Chapter 69 of 101
La ligne à ne pas franchir
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L'incident de la veille avait laissé des traces dans toute l'académie.
Les couloirs avaient été réparés.
Les fenêtres brisées remplacées.
Les étudiants avaient repris leurs cours.
Pourtant, quelque chose avait changé.
Les chevaliers impériaux étaient désormais beaucoup plus attentifs.
Les Corbeaux Noirs aussi.
Les six intrus avaient été capturés.
Et aucun d'entre eux n'avait encore expliqué pourquoi ils avaient infiltré Asteria.
C'était précisément ce qui préoccupait Kael.
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Une salle de sécurité située sous l'un des bâtiments administratifs avait été transformée en pièce d'interrogatoire.
La pièce était sobre.
Une table.
Deux chaises.
Une petite fenêtre protégée par des barreaux métalliques.
Et plusieurs chevaliers postés près de la porte.
Kael se tenait devant l'entrée.
Darius était à sa droite.
Gareth un peu plus loin.
Armand se trouvait de l'autre côté de la pièce avec trois chevaliers impériaux.
Il avait demandé à assister à l'interrogatoire.
Kael avait accepté.
Sans commentaire.
Un prisonnier était assis face à eux.
Ses poignets étaient maintenus par des liens magiques qui empêchaient simplement l'utilisation de l'aura.
Il semblait calme.
Trop calme.
Kael s'assit en face de lui.
Il posa ses mains sur la table.
— Nom.
L'homme ne répondit pas.
Kael attendit quelques secondes.
— Très bien.
Il regarda Darius.
— Vous l'avez trouvé dans quelle partie de l'académie ?
— Près des archives.
Kael reporta son attention sur le prisonnier.
— Pourquoi les archives ?
Silence.
Armand observait Kael attentivement.
Le jeune patriarche n'avait pas changé de ton.
Il était parfaitement calme.
Presque trop.
— Vous étiez six, continua Kael. Deux groupes sont entrés par des accès différents. Vous saviez où vous alliez.
Le prisonnier sourit légèrement.
— Vous posez beaucoup de questions pour quelqu'un qui connaît déjà les réponses.
Kael ne réagit pas.
— Je vérifie simplement lesquelles vous êtes prêt à donner.
Un des chevaliers impériaux échangea un regard avec Armand.
Le prisonnier pencha légèrement la tête.
— Vous ressemblez beaucoup à votre père.
La pièce devint silencieuse.
Darius ne bougea pas.
Mais son regard changea.
Armand le remarqua.
Kael, lui, resta parfaitement immobile.
— Vous connaissiez mon père ?
— Tout le monde connaissait votre père.
— Ce n'est pas ce que j'ai demandé.
Le prisonnier sourit.
— Vous êtes curieux.
— Je suis patriarche.
Kael marqua une pause.
— C'est différent.
Le sourire de l'homme disparut légèrement.
— Votre père posait les mêmes questions.
Kael le fixa.
— Lesquelles ?
— Celles que vous posez maintenant.
Armand sentit quelque chose changer.
Ce n'était presque rien.
Une différence dans le regard.
Une froideur nouvelle.
Kael se redressa légèrement.
— Qu'est-ce que mon père cherchait ?
Le prisonnier resta silencieux.
Kael attendit.
Puis l'homme répondit :
— Il aurait dû arrêter.
Kael ne cligna presque pas des yeux.
— Pourquoi ?
— Parce que certaines portes ne sont pas faites pour être ouvertes.
Armand fronça les sourcils.
Cette phrase lui rappelait quelque chose.
A-02.
Les archives.
Le système ancien.
Il regarda Kael.
Celui-ci n'avait pas bougé.
— Quelle porte ? demanda Kael.
Le prisonnier sourit.
— Vous le savez déjà.
Un silence pesant s'installa.
Puis l'homme ajouta :
— Vous avez commencé à ouvrir les mêmes choses que lui.
Cette fois, le regard de Kael changea réellement.
Armand le vit.
Ce n'était plus le calme habituel.
Ses yeux rouges semblaient soudain beaucoup plus froids.
— Expliquez.
