Chapter 12 of 17
Le feu qui ne devrait pas exister
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L'air du matin a une odeur métallique. Peut-être à cause de la rosée, ou peut-être à cause de Reborn, qui attend déjà dehors, perché sur la balançoire avec Leon transformé en pistolet.
Je le regarde sans un mot. Il n'a pas besoin d'en dire beaucoup pour que tout son corps respire la menace tranquille d'un prédateur. Son chapeau projette une ombre parfaite sur son regard, ne laissant filtrer que le scintillement calculateur de ses yeux noirs.
— Tu n'as pas dormi, dit-il simplement.
Je hausse une épaule.
— Dormir? Même essayer ne sert à rien quand l'esprit tourne en boucle.
Un coin de sa bouche tressaille, un sourire à peine esquissé.
— Intéressant. Tu apprends vite la première règle: la paix d'esprit est un luxe que les héritiers n'ont pas.
Je ne réponds pas. Il semble attendre un signe, puis descend de la clôture, son pas aussi léger que celui d'un chat.
— Aujourd'hui, dit-il en ajustant son chapeau, on va tester quelque chose.
Je sens mon estomac se contracter. Je sais déjà ce qu'il veut dire. Le sceau. La flamme. Ce qui brûle à l'intérieur de ce corps depuis des années sans jamais pouvoir s'exprimer.
— Tu crois que je vais survivre à ton "test"? je demande, presque ironique.
— Si tu meurs, ça confirmera mes doutes, répond-il calmement.
Son ton est si plat que je ne sais même pas s'il plaisante.
Il lustre un pistolet miniature — Leon, encore — et le pointe vaguement vers moi.
— Ne bouge pas.
Je lève les mains, plus par réflexe que par crainte.
Un tir sec éclate. La balle me frappe au torse.
Je ne ressens pas la douleur, mais une déflagration intérieure. Comme si tout mon corps se tordait autour d'un feu blanc et muet. Mes genoux ploient, mes doigts tremblent, et le monde devient un son — un sifflement aigu, presque musical.
Je tombe à genoux.
Pas de feu orange. Pas de lueur dorée.
Seulement un halo pâle, presque translucide, autour de mes mains.
Reborn s'approche, les yeux plissés, l'attention tendue comme une lame.
Il s'attendait à la flamme du Ciel.
Mais ce qu'il voit n'a rien à voir.
La lueur vacille, oscillant entre le bleu et le blanc, comme si deux sources d'énergie s'entrechoquaient dans mon corps sans trouver d'accord. L'air autour de moi se déforme, comme chauffé par une intensité que même la balle de Dernière Volonté ne peut réguler.
Je suffoque. Pas de douleur physique — plutôt une surcharge. Mon esprit voit tout, ressent tout: la texture du vent, le poids de la lumière, la vibration des moindres sons.
Je suis connecté à tout, et pourtant incapable de supporter cette union.
— Fascinant... murmure Reborn.
Il s'accroupit devant moi, sans peur, observant la flamme qui palpite au creux de ma poitrine.
— Ce n'est pas la flamme du Ciel. Pas entièrement. Elle est... autre chose.
Je me mords la lèvre pour ne pas hurler. Une partie de moi comprend ce qu'il voit: ce feu n'appartient pas à un seul élément. Il est trop stable pour être Tempête, trop clair pour être Soleil, trop froid pour être Éclair, et trop vivant pour être Brouillard.
Reborn penche la tête.
— Tu es conscient de ce que tu ressens?
Je hoche la tête, le souffle court.
— C'est... comme si tout essayait d'exister en même temps.
Un silence. Puis, calmement:
— Décris. Avec tes mots.
Je ferme les yeux.
— Je ressens la chaleur du Ciel... mais aussi quelque chose de plus dense, plus grave. Comme un écho qui ne veut pas mourir. Une... dualité.
Je tremble. Le feu pulse, grandit, devient presque tangible. Et je comprends soudain: cette flamme réagit à moi, pas au corps de Tsuna. Elle s'adapte à mon essence — à ce que je suis réellement.
Pas un Ciel. Pas un Ciel scellé.
Un mélange.
Un Ciel et autre chose. Peut-être une flamme de Jugement. Peut-être une mutation née du désalignement entre mon âme et ce corps.
Reborn, lui, observe sans ciller.
— Intéressant. Le sceau de Nono n'a pas bloqué ta flamme... il a tenté de contenir deux fréquences incompatibles. C'est un miracle que tu sois encore en vie.
Je ris, haletant.
— Alors c'est ça... Je suis un paradoxe ambulant.
— Non, corrige-t-il. Tu es un point de rupture.
Il dit cela avec calme, mais ses yeux brillent d'une intensité que je n'avais jamais vue. Pour la première fois, Reborn semble sincèrement intrigué — pas seulement amusé, mais captivé.
La flamme pulse encore, plus fort, et je sens une larme de chaleur rouler le long de ma tempe.
Ce n'est pas une larme de douleur.
C'est une larme de lucidité.
— Tu as conscience de ce que cela signifie? demande-t-il.
— Que je ne suis pas ce qu'ils attendent.
— Mieux que ça, répond-il. Que tu pourrais redéfinir ce qu'un Ciel est.
Je baisse les yeux vers mes mains, la lumière tremblant entre mes doigts. Elle s'affaiblit lentement, comme un cœur trop fatigué.
— Et si je perds le contrôle?
Reborn range son arme et se redresse.
— Alors, c'est moi qui te tuerai.
Il dit cela sans émotion. Mais pour la première fois, je crois lire une nuance derrière son ton: pas une menace, mais une promesse.
Un genre de respect.
Je reste à genoux un moment, la respiration difficile. Quand la lueur disparaît complètement, mes doigts tremblent encore, marqués d'une sensation de brûlure fantôme.
Reborn recule d'un pas, les mains dans les poches.
— Tu n'es pas le Tsuna que je devais entraîner.
— Non, dis-je en relevant la tête. Et toi, tu n'es pas le tuteur que je laisserai me briser.
Un éclat traverse son regard.
— Hm. Ce sera amusant.
Il tourne les talons, laissant sa silhouette se découper dans la lumière du matin.
Je reste seul, le souffle encore heurté. Dans ma poitrine, il ne reste qu'un vide vibrant, la trace d'une flamme qui n'a pas encore décidé de ce qu'elle veut être.
Je sens qu'un seuil a été franchi.
Le Ciel s'est fissuré...
... mais la lumière qui s'en échappe n'appartient plus qu'à moi.