Chapter 73 of 101

Ceux qui sont venus

1.9k words

La nuit était presque terminée lorsque le dernier des intrus fut capturé. Le domaine Veyron avait retrouvé son calme. Du moins, en apparence. Dans la cour intérieure, plusieurs chevaliers du Corbeau Noir escortaient les prisonniers vers une salle sécurisée. Leurs armes avaient été retirées. Des liens magiques maintenaient leurs poignets, empêchant toute utilisation de l'aura. Certains étaient blessés. Aucun ne parlait. Kael se tenait au milieu de la cour, son manteau sombre reposant sur ses épaules. Darius arriva quelques secondes plus tard. — Six prisonniers. Kael tourna la tête. — Tous vivants ? — Oui. Quelques-uns sont blessés, mais rien de grave. Kael acquiesça. — Et les nôtres ? — Quelques blessures légères. Aucun problème sérieux. Ethan les rejoignit. Son expression était beaucoup plus sérieuse que quelques heures auparavant. — La serre est sécurisée. Kael le regarda. — Et la cache ? Ethan hésita. — Vide. Kael fronça légèrement les sourcils. — Le coffret ? — Disparu. Darius regarda Ethan. — La clé aussi. Kael resta silencieux. Il avait laissé le carnet à Darius avant de partir combattre. Mais il n'avait pas pensé à la clé. Quelqu'un l'avait prise pendant l'affrontement. Ou peut-être avant. Ethan croisa les bras. — Ils savaient exactement où chercher. Kael acquiesça. — Et ils savaient qu'il y avait quelque chose dans la serre. Darius ajouta : — Ils ne sont pas venus pour attaquer le domaine. Kael tourna les yeux vers lui. — Non. — Ils sont venus chercher quelque chose. Lucian apparut derrière eux. Il avait le carnet noir entre les mains. — Et maintenant nous savons probablement quoi. Kael regarda le carnet. — La clé ? Lucian secoua la tête. — Pas seulement. Il ouvrit le carnet à la page qu'ils avaient découverte plus tôt. Puis il la tendit à Ethan. Ethan lut silencieusement. LA PORTE N'EST PAS À ASTERIA. Il resta quelques secondes devant la phrase. — Nous le savions déjà. Kael acquiesça. — Mais maintenant, nous savons pourquoi ils sont venus ici. Ethan releva les yeux. — Ils pensent que la véritable porte se trouve sur le territoire Veyron. Lucian corrigea doucement : — Ou qu'il y a quelque chose ici qui permet de l'atteindre. Darius regarda les prisonniers. — Dans tous les cas, ils savent quelque chose. Kael prit le carnet. — Je vais leur parler. Ethan fronça les sourcils. — Maintenant ? — Maintenant. Darius soupira. — Tu viens à peine de rentrer d'une bataille. Kael le regarda. — Je vais bien. — Ce n'est pas la question. Kael resta silencieux. Darius finit par céder. — Très bien. Mais je reste avec toi. — Je n'allais pas te demander de partir. Darius eut un léger sourire. — Heureusement. --- La salle d'interrogatoire se trouvait dans une partie isolée du domaine. Elle n'avait rien d'impressionnant. Une table. Quelques chaises. Des runes de protection gravées sur les murs. Et une petite fenêtre donnant sur la cour. Les six prisonniers avaient été séparés. Kael entra dans la pièce où se trouvait le premier. Darius resta près de la porte. Lucian l'accompagnait. Le prisonnier releva lentement la tête. Une coupure traversait son sourcil. Son regard resta froid. Kael s'assit en face de lui. — Qui vous a envoyés ? Aucune réponse. Kael attendit quelques secondes. — Pourquoi êtes-vous venus ici ? Toujours rien. Le prisonnier finit par sourire. — Vous croyez vraiment qu'on va parler ? Kael ne répondit pas. Il posa simplement V-18 sur la table. Le regard du prisonnier changea. Très légèrement. Mais Kael le remarqua. — Tu reconnais ça. Le prisonnier détourna les yeux. Kael