Chapter 68 of 101
Quand le calme disparaît
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Les jours suivants, l'habitude s'installa presque naturellement.
Les chevaliers impériaux et ceux du Corbeau Noir se saluaient désormais lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs ou les jardins d'Asteria.
Certains échangeaient quelques mots.
D'autres comparaient leurs équipements ou discutaient des différentes méthodes de combat.
Le capitaine Armand Caelis avait lui-même commencé à passer davantage de temps avec Darius et Gareth.
Il avait découvert que les membres du Corbeau Noir étaient beaucoup moins difficiles à approcher qu'il ne l'avait imaginé.
Enfin...
La plupart.
Kael, lui, restait une autre histoire.
Armand avait maintenant vu son côté détendu.
Il avait vu Kael rire avec Darius.
Il l'avait vu assis tranquillement près de Nyxara.
Il avait même commencé à comprendre que le jeune patriarche n'était pas aussi froid que sa réputation le laissait penser.
Mais il n'avait pas encore vu Kael commander.
Pas réellement.
Cela allait changer.
---
L'incident commença peu après midi.
Une partie des chevaliers impériaux se trouvait dans la cour extérieure lorsqu'un bruit sourd résonna depuis les quartiers administratifs.
Les conversations s'interrompirent.
Un second bruit suivit.
Puis une alarme retentit.
Armand se redressa immédiatement.
— Tout le monde en position.
Les chevaliers impériaux dégainèrent leurs armes.
À quelques dizaines de mètres, plusieurs fenêtres du bâtiment principal s'ouvrirent brutalement.
Des élèves sortirent dans la cour, surpris.
— Évacuez les étudiants ! ordonna Armand.
Deux chevaliers partirent immédiatement vers le bâtiment.
Darius arriva presque au même moment, accompagné de Gareth et de plusieurs membres du Corbeau Noir.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Une intrusion, répondit Armand.
Une explosion sourde retentit à l'intérieur.
Les portes du bâtiment tremblèrent.
Darius tourna la tête.
— Combien ?
— Au moins six signatures d'aura.
— Au moins ?
Armand serra la mâchoire.
— Certaines sont masquées.
Darius hocha la tête.
Puis il aperçut Kael.
Le jeune patriarche descendait les marches de l'académie.
Il n'était pas en tenue d'entraînement.
Son long manteau noir tombait derrière lui et ses cheveux bougeaient légèrement dans le vent.
Son regard parcourut rapidement la cour.
Les élèves.
Les professeurs.
Les chevaliers.
Le bâtiment.
Puis les sorties.
En quelques secondes, il avait compris la situation.
Darius s'approcha.
— Kael.
— Combien d'élèves sont encore dans le bâtiment ?
— Impossible à confirmer.
Kael regarda Armand.
— Les étudiants doivent être évacués vers les jardins nord. Pas vers la cour principale.
Armand fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi ?
Kael désigna le bâtiment.
— Si leurs objectifs sont réellement à l'intérieur, ils chercheront probablement à couper les sorties principales.
Armand observa les portes.
Puis comprit.
— Vous pensez qu'ils vont nous pousser vers eux.
— Je pense qu'ils veulent contrôler nos déplacements.
Kael tourna la tête vers Darius.
— Fais fermer les passages est et ouest.
— Compris.
— Gareth, prends six hommes et sécurise les jardins nord.
— À vos ordres.
Les deux chevaliers partirent immédiatement.
Armand resta immobile une seconde.
Kael venait de donner ses ordres sans hésitation.
Pas de panique.
Pas de cris.
Pas de gestes inutiles.
Il semblait déjà avoir plusieurs coups d'avance.
— Capitaine.
Armand releva les yeux.
— Oui ?
— Vos hommes peuvent couvrir les étages supérieurs ?
Armand acquiesça.
— Bien sûr.
— Faites-le. Mais ne poursuivez personne seul.
Armand le fixa.
— Vous me donnez des ordres ?
Kael soutint son regard.
— Dans cette situation, oui.
Le ton n'était pas arrogant.
Il était simplement factuel.
Armand hocha la tête.
— Compris.
Il se tourna vers ses chevaliers.
— Vous avez entendu.
Ils partirent.
Darius regarda Kael.
— Tu viens avec nous ?
— Oui.
Darius eut un léger sourire.
— Je savais que tu dirais ça.
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À l'intérieur du bâtiment, le silence était étrange.
Quelques couloirs avaient déjà été évacués.
Des portes étaient ouvertes.
Des livres jonchaient le sol.