Le prisonnier hésita.
— Je ne suis pas ici pour vous expliquer quoi que ce soit.
Kael se leva.
Pas brusquement.
Lentement.
Il contourna la table.
Puis il s'arrêta devant le prisonnier.
— Vous êtes ici parce que vous êtes entré dans mon académie.
Sa voix était toujours calme.
Mais elle avait perdu toute chaleur.
— Vous avez mis des étudiants en danger.
Il marqua une pause.
— Et vous avez prononcé le nom de mon père comme si vous aviez le droit de vous en servir.
Le prisonnier leva les yeux vers lui.
Kael soutint son regard.
— Alors choisissez soigneusement ce que vous allez dire ensuite.
Armand sentit immédiatement la tension.
Ce n'était pas une menace criée.
C'était pire.
Kael ne cherchait pas à intimider.
Il établissait une limite.
Le prisonnier détourna finalement les yeux.
— Votre père avait raison sur une chose.
Kael attendit.
— Les gens qui cherchent trop longtemps finissent toujours par trouver quelque chose qu'ils auraient préféré ne jamais voir.
Kael resta silencieux.
Puis il retourna s'asseoir.
— Qui vous a envoyé ?
Le prisonnier ne répondit pas.
— Qui ?
Toujours rien.
Kael posa les yeux sur Darius.
— Faites entrer le deuxième.
Darius acquiesça.
Deux chevaliers sortirent chercher un autre prisonnier.
Armand resta dans la pièce.
Il observait Kael.
Puis, après quelques secondes, il prit la parole.
— Patriarche Veyron.
Kael tourna légèrement la tête.
— Oui ?
— Puis-je poser une question ?
Kael le regarda.
— Allez-y.
Armand hésita.
— Qu'est-ce que tout cela a à voir avec Asteria ?
Le silence tomba.
Darius tourna légèrement les yeux vers Armand.
Gareth resta immobile.
Même les chevaliers impériaux comprirent que la question avait changé l'atmosphère.
Kael regarda Armand pendant plusieurs secondes.
Puis il répondit :
— Je vous conseille de faire attention à ce que vous demandez.
Armand ne baissa pas les yeux.
— Je cherche simplement à comprendre.
— Je sais.
Kael se leva de nouveau.
Il s'approcha de lui.
Pas assez pour être menaçant.
Juste assez pour que ses paroles ne puissent être mal comprises.
— Et c'est précisément pour cette raison que je vous le dis maintenant.
Son regard était froid.
— Certaines affaires concernent l'Empire.
— D'autres concernent Asteria.
— Et certaines concernent ma famille.
Il marqua une pause.
— Vous n'avez pas besoin de toutes les connaître.
Armand resta silencieux.
Kael poursuivit :
— Vous êtes un capitaine de la Garde Impériale. Vous avez mon respect.
— Mais ne cherchez pas plus loin que ce que vous êtes autorisé à voir.
Armand comprit immédiatement.
Ce n'était pas une demande.
C'était une limite.
— Et si je continue ?
Kael le fixa.
Son ton resta parfaitement calme.
— Alors vous risquez de trouver quelque chose qui vous dépasse.
Armand resta silencieux.
Kael retourna vers la table.
— Ce n'est pas une menace, capitaine.
Il s'arrêta.
— C'est un conseil.
Darius regarda Armand.
Il connaissait suffisamment Kael pour comprendre ce moment.
Kael ne disait jamais ce genre de choses sans raison.
Les portes s'ouvrirent.
Deux Black Ravens ramenèrent le second prisonnier.
Il fut installé sur la chaise.
Kael reprit place en face de lui.
Cette fois, il ne regarda même pas Armand.
— Votre nom.
Le deuxième homme hésita.
Puis :
— Valen.
Kael releva légèrement les yeux.
— Pourquoi êtes-vous venus à Asteria ?
— On nous a donné une mission.
— Laquelle ?
— Trouver quelque chose.
— Quoi ?
Le prisonnier hésita.
Kael attendit.
— Un accès.
Le regard de Kael se durcit.
— Quel accès ?
— Un niveau inférieur.