reprit la pièce métallique. — Vous êtes venus chercher quelque chose. — Nous n'avons rien trouvé. — C'est faux. Le prisonnier ne répondit pas. Kael posa V-18 devant lui. — Vous connaissez ces objets. Le prisonnier regarda le métal. — Je ne sais pas de quoi vous parlez. Darius prit la parole depuis la porte. — Pourtant, tu as regardé cette pièce comme si tu l'avais déjà vue. Le prisonnier ne répondit pas. Kael resta calme. — Combien en existe-t-il ? Le silence dura plusieurs secondes. Puis le prisonnier répondit : — Je ne sais pas. Kael attendit. — On nous a parlé de plusieurs pièces. — Combien ? Le prisonnier hésita. — Au moins dix-huit. Kael échangea un regard avec Darius. Ils avaient déjà entendu ce nombre. Les prisonniers capturés à Asteria avaient dit la même chose. Kael reprit : — Et elles servent à quoi ? — À ouvrir des accès. Lucian s'approcha légèrement. — Quels accès ? Le prisonnier secoua la tête. — Je ne sais pas. Kael le fixa. — Tu sais plus que ça. Le prisonnier sourit. — Peut-être. Kael resta silencieux. Puis il posa lentement le carnet sur la table. Le prisonnier pâlit légèrement. Cette fois, sa réaction fut impossible à manquer. Kael l'observa. — Tu connais ce carnet. — Non. — Tu mens. — Je ne sais pas ce que c'est. Kael ouvrit le carnet. L'écriture de son père apparut. Le prisonnier détourna immédiatement les yeux. Kael referma le carnet. — Pourquoi as-tu peur de ça ? Le prisonnier ne répondit pas. — Est-ce lié au Veilleur ? Le prisonnier se figea. Darius redressa légèrement la tête. Lucian observa attentivement l'homme. Kael ne bougea pas. — Le Veilleur. Le prisonnier baissa lentement les yeux. — Vous connaissez ce nom... — Oui. — Vous ne devriez pas. — Pourquoi ? Le prisonnier resta silencieux. Kael attendit. Finalement, il murmura : — Parce que le Veilleur ne veut pas que les héritiers comprennent trop tôt. Kael fronça légèrement les sourcils. — Les héritiers ? Le prisonnier ne répondit pas. — Combien y en a-t-il ? Silence. — Combien d'héritiers ont utilisé ces pièces ? Le prisonnier secoua la tête. — Je ne sais pas. Kael observa son visage. Il ne semblait pas mentir cette fois. — Alors qu'est-ce que tu sais ? Le prisonnier inspira lentement. — Nous savions qu'une des pièces avait été activée. Kael sentit son regard se durcir. — V-18. Le prisonnier acquiesça. — Oui. — Où ? — À Asteria. — Comment le saviez-vous ? — Le Veilleur nous l'a dit. Lucian intervint : — Il vous a envoyé ici ? — Oui. — Pourquoi ? Le prisonnier regarda Kael. — Parce qu'après l'activation, quelque chose a changé. Kael attendit. — Quoi ? Le prisonnier baissa la voix. — L'ancienne structure a commencé à répondre. Un silence lourd s'installa. Kael pensa immédiatement à A-03. — Vous connaissiez A-03 ? Le prisonnier hésita. — Ce nom... non. Kael fronça les sourcils. — Alors qu'est-ce que vous connaissiez ? — Une salle sous A-02. Darius échangea un regard avec Kael. Le prisonnier continua : — On nous avait dit qu'il y avait quelque chose sous cette salle. — Quoi ? — Nous ne savons pas. — Et le Veilleur ? — Il savait. Kael se pencha légèrement. — Alors pourquoi ne pas lui avoir demandé ? Le prisonnier eut un rire bref. — Parce qu'on ne pose pas de questions au Veilleur. — Pourquoi ? Cette fois, le prisonnier regarda directement Kael. — Parce que personne ne sait qui il est. --- Kael quitta la salle quelques minutes plus tard. Darius referma la porte derrière lui. Ethan les attendait dans le couloir. — Alors ? Kael lui tendit le carnet. — Ils connaissaient V-18. Ethan le regarda. — Et ? — Ils ont été envoyés par le Veilleur. Ethan