Chapter 16 of 17
Ce qui reste quand le feu s’éteint
758 words
Il n'y a pas d'explosion. Pas de cri. Pas de lumière aveuglante.
La rupture du sceau ne ressemble pas à ce que Reborn avait imaginé — ni à ce que moi j'avais redouté.
Elle ressemble à une expiration.
Je suis assis·e au centre de la chambre, le dos droit, les mains posées sur mes genoux. La flamme pulse en moi, plus fort que jamais, mais elle n'est plus chaotique. Elle est... claire. Trop claire. Tsuna est là. Je le sens. Pas en face de moi cette fois, pas dans un espace mental fracturé.
Il est partout.
C'est maintenant, dit-il.
Sa voix ne tremble plus.
Ce n'est plus celle d'un garçon perdu.
— Tu es sûr ? je demande.
- Oui.
La flamme blanche s'élève, mais elle ne se divise plus. Elle se sépare.
Je comprends alors ce que Faustino voulait dire par flamme de Seuil. Elle n'était pas destinée à exister éternellement. Elle était faite pour ouvrir une porte.
Le sceau posé par Nono — renforcé par Iemitsu — apparaît enfin à mes yeux. Pas comme une chaîne ou une barrière, mais comme un système complexe, ancien, presque élégant. Il ne bloquait pas Tsuna. Il le retenait à distance de lui-même.
Et moi... J'étais l'anomalie qui avait permis de contourner la structure.
— Tu n'aurais jamais dû porter ça seul, murmuré-je.
La flamme répond, se contracte, puis cède.
Ce n'est pas violent. C'est définitif.
Je sens quelque chose se détacher de moi — ou plutôt, je me détache.
Le corps de Tsuna devient soudain lourd, trop dense, comme une gravité à laquelle je n'appartiens plus.
Je tombe.
Ou je flotte.
Difficile à dire.
Tsuna est là, face à moi, plus net que jamais. Il n'est plus fragmenté. Plus flou. Ses yeux brillent — pas de peur, pas de panique.
— Tu vas t'en aller, dit-il.
— Oui.
Il baisse la tête un instant.
— Est-ce que... j'ai été utile?
La question me serre la poitrine plus que je ne l'aurais cru.
— Tsuna, tu as survécu à quelque chose que personne n'aurait dû traverser. Tu as tenu bon alors qu'on t'avait volé ta flamme, ta confiance, ton choix.
Je marque une pause.
— Tu es plus fort que ce monde ne le pense. Et plus gentil aussi.
Il sourit. Vraiment.
— Je crois que... je comprends mieux maintenant. Pourquoi je n'ai jamais voulu être un boss.
— Et pourtant tu en seras un.
— Peut-être. Mais pas comme ils l'attendent.
La flamme se replie entièrement en lui. Elle n'est plus hybride. Elle est pleine.
Je sens l'appel derrière moi. Un vide immense, silencieux, qui n'est ni la mort ni un rêve. Juste... ailleurs.
— Reborn va t'entraîner, dis-je. Il va être insupportable.
Tsuna rit doucement.
— Je sais.
Je fais un pas en arrière.
— Une dernière chose, dis-je.
— Oui?
— Tu n'es pas obligé de choisir leurs gardiens. Tu peux choisir les tiens. Même si tu es seul au début.
Il hoche la tête, sérieux.
— Je m'en souviendrai.
Le monde se fissure.
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Reborn voit le moment exact où tout bascule.
La flamme explose — non pas vers l'extérieur, mais vers l'intérieur de Tsuna. Le sceau s'effondre comme une architecture trop ancienne pour survivre à sa propre complexité.
Et puis...
Plus rien.
Tsuna s'effondre au sol.
Reborn est déjà à ses côtés.
— Tsuna.
Les yeux s'ouvrent.
Pas paniqués. Pas vides.
Présents.
— ...Reborn?
— Oui.
Un silence.
— J'ai fait un rêve bizarre, dit Tsuna.
— Les rêves sont souvent plus honnêtes que la réalité.
Reborn le regarde longuement. Il sent la flamme. Stable. Claire. Entière.
Mais il sent aussi autre chose.
Une absence.
— Tu te souviens de tout?
Tsuna hésite.
— Pas vraiment. Mais... j'ai l'impression d'avoir appris quelque chose d'important.
Reborn se redresse.
— Parfait. Alors on peut commencer.
⸻
Et moi ?
Je tombe encore.
Ou je remonte.
Le temps n'existe plus ici. Les formes non plus. Je sens ma conscience se replier sur elle-même, comme un livre qu'on referme avec soin.
Pas de regret.
Juste une fatigue immense.
Avant de disparaître complètement, je sens une dernière chose: un battement de flamme. Lointain. Reconnaissant.
Puis...
Rien.
⸻
Quelque part, dans un monde qui ressemble au mien, je rouvre les yeux.
Mon cœur bat trop vite. Mes mains tremblent.
Mais je suis chez moi.
Et pour la première fois depuis longtemps, je sais une chose avec certitude: Je n'étais pas une erreur. Je n'étais pas un parasite.
J'étais un passage.
Et parfois, c'est tout ce qu'il faut pour changer une histoire.