Chapter 8 of 17

Les flammes de vérité

827 words

Le silence de la maison me pesait. Nana dormait enfin, ses pleurs transformés en une respiration calme. Je l'avais entendue soupirer derrière sa porte, et, pendant un instant, j'avais senti un pincement au cœur. Même elle, douce et souriante, portait en elle des fêlures invisibles que j'avais toujours ignorées. Et moi... moi, j'étais coincée dans un rôle qui ne me convenait pas. Pas le mien. Reborn était assis sur ma chaise, jambes croisées, comme s'il avait annexé mon espace personnel sans demander la permission. Ses yeux noirs me fixaient avec cette intensité prédatrice qui me donnait à la fois envie de détourner le regard... et de le défier. — Elle dort, dit-il. Je hochai la tête. — Parfait. Alors on peut passer aux choses sérieuses. Je fronçai les sourcils. — Tu veux dire... autre chose que ton mensonge sur le tutorat et ton excuse ridicule de «nanisme»? Un petit sourire s'étira sur ses lèvres. — Tu es plus lucide que le Tsuna que j'ai connu à travers les rapports. Ça m'arrange. Il sauta du bureau et s'approcha. — Écoute bien: tu es l'héritier de la famille Vongola. Je ne clignai même pas des yeux. — ... La mafia. — Exact. Il semblait attendre une réaction de panique, de rejet, mais je me contentai de l'observer, les mains croisées sur mes genoux. Mon cerveau moulinait à toute vitesse: la logique, les implications, les risques. — Donc, si je comprends bien, repris-je calmement, tu m'annonces que je suis censée diriger une organisation criminelle internationale. Organisation qui, si elle est aussi puissante que tu le prétends, a probablement des ennemis prêts à me réduire en miettes dès qu'ils sauront que j'existe. — Tu résumes bien, admit-il. — C'est grotesque. Ses yeux brillèrent. — Pourquoi grotesque? Je laissai échapper un rire amer. — Parce que tu ne sembles pas comprendre à qui tu parles. J'ai vingt-cinq ans de vécu, moi. Pas quatorze. Je ne suis pas naïve au point de croire que je pourrais transformer une mafia en... club de lecture. Et je ne suis pas stupide au point de penser que je pourrais commander des gens qui, de base, ne m'obéiraient jamais. Je me penchai vers lui, mes yeux accrochés aux siens. — Mais surtout... je n'ai aucune envie d'être responsable d'une armée de tueurs. Reborn ne bougea pas. Il se contenta de me fixer, intrigué. — Intéressant. La plupart des héritiers que j'ai formés commencent par refuser. Mais rarement avec autant de... logique. Il tira son chapeau vers l'avant. — Très bien. Si tu veux des faits, parlons de faits. Son caméléon Léon se transforma en pistolet. D'un geste fluide, il le leva et pressa la détente. Une balle flamboyante s'échappa, illuminant ma chambre d'une lueur orange presque surnaturelle. Elle se dispersa dans l'air en étincelles. Je la fixai, fascinée malgré moi. — Une flamme... — Pas n'importe quelle flamme. La flamme de la volonté. Elle naît de la détermination, des regrets, de la force intérieure. La famille Vongola s'appuie sur elle depuis des générations. Toi aussi, tu portes cette étincelle. Je le regardai droit dans les yeux. — Tu crois vraiment que je vais avaler ça comme une prophétie sortie d'Harry Potter? Il eut un rictus. — Et pourtant, c'est réel. Je me levai du lit, marchai vers la fenêtre et croisai les bras. Mon reflet me renvoyait l'image d'un corps d'adolescent que je n'avais jamais demandé à habiter. Une ironie cruelle: dans ce monde, j'étais coincée dans une enveloppe encore plus loin de mon identité. — Tu parles de volonté, soufflai-je. Moi, ma volonté, elle se résume à protéger les enfants et les gens que j'aime. Le reste? Je n'ai pas de scrupules à m'en détacher. Si tu crois que je vais jouer les chefs charismatiques pour faire briller une mafia, tu perds ton temps. Je sentis son ombre derrière moi avant même qu'il ne parle. — Et si je te disais que tôt ou tard, ces enfants que tu veux protéger seraient pris pour cible? Je me retournai brusquement. — ... Il avait visé juste. Mon masque froid se fissura une seconde, assez pour qu'il le voie. — Voilà ta faiblesse, déclara-t-il calmement. Ta sensibilité. Elle peut te détruire... ou te sauver. Son arme se leva de nouveau, et cette fois, le canon pointa droit sur moi. — Reborn... — La balle de dernière volonté, dit-il. Elle fait exploser ce que tu caches, ce que tu refuses de voir. Si tu veux comprendre ta flamme, tu n'as pas le choix. Je déglutis. Une part de moi brûlait de curiosité. Une autre hurlait de méfiance. — Tu veux me tirer dessus pour prouver un point? — Exactement. Son sourire était carnassier, mais ses yeux, eux, scrutaient la moindre de mes réactions. Je respirai profondément. Si je survivais à ça, peut-être que je saurais enfin quelle était ma place dans ce monde absurde. Et si je ne survivais pas... au moins, je n'aurais plus à porter ce fardeau.

End of Chapter 8