Chapter 10 of 17

Le test du feu scellé

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Le silence s'était étiré si longtemps que j'en venais presque à croire que Reborn allait quitter la pièce sans un mot. Mais il ne bougeait pas. Il me fixait, les yeux mi-clos, les doigts tapotant légèrement sur la crosse de son pistolet. Son cerveau tournait à toute vitesse, j'en étais sûr. Enfin, il parla, de cette voix calme et glaciale qui ne promet jamais rien de bon. — Si ce que tu dis est vrai... alors tu n'aurais jamais dû survivre à la balle de dernière volonté. Je soutins son regard sans ciller. — Je sais. Il se leva du bureau d'un bond souple, presque félin. Son ombre s'étira sur le mur, immense malgré sa taille. Léon glissa de son épaule, se transformant en un pistolet noir au métal luisant. — Et pourtant, continua-t-il, ta flamme a réagi, même faiblement. Ce n'est pas cohérent. Si ton sceau est complet, tu aurais dû t'effondrer. Si ton sceau est partiel, il aurait dû se briser sous la pression de la balle. Il s'approcha, ses pas à peine audibles sur le plancher. — Alors, nous allons vérifier. — Tu veux dire... ici? maintenant? Son sourire s'élargit, et une lueur amusée dansa dans ses yeux. — Il n'y a pas de meilleur moment que la vérité. Un frisson me traversa, mais ce n'était pas de la peur. C'était une sorte d'excitation froide, une anticipation rationnelle. Il allait faire ce que personne n'avait osé faire depuis presque dix ans: confronter le mensonge. Je me redressai lentement. — Si tu veux tester le sceau, fais-le proprement. Si c'est vraiment ce que je crois, le briser brutalement pourrait... — Tuer, oui. Sa réponse claqua avant même que j'aie fini ma phrase. — Je sais, reprit-il calmement. Un Ciel dont la flamme est scellée ne peut pas supporter un choc trop violent. Sa propre énergie se retourne contre lui. Il leva son arme, et je sentis instinctivement la chaleur familière de la flamme de dernière volonté pulser au bout du canon. — Tu es prêt? Je pris une longue inspiration. — Fais-le. Une lueur jaune éclata, brève, silencieuse. Pas de douleur d'abord, juste un choc sec dans la poitrine, comme si mon cœur ratait un battement. Puis la chaleur arriva. Une vague brûlante, pulsante, qui remonta ma gorge, mes tempes, mes mains. Je tombai à genoux. Mon souffle se bloqua. Quelque chose grondait en moi, lourd, ancien, enfoui depuis trop longtemps. C'était comme si mille chaînes invisibles se tordaient sous la pression. «Tu es trop tôt...» Une voix? Une mémoire? Impossible de dire. Tout tournait. Je sentis mes doigts trembler, la peau sous mes ongles devenir douloureuse, et puis une flamme, minuscule mais bien réelle, jaillit entre mes mains. Elle n'était pas orange. Elle était blanche. Une flamme du Ciel pure, trop pure — si concentrée qu'elle en devenait instable. Reborn fit un pas en arrière, ses yeux soudain sérieux. Même lui n'avait pas anticipé ça. — ... Intacte, murmura-t-il. Le sceau est total. Et pourtant, elle répond encore. Je ne pouvais plus répondre. La douleur m'écrasait, pas physique, mais existentielle. Comme si chaque fibre de mon être essayait de se souvenir de ce qu'elle avait été avant l'étouffement. Je vis des images floues: un homme barbu en costume clair — Iemitsu — parlant à une silhouette plus âgée, le Nono. Une main levée, une lumière dorée, puis le noir. Et le froid. Je tombai sur le sol, haletant. Ma respiration revenait saccadée, irrégulière. La flamme s'éteignit d'un coup, avalée par une ombre invisible. Reborn se pencha aussitôt, posa deux doigts sur mon cou. — Pouls instable. Respiration difficile. Mais tu tiens. Il rangea son arme et s'assit sur le bord du lit, comme si tout cela n'était qu'une formalité. — Félicitations, dit-il. Tu viens de prouver que tu ne mens pas. Je me redressai lentement, encore secoué. — Et maintenant? soufflai-je. Son expression redevint sérieuse. — Maintenant, on sait que ton corps et ta flamme survivent malgré le scellement. Mais ça ne durera pas éternellement. Le scellement est une épée à double tranchant. Si on ne le retire pas, il te détruira à petit feu. Je ricanai doucement, sans joie. — Ça, c'est une habitude. Il ne répondit pas. Son regard se fit plus perçant, plus calculateur. — Je peux t'aider, dit-il. Mais ce ne sera pas gratuit. — Tu veux dire, «je dois devenir le prochain boss», n'est-ce pas ? Un léger sourire. — Tu comprends vite. Je détournai les yeux. L'idée me répugnait encore. Mais je savais aussi que je n'avais pas d'alternative. Tant que le sceau existerait, je serais un pantin enfermé dans mon propre corps. — Qu'est-ce que tu veux faire, exactement? demandai-je. Il prit Léon dans sa main, qui se transforma en une minuscule seringue métallique. — Pas le briser, pas encore. On va le cartographier. Voir où il se situe, comment il s'ancre dans ta flamme. Si je me trompe, on ne touche à rien. Si j'ai raison... on trouvera la faille. Je fronçai les sourcils. — Et si tu te trompes? — Alors tu mourras, répondit-il avec le même ton que s'il parlait de la météo. Je souris malgré moi. — Charmant. Il s'approcha, posa la pointe contre mon sternum. Une chaleur diffuse s'éleva, presque agréable. Puis des cercles de lumière apparurent sur ma peau, s'étendant comme des racines dorées. Je compris alors ce qu'il voulait dire par «sceau total». C'était une toile. Un entrelacement d'énergie dense, couvrant toute ma poitrine, remontant jusqu'à ma tête. Une prison invisible. Reborn observa longuement, sans un mot. Puis il siffla doucement. — C'est du travail d'orfèvre. Un scellement à triple verrouillage. Il faut trois signatures pour l'activer: celle de Nono, celle d'un Ciel, et... celle du sang. — Celle d'Iemitsu, murmurai-je. — Exactement. Je sentis ma gorge se serrer. Pas de colère. Pas encore. Juste une lassitude immense. — Donc, il savait. Depuis tout ce temps, il savait que j'étais enfermé. Je m'en doutais fortement puisque je l'avais entendu le demander mais tout de même... c'est une véritable trahison. Reborn hocha la tête. — Il t'a protégé à sa façon. Il devait vouloir t'éloigner de ce monde. Mais il t'a aussi condamné par ce choix. Il se redressa, rangeant Léon dans sa poche. — Ce n'est pas à moi de juger ses raisons. Mais si tu veux vivre... il faudra le lever. Je me laissai retomber sur le lit, fixant le plafond. — Tu sais que je n'ai pas envie de devenir chef de quoi que ce soit. — Je sais. Mais ce n'est pas une question de vouloir, maintenant. C'est une question de survie. Un silence s'installa. Puis, presque sans le vouloir, je murmurai: — Et si je ne veux pas survivre comme ça? Reborn se contenta de me lancer un regard lourd de sens. — Alors je ferai en sorte que tu changes d'avis. Il sauta du lit, remit son chapeau, et se dirigea vers la porte. — Repose-toi. Demain, on commence l'entraînement. — Pour lever le sceau? — Pour être prêt quand il sautera. Et il disparut dans le couloir, me laissant seul avec la brûlure fantôme de ma flamme, et la certitude glaciale que, dès demain, ma vie ne m'appartiendrait plus.

End of Chapter 10