Chapter 9 of 17
Le sceau invisible
835 words
La porte de ma chambre se referma derrière moi dans un petit cliquetis métallique. J'attendis un instant, l'oreille tendue vers le couloir, mais aucun bruit ne vint troubler le calme nocturne. Je savais déjà que Nana dormait profondément: son souffle régulier filtrait encore sous la porte de sa chambre.
Je me retournai.
Reborn était assis sur ma chaise de bureau comme si elle lui appartenait, son chapeau baissé, les jambes croisées. Il ne disait rien, il me regardait simplement avec cette fixité dérangeante. Pas d'impatience, pas de curiosité, juste une sorte de présence écrasante. Comme si toute tentative de fuite ou de mensonge serait inutile.
— Assieds-toi, dit-il simplement.
Je m'exécutai. Pas par obéissance aveugle, mais parce que je voulais lui montrer que je n'avais pas peur de lui. Pas autant qu'il l'espérait, en tout cas. Je m'installai sur mon lit, le dos bien droit, et j'attendis.
Il parla le premier.
— Tu comprends désormais la situation.
Une phrase vague, volontairement ouverte. Il me testait. Mais je n'allais pas lui offrir une réaction banale. Je ne hochai pas la tête, je ne fis pas semblant de demander des explications.
Au lieu de ça, je répondis froidement:
— Tu as oublié un détail.
Son sourcil tressaillit à peine. C'était la seule réaction.
— Vraiment? demanda-t-il d'une voix neutre.
— Oui. Tout ce que tu m'as montré, tout ce que tu m'as dit... il y a une faille.
Je me penchai légèrement vers lui, mes coudes posés sur mes genoux.
— Tsuna n'est pas naturellement faible.
Ses yeux s'assombrirent, mais il ne m'interrompit pas.
— Cette faiblesse, cette maladresse ridicule... ce n'est pas moi. C'est artificiel.
Je laissai un silence peser dans la pièce avant d'asséner:
— Ma flamme a été scellée.
Le mot tomba comme une pierre dans un lac. Léon, roulé sur son bras, bougea brusquement comme s'il avait capté l'électricité ambiante.
Reborn ne souriait plus.
— ... Explique.
Je crus percevoir une nuance glaciale dans sa voix. Un avertissement, peut-être. Mais je ne baissai pas les yeux.
— Depuis mes cinq ans, dis-je calmement. C'est à ce moment que tout a basculé. Avant, je me souviens de réflexes plus nets, d'une mémoire plus vive, d'une énergie différente. Puis... tout s'est brouillé. Mes notes ont chuté, mes mouvements sont devenus lourds, ma tête s'est remplie d'un brouillard constant. Et pourtant, parfois, par éclats, j'arrivais à raisonner avec une clarté presque douloureuse. Comme si quelque chose voulait sortir, mais restait enfermé.
Je serrai mes poings.
— Tu crois que je ne remarque rien? J'ai passé des années à analyser chaque geste, chaque pensée. Rien de ce que je suis aujourd'hui ne correspond à ce que je devrais être. C'est trop calibré. Trop précis.
Reborn m'écoutait en silence, mais je savais qu'il enregistrait tout. Alors, j'allai plus loin:
— Et je sais aussi qui est responsable.
Il inclina très légèrement la tête.
— ... Qui?
— Iemitsu.
Cette fois, j'eus droit à une réaction. Un éclat rapide passa dans ses yeux, un mélange de surprise et d'évaluation. Mais il ne dit rien.
Je poursuivis:
— C'est lui qui a demandé le scellement. Et Nono l'a exécuté.
Le silence qui suivit fut pesant. On aurait entendu une aiguille tomber sur le parquet. Reborn ne bougeait pas, et pourtant sa présence emplissait la pièce jusqu'à m'écraser la poitrine.
— Tu es sûr de ce que tu avances? dit-il enfin.
Je haussai les épaules.
— Tu as vu de tes propres yeux que mes «incompétences» sont trop ciblées pour être naturelles. Tu es assez intelligent pour savoir que ça ne colle pas. Appelle ça une hypothèse si tu veux. Mais c'est la seule qui explique tout.
Je marquai une pause, puis ajoutai avec une pointe de défi:
— Et toi, tu le sais très bien.
Il ne répondit pas immédiatement. Ses yeux noirs me scrutaient, cherchant peut-être une faille dans mon assurance. Mais il n'y en avait pas. J'avais pesé chaque mot, chaque geste.
Enfin, il se redressa légèrement.
— Si ce que tu dis est vrai, alors tu n'es pas faible. Tu es simplement verrouillé.
Un mince sourire étira mes lèvres.
— Exactement.
Je le fixai avec intensité.
— Alors, ne me traite pas comme un incapable. Je ne suis pas «Dame-Tsuna». Je suis celui qu'on a décidé d'étouffer. Et maintenant que je me suis réveillée, j'ai décidé que ça allait changer.
Il posa une main sur son chapeau, le fit légèrement basculer vers l'avant.
— Kufufufu... intéressant. Très intéressant.
Son rire ne m'atteignit pas. Au contraire, il me donna la confirmation que je venais de retourner la partie.
— Mais, reprit-il, une hypothèse reste une hypothèse. Les faits sont tout ce qui compte.
— Alors teste-moi, lançai-je sans hésiter.
Nos regards se croisèrent, et une tension électrique emplit la pièce. Ce n'était plus une discussion: c'était un duel silencieux. Lui, le tueur légendaire. Moi, l'héritier supposément brisé.
Et pourtant, dans cette chambre trop petite, je savais que pour la première fois... je n'étais pas celui qui avait peur.