Chapter 74 of 101
La fleur bleue
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Personne ne parla pendant plusieurs secondes.
Kael regardait toujours les jardins à travers la fenêtre.
Son souvenir était faible.
Presque irréel.
Mais il était certain d'une chose.
Son père lui avait bien dit de ne jamais toucher cette fleur.
— Tu es sûr ? demanda doucement Ethan.
Kael hocha la tête.
— Oui.
Darius croisa les bras.
— Pourquoi ton père t'aurait-il interdit de toucher une fleur ?
— Je ne sais pas.
Lucian réfléchit.
— À quoi ressemblait le souvenir ?
Kael ferma les yeux.
Il essaya de retrouver l'image.
La serre.
La lumière du soleil.
Son père devant lui.
Une petite version de lui-même qui devait avoir six ou sept ans.
Puis cette fleur.
Bleu nuit.
Plus sombre que les autres.
Et cette lumière rouge.
— Il y avait quelque chose derrière elle.
Ethan releva immédiatement les yeux.
— Derrière la fleur ?
— Je ne sais pas.
Kael passa une main dans ses cheveux.
— Le souvenir est incomplet.
Darius s'approcha.
— Alors ne force pas.
Kael ouvrit les yeux.
— Je ne force rien.
— Je sais.
Darius marqua une pause.
— Mais si ton Écho réagit encore, on arrête.
Kael acquiesça.
Lucian regarda le carnet.
— Il y a peut-être une raison pour laquelle ton père t'a interdit de toucher cette fleur.
Ethan se dirigea vers la porte.
— Alors allons voir.
---
Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent devant la serre.
Deux chevaliers du Corbeau Noir montaient toujours la garde à l'entrée.
Ils s'inclinèrent lorsque Kael approcha.
— Patriarche.
Kael leur adressa un signe de tête.
— Personne n'est entré depuis l'attaque ?
— Non.
— Vous êtes certains ?
Le chevalier acquiesça.
— Absolument.
Darius regarda les traces laissées par le combat.
La plupart des dégâts avaient déjà été sécurisés.
Les vitres brisées avaient été recouvertes provisoirement par des panneaux magiques.
Kael entra.
L'air était toujours chargé d'une légère odeur de terre humide.
Certaines plantes avaient été déplacées pendant l'affrontement.
Mais les fleurs étaient toujours là.
Et au fond de la serre...
la fleur bleue.
Kael s'approcha lentement.
Personne ne parla.
Il s'arrêta à quelques pas.
La fleur était magnifique.
Ses pétales bleu nuit semblaient presque noirs sous certaines lumières.
Kael la regarda.
Son cœur se serra légèrement.
Une autre image apparut.
Son père était accroupi devant lui.
Une main posée sur son épaule.
— Tu vois cette fleur ?
Le petit Kael hochait la tête.
— Oui.
Son père regardait autour de lui avant de poursuivre.
— Tu ne dois jamais la toucher.
— Pourquoi ?
Son père avait souri.
Un sourire calme.
Mais différent.
Plus sérieux.
— Parce que certaines choses doivent rester endormies.
Le souvenir disparut.
Kael ouvrit brusquement les yeux.
Darius était déjà près de lui.
— Kael ?
Il respira lentement.
— Je me souviens.
Ethan s'approcha.
— Qu'est-ce qu'il disait ?
Kael regarda la fleur.
— Que certaines choses devaient rester endormies.
Lucian resta immobile.
Cette phrase semblait lui dire quelque chose.
— Ton père utilisait parfois cette expression.
Kael tourna la tête.
— Quand ?
— Lorsqu'il parlait de certaines recherches.
Kael le fixa.
— Et tu ne me l'avais jamais dit ?
Lucian soupira.
— Parce que je ne pensais pas que cela avait un rapport.
Darius regarda la fleur.
— Maintenant, ça en a un.
Kael acquiesça.
Il s'agenouilla devant la plante.
Ethan se tendit.
— Tu vas la toucher ?
Kael ne répondit pas.
Sa main resta à quelques centimètres des pétales.
Une faible aura rouge apparut autour de ses doigts.
Darius fit immédiatement un pas en avant.
— Kael.
— Je ne la touche pas.
