trop fines, tremblaient encore. Mais au fond de moi, quelque chose s'était solidifié. Je n'étais plus juste un passager dans ce monde. J'étais devenu quelqu'un ici. Et même si tout ça venait avec des risques, des blessures, des ombres... j'étais prêt à continuer. Parce que malgré tout... Je ne me sentais plus invisible.

End of Chapter 10

Chapter 10: Le silence après la chute - Robin malgré moi | Novel AI Studio