resta silencieux. — Encore lui... Lucian acquiesça. — Ils ont confirmé qu'il existe plusieurs pièces comme V-18. — Dix-huit ? — Au moins. Ethan regarda le carnet. — Et ils pensent que la véritable porte se trouve ici ? Kael secoua la tête. — Pas exactement. Il marqua une pause. — Ils pensent qu'il y a quelque chose ici qui est lié à la porte. Ethan regarda en direction des jardins. — La serre. Kael acquiesça. — Probablement. Darius croisa les bras. — Mais pourquoi ton père aurait-il caché ça là-bas ? Kael regarda le carnet. — Je ne sais pas. Lucian répondit doucement : — Peut-être parce que personne ne penserait à chercher dans la serre. Kael réfléchit. — Sauf que quelqu'un l'a fait. Le silence retomba. Ethan prit une inspiration. — Il reste une chose. Kael releva les yeux. — Quoi ? — L'inscription. Il désigna le carnet. — « La porte n'est pas à Asteria. » Kael hocha la tête. — Oui. — Si ce qu'ils disent est vrai, alors Asteria n'était qu'un point de départ. Lucian ajouta : — Et Veyron pourrait être un autre point d'accès. Kael regarda vers les fenêtres. Au loin, les jardins étaient encore plongés dans la pénombre. — Ou quelque chose de beaucoup plus important. Darius resta silencieux. Kael ouvrit de nouveau le carnet. Il relut les deux phrases écrites par son père. Si tu lis ceci, c'est que la porte d'Asteria s'est réveillée. Et si elle s'est réveillée, alors ils savent que tu es revenu. Kael passa lentement la page. Puis il s'arrêta. Une partie de la reliure était légèrement différente. Il fronça les sourcils. — Attendez. Ethan s'approcha. — Quoi ? Kael passa son doigt sur le bord intérieur du carnet. — Il manque une page. Lucian observa la reliure. — Tu es sûr ? — Oui. Darius prit le carnet avec précaution. — Elle a été retirée. Kael hocha la tête. — Quelqu'un l'a arrachée. Ethan regarda son frère. — Ton père ? Kael resta silencieux. Puis il secoua la tête. — Je ne sais pas. Lucian observa le carnet. — Si cette page contenait quelque chose d'important, quelqu'un a peut-être voulu empêcher qu'elle soit retrouvée. Kael regarda l'inscription sur la couverture. POUR CELUI QUI REVIENDRA. Puis il repensa aux intrus. À la serre. À la clé disparue. Au Veilleur. Et à cette étrange certitude que son père avait prévu son retour. — Nous allons fouiller le domaine. Darius releva les yeux. — Tout le domaine ? — Pas encore. Kael regarda Ethan. — Commence par les anciennes archives familiales. Ethan acquiesça. — Et toi ? Kael tourna la tête vers les jardins. — Je vais retourner dans la serre. Darius soupira. — Évidemment. Kael eut un léger sourire. — Tu peux venir. — Je comptais le faire de toute façon. Lucian referma doucement le carnet. — Alors allons-y. Ils commencèrent à avancer dans le couloir. Mais Kael s'arrêta soudain. Quelque chose venait de lui revenir. Une image. Une toute petite image. Un souvenir d'enfant. La serre. Son père. Une lumière rouge. Et une phrase. Il ne se souvenait pas de tout. Seulement de quelques mots. « Ne touche jamais à la fleur bleue. » Kael resta immobile. Ethan se retourna. — Kael ? Il ne répondit pas immédiatement. Ses yeux étaient fixés sur la direction des jardins. Puis il murmura : — Je crois que je me souviens de quelque chose. Darius s'approcha. — Quoi ? Kael leva lentement les yeux. — Mon père m'avait interdit de toucher une des fleurs de la serre. Lucian fronça les sourcils. — Laquelle ? Kael ne répondit pas. Il savait déjà. La fleur bleu nuit. Celle que sa mère aimait. Celle qu'il avait regardée la veille. Et soudain, cette simple fleur ne lui sembla plus aussi innocente.

End of Chapter 73