L'aura disparut.
Kael observa la terre autour de la plante.
Quelque chose n'allait pas.
La terre était légèrement plus sombre à cet endroit.
Comme si quelqu'un l'avait récemment déplacée.
Il posa les doigts sur le sol, à côté de la fleur.
Puis il sentit quelque chose.
Une vibration.
Très faible.
— Il y a quelque chose sous la terre.
Ethan s'agenouilla à son tour.
— Ici ?
Kael hocha la tête.
Darius fit signe aux chevaliers de reculer.
— Tout le monde sort de la serre.
Les deux gardes obéirent immédiatement.
Lucian resta.
— Et nous ?
Darius le regarda.
— Vous aussi.
Kael se releva.
— Non.
Darius tourna la tête.
— Kael.
— Je veux comprendre ce que c'est.
— Alors nous allons le faire sans prendre de risques inutiles.
Kael soupira.
— D'accord.
Darius se tourna vers Ethan.
— Va chercher deux personnes capables de détecter les enchantements anciens.
Ethan hocha la tête.
— J'y vais.
Il sortit de la serre.
Quelques minutes plus tard, il revint avec deux mages de la Maison Veyron.
Ils s'agenouillèrent près de la fleur.
L'un d'eux ferma les yeux.
Une fine aura dorée se répandit sur le sol.
Puis il fronça les sourcils.
— Il y a bien quelque chose.
Kael s'approcha.
— Quoi ?
— Une structure.
— Naturelle ?
Le mage secoua la tête.
— Non.
Il posa sa paume sur la terre.
— C'est ancien.
Darius regarda Kael.
— Depuis combien de temps ?
Le mage hésita.
— Je dirais plusieurs siècles.
Kael fixa la fleur.
— Sous elle ?
— Oui.
— Peut-on l'ouvrir ?
Le mage regarda Darius.
Puis Kael.
— Je ne conseille pas de le faire directement.
Kael fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que le mécanisme semble encore actif.
Silence.
Ethan regarda la plante.
— Actif ?
Le mage acquiesça.
— Très faiblement.
Kael sentit son aura réagir.
La même sensation qu'à A-02.
Quelque chose répondait à sa présence.
Il se releva.
— Reculez.
Darius comprit immédiatement.
— Tout le monde dehors.
Cette fois, personne ne discuta.
Kael resta seul dans la serre.
Darius demeura à quelques mètres de l'entrée.
— Si quelque chose ne va pas, tu sors.
Kael acquiesça.
Il s'approcha de la fleur.
Puis il tendit la main.
Il ne toucha pas les pétales.
Il posa simplement deux doigts sur la terre.
Une lumière rouge apparut.
Le sol vibra.
Kael sentit son Écho du Néant réagir.
Une ligne lumineuse apparut autour de la fleur.
Puis une deuxième.
Un cercle se forma lentement.
Le même symbole.
Le même cercle incomplet.
La même ligne verticale.
Kael recula légèrement.
Le mécanisme s'activa.
Une petite partie du sol descendit.
La terre s'écarta.
Un compartiment apparut.
À l'intérieur se trouvait une petite plaque métallique.
Kael la récupéra.
Elle était froide.
Sur sa surface, une inscription était gravée.
Pas un numéro.
Pas cette fois.
Seulement deux mots.
Origine Veyron.
Kael resta immobile.
Derrière la vitre, Ethan observa.
— Qu'est-ce que c'est ?
Kael leva la plaque.
Darius s'approcha.
Il la regarda.
— Ça ressemble à une identification.
Lucian, lui, était devenu très pâle.
Kael le remarqua.
— Tu connais cette inscription.
Lucian hésita.
— Je connais l'expression.
— Qu'est-ce qu'elle signifie ?
Lucian regarda la plaque.
— L'origine Veyron.
Kael fronça les sourcils.
— Ce n'est pas très utile.
— Si.
Lucian marqua une pause.
— Parce que ton père utilisait cette expression.
Kael se tourna complètement vers lui.
— Quand ?
— Dans ses notes.
— Quelles notes ?
Lucian resta silencieux.
Ethan intervint.
— Lucian.
L'ancien professeur soupira.