Armand fronça les sourcils.
— A-02 ?
Le prisonnier tourna brusquement la tête vers lui.
Kael aussi.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Puis Kael regarda Armand.
Son expression était devenue complètement froide.
— Capitaine.
Armand comprit immédiatement.
— Oui.
— Je vous avais prévenu.
Armand ne répondit pas.
Le prisonnier regarda alternativement Kael et Armand.
— Vous ne devriez pas être là.
Kael se tourna vers lui.
— Pourquoi ?
— Parce que vous ne comprenez pas ce que vous êtes en train d'ouvrir.
Kael resta silencieux.
Puis :
— Qui vous a parlé d'A-02 ?
Le prisonnier serra les lèvres.
— Personne.
— Mauvaise réponse.
Kael posa calmement une main sur la table.
— Vous connaissez le nom.
Le prisonnier ne répondit pas.
Kael continua :
— Vous connaissez mon père.
— Vous connaissez A-02.
— Et vous saviez que nous finirions par trouver cet endroit.
Le prisonnier baissa les yeux.
Kael comprit.
Il n'avait pas besoin de davantage.
— Darius.
— Oui ?
— Faites sortir les impériaux.
Armand tourna immédiatement la tête.
— Patriarche—
Kael le regarda.
Cette fois, son regard ne laissait aucune place à la discussion.
— Capitaine.
Armand se tut.
Kael reprit d'une voix plus calme :
— Vous avez déjà entendu assez de choses.
Il marqua une pause.
— Faites-moi confiance sur ce point.
Armand regarda le prisonnier.
Puis Darius.
Puis Kael.
Finalement, il hocha la tête.
— Très bien.
Il fit signe à ses trois hommes.
Les chevaliers impériaux quittèrent la pièce.
Armand fut le dernier à sortir.
Avant de franchir la porte, il se retourna.
Kael était déjà de nouveau assis face au prisonnier.
Son visage était parfaitement calme.
Mais Armand connaissait maintenant suffisamment Kael pour comprendre que ce calme ne signifiait pas qu'il était détendu.
C'était le calme d'un homme qui venait de comprendre qu'une frontière avait été franchie.
La porte se referma.
Darius resta seul avec Kael et les Black Ravens.
Il regarda son ami.
— Tu aurais pu lui dire plus clairement de ne pas chercher.
Kael fixa la porte.
— Je l'ai fait.
— Je sais.
Darius soupira.
— Il va quand même chercher.
Kael resta silencieux.
Puis il répondit :
— Je sais.
Il regarda ensuite le prisonnier.
Son expression ne changea pas.
— Et c'est précisément ce qui m'inquiète.
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Dans le couloir, Armand marchait en silence.
Les trois autres chevaliers impériaux le suivaient.
L'un d'eux finit par parler.
— Capitaine...
Armand leva une main.
— Pas maintenant.
Ils continuèrent.
Après quelques mètres, Armand s'arrêta.
Il regarda la porte derrière laquelle Kael se trouvait encore.
Il repensa à la veille.
Kael donnant des ordres au milieu d'un combat.
Nyxara prenant sa véritable forme.
Puis aujourd'hui.
Kael devant un prisonnier.
Son regard froid.
Sa voix parfaitement maîtrisée.
Et cette étrange façon qu'il avait eue de lui dire de ne pas aller plus loin.
Armand avait l'impression d'avoir aperçu une frontière invisible.
Une frontière entre ce que Kael voulait bien montrer au monde...
Et ce qu'il protégeait réellement.
Il finit par murmurer :
— Je crois que je viens de comprendre pourquoi il ne fallait pas poser cette question.
L'un des chevaliers le regarda.
— Vous allez arrêter de chercher ?
Armand resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit :
— Pour l'instant.
Il reprit sa marche.
Mais au fond de lui, une autre pensée demeurait.
Kael lui avait demandé de ne pas chercher plus loin.
Et Armand avait suffisamment d'expérience pour savoir qu'un avertissement aussi sérieux cachait généralement quelque chose de beaucoup plus grand.
Il espérait simplement ne pas être déjà allé trop loin.