Kael avançait avec Darius et trois chevaliers du Corbeau Noir.
Armand suivait avec deux de ses hommes.
Il observait Kael.
Le garçon avançait sans précipitation.
Son regard balayait chaque angle.
Chaque porte.
Chaque trace d'aura.
Puis il s'arrêta.
— Là.
Darius s'immobilisa.
— Quoi ?
Kael montra un couloir secondaire.
— Ils ne sont pas passés par l'escalier principal.
Armand concentra son aura.
Il sentit quelque chose.
Faible.
Presque imperceptible.
— Il a raison.
Kael hocha la tête.
— Ils veulent atteindre les archives.
Armand fronça les sourcils.
— Les archives ?
— Ou quelque chose qui se trouve dessous.
Le regard de Kael changea légèrement.
Darius le remarqua.
— Tu penses à A-02 ?
Kael ne répondit pas immédiatement.
Puis :
— Peut-être.
Armand ne comprenait pas.
Mais il ne posa pas de question.
Ils avancèrent.
Un bruit métallique résonna soudain.
Kael leva une main.
Tout le monde s'arrêta.
Une silhouette apparut au bout du couloir.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Les intrus portaient des vêtements sombres et leurs visages étaient dissimulés.
L'un d'eux leva une arme.
— Le patriarche Veyron.
Kael resta immobile.
— Vous êtes venus pour moi ?
L'homme eut un léger rire.
— Pas uniquement.
Darius dégaina.
— Mauvaise réponse.
Le premier attaquant se précipita.
Le combat éclata.
Les couloirs se remplirent du bruit des armes et des impacts d'aura.
Kael esquiva une attaque et frappa son adversaire au bras.
Darius en neutralisa un autre.
Les chevaliers impériaux formèrent une ligne défensive.
Armand repoussa deux attaques successives.
Il commençait à comprendre pourquoi les Corbeaux Noirs avaient une réputation aussi importante.
Leur manière de combattre était différente.
Ils ne cherchaient pas seulement à frapper.
Ils contrôlaient l'espace.
Ils se déplaçaient constamment.
Ils couvraient les angles morts de leurs partenaires.
Ils semblaient savoir où chacun allait se trouver avant même que le mouvement commence.
Kael était au centre de cette coordination.
Et pourtant, il ne criait presque jamais.
— Darius, gauche.
Darius pivota.
Une attaque passa à quelques centimètres de lui.
— Merci.
— Gareth, derrière toi.
Gareth se retourna juste à temps.
Armand bloqua un coup.
Puis il vit Kael apparaître à côté de lui.
— Baissez-vous.
Armand obéit sans réfléchir.
Une lame passa au-dessus de sa tête.
Kael la repoussa.
L'attaquant recula.
Armand le regarda.
Pendant une fraction de seconde, il oublia l'âge de Kael.
Il ne voyait pas un étudiant.
Il voyait un commandant.
---
Soudain, une violente onde d'aura traversa le bâtiment.
Les vitres tremblèrent.
Kael tourna immédiatement la tête vers les jardins.
Son expression changea.
— Nyxara.
Darius comprit.
— Elle a senti quelque chose.
Une seconde onde traversa les murs.
Puis un rugissement retentit à l'extérieur.
Pas un rugissement animal ordinaire.
Un son profond.
Puissant.
Qui fit vibrer les fenêtres.
Les combats s'interrompirent presque instinctivement.
Armand se tourna vers les jardins.
— Qu'est-ce que...
Une immense silhouette noire apparut derrière les arbres.
Nyxara.
Mais pas sous sa petite forme.
Elle avait repris sa taille véritable.
Son corps immense dépassait les haies du jardin.
Ses cornes noires se détachaient contre le ciel.
Ses yeux rouges brillaient.
Son aura envahissait la cour.
Même les chevaliers impériaux les plus expérimentés reculèrent légèrement.
Armand resta parfaitement immobile.
Pour la première fois depuis qu'il connaissait cette créature, il comprit réellement pourquoi les anciens textes parlaient des Nocterys comme de créatures légendaires.
Elle était immense.
Et terrifiante.
Mais ce qui l'impressionna le plus fut son comportement.
Nyxara ne cherchait pas à attaquer.
Elle observait.
Elle cherchait.
Puis ses yeux se fixèrent sur un groupe de silhouettes qui tentait de s'échapper par les jardins.
Un grondement sourd traversa sa poitrine.
Les intrus s'arrêtèrent.
L'un d'eux murmura :
— Qu'est-ce que c'est...