— Certaines recherches de ton père étaient classées selon leur origine.
Kael attendit.
— Asteria.
Il désigna la plaque.
— Veyron.
Puis il ajouta :
— Et une troisième catégorie.
Kael sentit son cœur accélérer.
— Laquelle ?
Lucian ne répondit pas immédiatement.
Darius le regarda.
— Lucian.
Il finit par prononcer le mot.
— Lorn.
Kael se figea.
La forêt de Lorn.
Le lieu où ses parents étaient officiellement morts.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Kael regarda la plaque.
Puis le carnet.
Puis la fleur bleue.
Tout semblait soudain relié.
Asteria.
Veyron.
Lorn.
Trois endroits.
Trois origines.
Et peut-être une seule histoire.
— Tu savais, murmura Kael.
Lucian secoua immédiatement la tête.
— Je savais qu'il avait étudié Lorn. Je ne savais pas pourquoi.
— Tu ne m'as jamais parlé de ça.
— Parce que ton père me l'avait demandé.
Kael serra légèrement la plaque.
— Encore une chose qu'il m'a cachée.
Darius posa une main sur son épaule.
— Kael.
Il resta silencieux.
Puis il entendit un bruit.
Un léger craquement.
Tout le monde se retourna.
La fleur bleue venait de s'ouvrir complètement.
Au centre de ses pétales se trouvait une petite lumière rouge.
Kael s'approcha.
Une inscription apparut lentement sur le sol.
ORIGINE TROIS — VERROUILLÉE
Kael fixa les mots.
Puis une deuxième ligne apparut.
ACCÈS DE L'HÉRITIER REQUIS.
Ethan souffla :
— Encore toi.
Kael ne répondit pas.
Il posa simplement la plaque métallique près du symbole.
La lumière rouge s'intensifia.
Une vibration traversa toute la serre.
Puis le mécanisme s'arrêta.
Rien ne s'ouvrit.
Rien ne bougea.
Kael regarda le sol.
— Il faut autre chose.
Darius acquiesça.
— Une deuxième pièce.
Kael secoua la tête.
— Non.
Il regarda la fleur.
— Quelque chose manque.
Lucian s'approcha.
— Quoi ?
Kael resta silencieux.
Puis son regard tomba sur le carnet.
Il l'ouvrit.
La page où son père avait écrit les deux messages semblait différente.
Une nouvelle ligne était apparue sous les anciennes.
Une ligne qui n'était pas là quelques minutes plus tôt.
Kael lut.
« La première porte indique le chemin. »
Puis une seconde phrase apparut.
« La deuxième garde la mémoire. »
Et enfin :
« La troisième attend l'héritier. »
Kael sentit un frisson parcourir son dos.
Ethan s'approcha.
— Trois portes.
Kael hocha lentement la tête.
— Trois endroits.
Lucian regarda la dernière phrase.
— Et la troisième est toujours verrouillée.
Kael referma doucement le carnet.
Son regard se posa sur la fleur bleue.
Puis sur la forêt visible derrière les vitres de la serre.
Quelque part, très loin d'ici, se trouvait Lorn.
L'endroit où ses parents étaient censés être morts.
Mais pour la première fois, Kael commençait à se demander si cette histoire n'avait jamais été aussi simple.
Son père n'avait peut-être pas seulement cherché à comprendre ce qui se cachait derrière ces anciennes portes.
Il avait peut-être préparé un chemin.
Un chemin qui commençait à Asteria.
Qui passait par Veyron.
Et qui se terminait à Lorn.
Kael regarda Darius.
— Nous allons devoir aller dans la forêt de Lorn.
Darius ne répondit pas immédiatement.
Puis il hocha lentement la tête.
— Je le savais.
Ethan regarda son frère.
— Quand ?
Kael fixa la fleur bleue.
— Pas encore.
Il rangea la plaque.
— Avant ça, nous devons comprendre ce que cette maison protège.
Un bruit sourd résonna alors sous la serre.
Une seule fois.
Puis plus rien.
Kael releva les yeux.
Quelque chose venait de répondre.
Mais cette fois, il n'était pas certain que la réponse venait du mécanisme.
Il avait eu l'impression...
qu'elle venait de beaucoup plus loin.