Chapter 11 of 17
Les flammes qui se croisent
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Le silence dans la maison était épais, presque irréel. La lumière de la lampe de chevet projetait des halos orangés sur les murs de ma chambre, comme si elle imitait la flamme que Reborn venait de réveiller en moi.
Je m'étais assis en tailleur sur mon lit, les mains posées sur mes genoux. J'avais encore cette sensation étrange sous la peau, comme un fourmillement chaud qui venait de l'intérieur, exactement au niveau de ma poitrine. Pas douloureux cette fois, mais lourd, dense, vibrant.
J'avais toujours imaginé la flamme comme une métaphore dans l'anime, un symbole de courage ou de volonté. Mais là... c'était réel. Elle existait, et je pouvais presque la sentir palpiter avec mon cœur.
Pourtant, il y avait autre chose. Une impression diffuse que ce que j'avais ressenti tout à l'heure n'était pas juste une flamme du Ciel.
Elle était blanche. Pure, oui. Mais instable.
Elle vibrait sur plusieurs fréquences à la fois, comme si elle cherchait à se synchroniser avec autre chose.
Je fermai les yeux et respirai lentement. Dans l'obscurité derrière mes paupières, je revoyais cette lumière blanche se déployer dans mes mains, ce moment où elle avait failli tout emporter.
Et je me posai les questions qui me rongeait depuis que j'étais dans ce corps:
Et si je n'étais pas vraiment Tsuna? Et si j'étais autre chose? Et si le pauvre gamin était vraiment mort?
Je n'étais pas ce garçon japonais maladroit, victime de harcèlement. J'étais moi. Une femme de vingt-cinq ans, paresseuse sans motivation, passionnée par les mythes et la magie, avec un QI que les autres appelaient «génie» mais qui me coupait du monde. J'étais celle qui aimait les garçons mais n'avait jamais pu dire qu'elle ne se sentait pas femme, celle qui ne supportait pas qu'on fasse du mal aux enfants parce qu'elle savait ce que ça faisait d'être vulnérable.
Tout ça, ce n'était pas Tsuna.
Alors qu'est-ce que c'était, cette flamme en moi?
Je posai une main sur ma poitrine. La chaleur répondit aussitôt. Pas une brûlure. Une présence. Comme une conscience qui dormait et qui s'éveillait lentement.
Est-ce que c'est vraiment la flamme du Ciel... ou bien autre chose?
Une flamme, dans la mythologie que je connaissais par cœur, c'était toujours plus qu'un feu. C'était l'âme, l'esprit, la volonté. Dans les anciennes religions, le feu servait de passerelle entre les mondes.
Et moi, j'étais littéralement quelqu'un d'un autre monde.
Je repensai à ce que Reborn avait dit: Un Ciel dont la flamme est scellée risque d'en mourir.
Mais si ma flamme n'était pas purement Ciel, si elle était un mélange... qu'arriverait-il si le sceau sautait?
Est-ce que ça me tuerait?
Ou est-ce que ça me transformerait en quelque chose qu'aucun Vongola n'avait jamais vu?
Je laissai mes pensées dériver.
Dans Harry Potter, j'avais toujours adoré l'idée des sorciers au sang mêlé qui déjouaient les attentes. Des êtres qui, parce qu'ils étaient «hybrides», créaient leur propre magie.
Et si c'était ce que j'étais, ici? Un «Ciel mêlé» — pas une anomalie, mais une nouvelle variante?
Je me rappelai alors de la sensation exacte du feu. C'était comme si deux couches se superposaient:
• Une flamme douce, apaisante, expansive, comme l'air d'un Ciel.
• Et une autre, plus dure, plus froide, comme une lame prête à trancher, qui refusait de se soumettre.
Je sentis un léger vertige, mon cœur battant plus vite. La flamme répondit encore, faible mais présente.
Je l'imaginai se colorer.
Pas blanche.
Pas orange.
Peut-être argentée, peut-être bleue, peut-être quelque chose d'inédit.
Je chassai l'image d'un geste de la main. Je me parlais à moi-même comme pour me rassurer:
— Tu te fais des films. C'est juste ton cerveau qui mélange les choses.
Mais même en le disant, je savais que ce n'était pas juste dans ma tête. Ce que j'avais senti tout à l'heure, ce n'était pas de la peur. C'était une résonance.
Je passai la main sur mon visage, fatiguée. Tout me paraissait trop lourd. Les secrets d'Iemitsu. Le scellement. Reborn qui, malgré son sourire, jouait avec ma vie comme avec une expérience scientifique.
Et surtout cette question lancinante:
Qui suis-je maintenant?
Je me levai et allai me poster devant le miroir accroché à la porte de mon armoire. Ce n'était pas mon visage que je voyais. C'était celui de Tsuna. Les cheveux ébouriffés, les yeux fatigués. Mais derrière, dans mon propre regard, je croyais apercevoir quelque chose de plus ancien, plus déterminé.
— Tu n'es pas lui, murmurai-je à mon reflet. Tu es toi.
La chaleur répondit encore. Une lueur pâle traversa mes pupilles, si brève que je crus l'avoir rêvée.
Je souris amèrement.
Je n'avais jamais voulu diriger qui que ce soit. Je n'avais jamais voulu me battre pour une famille qui n'était pas la mienne.
Et pourtant, je savais déjà que ce feu ne me laisserait pas tranquille.
Parce qu'un feu ne demande pas la permission de brûler. Il brûle, c'est tout.
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J'allai me rasseoir sur mon lit et pris un carnet que je gardais dans mon sac. Un vieux réflexe: quand tout devenait trop confus, je notais. J'écrivis:
• Sceaux visibles: triple verrouillage. Signatures nécessaires: Nono, Iemitsu, Ciel.
• Flamme blanche. Résonance multiple. Instabilité potentielle.
• Hypothèse: hybridation? Combinaison avec un autre élément?
Je restai penchée sur ces lignes, mon stylo tremblant légèrement.
Dans les mythes, les flammes hybrides n'existaient pas. Elles étaient soit sacrées, soit maudites. Jamais entre les deux.
Peut-être que c'était ça, mon destin. Ni sacré, ni maudit. Juste... différent.
Je reposai le carnet, fermai les yeux et inspirai profondément.
Demain, Reborn commencerait l'entraînement. Il chercherait à fissurer le sceau petit à petit. Il ferait de moi une arme ou un chef, peu importe.
Mais ce soir, pour la première fois, je n'avais plus seulement peur.
J'avais la sensation étrange que ma vie pouvait devenir autre chose qu'un scénario imposé.
Et dans le noir de ma chambre, je sentis de nouveau la flamme s'allumer, brève et pâle, comme un cœur qui bat trop fort.