Armand entendit sa propre voix répondre presque malgré lui :
— Une Nocterys.
Nyxara tourna lentement la tête.
Elle regarda Armand.
Puis les deux chevaliers impériaux derrière lui.
Son regard s'arrêta une seconde sur leurs armes.
Son aura changea légèrement.
Armand sentit immédiatement la différence.
Elle avait détecté quelque chose.
Une menace.
Pas chez lui.
Plus loin.
Nyxara se plaça devant les chevaliers.
Son corps immense formait désormais une véritable barrière.
Armand comprit.
Elle protégeait Kael.
Mais elle protégeait également ceux que Kael considérait comme les siens.
— Elle nous protège ? demanda l'un des chevaliers.
Armand ne répondit pas.
Il n'en était pas certain.
Puis Nyxara tourna la tête vers lui.
Elle fixa ses yeux.
Armand ne bougea pas.
Après quelques secondes, elle détourna le regard.
Il souffla doucement.
— Je crois qu'elle nous a évalués.
Darius arriva à côté de lui.
— Elle fait ça avec tout le monde.
— C'est rassurant.
— Non.
Armand le regarda.
Darius sourit.
— Elle est juste polie.
Un cri retentit dans les jardins.
Un des intrus venait de tenter de contourner Nyxara.
Elle se retourna immédiatement.
Ses griffes s'enfoncèrent légèrement dans le sol.
Son aura explosa.
L'homme s'immobilisa.
Kael arriva à son tour.
Il observa la scène.
Puis Nyxara.
— Nyxara.
La créature tourna la tête.
— Reste.
Son aura se calma presque instantanément.
Armand regarda Kael.
Il n'avait pas crié.
Il n'avait pas utilisé de force.
Un simple mot avait suffi.
Kael se tourna vers les chevaliers.
— Personne ne les poursuit seul.
Il regarda ensuite Armand.
— Capitaine, vous pouvez les encercler par le nord ?
Armand répondit immédiatement :
— Oui.
Kael se tourna vers Darius.
— Avec moi.
Darius acquiesça.
Le groupe se remit en mouvement.
Quelques minutes plus tard, les derniers intrus furent neutralisés.
L'alarme finit par s'arrêter.
Le silence retomba progressivement sur Asteria.
Nyxara resta encore quelques instants dans sa forme immense.
Puis elle se rapprocha de Kael.
Armand la regarda passer.
Elle était presque aussi haute qu'une petite maison.
Il ne put s'empêcher de murmurer :
— Je comprends maintenant pourquoi tu la gardes dans une forme réduite.
Kael le regarda.
— Dans les couloirs, c'est plus pratique.
Armand resta silencieux.
Puis il rit légèrement.
— Bien sûr.
Kael ne sembla pas comprendre ce qui était drôle.
Darius, lui, éclata de rire.
— Tu t'habitueras.
Armand regarda Kael.
Le jeune patriarche était déjà redevenu calme.
Comme si rien d'inhabituel ne venait de se produire.
Mais Armand, lui, avait vu.
Il avait vu Kael prendre le contrôle d'une situation dangereuse.
Il avait vu les chevaliers du Corbeau Noir lui obéir immédiatement.
Il avait vu Kael analyser le champ de bataille sans perdre son sang-froid.
Et il avait vu cette immense créature légendaire répondre à sa voix comme si elle n'avait attendu que ses ordres.
Armand resta silencieux quelques secondes.
Puis il regarda Darius.
— Quel âge a-t-il déjà ?
Darius sourit.
— Seize ans.
Armand tourna de nouveau les yeux vers Kael.
Le garçon discutait maintenant avec Gareth, vérifiant que personne n'avait été blessé.
Seize ans.
Armand secoua légèrement la tête.
— Il ne fait vraiment pas son âge.
Darius ne répondit pas tout de suite.
Son sourire disparut légèrement.
— Il a dû apprendre tôt.
Armand comprit que cette réponse cachait probablement beaucoup plus qu'elle n'en disait.
Il regarda Kael une dernière fois.
Quelques jours plus tôt, il l'avait vu rire dans un jardin avec Darius.
Aujourd'hui, il l'avait vu commander comme un homme ayant déjà passé des années sur un champ de bataille.
Ces deux images n'étaient pas contradictoires.
Elles étaient simplement deux parties du même garçon.
Kael Veyron.
Un patriarche de seize ans.
Et, pour la première fois, Armand commençait réellement à comprendre pourquoi autant de personnes plaçaient leur confiance entre ses mains.