Chapter 53 of 101

Le prisonnier

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La nuit était tombée depuis près d'une heure lorsque le domaine Veyron retrouva enfin un semblant de calme. Un calme trompeur. Dans les couloirs, les gardes avaient été doublés. Les portes donnant sur les jardins étaient surveillées, les accès secondaires vérifiés et les chevaliers du Corbeau Noir effectuaient des rondes régulières autour des murs. Personne ne voulait prendre le risque de laisser une nouvelle intrusion se produire. Dans une salle située près de l'aile est, Kael était debout devant une grande fenêtre. Il observait les jardins plongés dans l'obscurité. La serre était à peine visible au loin. Quelques lanternes éclairaient les allées, projetant de longues ombres sur les pierres. Derrière lui, une porte s'ouvrit. Darius entra. — Il est réveillé. Kael se retourna. — Le prisonnier ? Darius acquiesça. — Oui. Il refuse de parler. Kael resta silencieux quelques secondes. — Où est-il ? — Dans l'ancienne salle de garde. Kael quitta immédiatement la fenêtre. Darius le suivit. Ils traversèrent plusieurs couloirs avant d'arriver devant une porte gardée par deux chevaliers. Aldren était déjà là. Le vieux commandant se tenait devant la porte, les bras croisés. — Il ne ressemble pas à un simple voleur, déclara-t-il. Kael s'arrêta. — Pourquoi ? — Parce qu'il n'a rien demandé. Darius ajouta : — Pas d'eau. Pas de nourriture. Pas de médecin. Rien. Kael fronça légèrement les sourcils. — Il sait que nous avons besoin de lui vivant. — Probablement. Aldren ouvrit la porte. La pièce était petite. Une table, deux chaises et une lampe constituaient presque tout le mobilier. L'homme capturé était assis sur l'une des chaises, les mains attachées devant lui. Son visage était dissimulé par une capuche sombre. Il releva lentement la tête lorsque Kael entra. Ses yeux se posèrent immédiatement sur lui. Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla. Puis l'inconnu sourit. — Enfin. Kael s'arrêta à quelques pas de lui. — Enfin quoi ? — Le patriarche. Darius se plaça légèrement sur le côté. L'homme observa chacun d'eux. Puis son regard s'arrêta sur Aldren. Un changement presque imperceptible traversa son visage. — Le vieux commandant est toujours là. Aldren plissa les yeux. — Nous nous connaissons ? — Non. — Alors comment connais-tu mon titre ? L'inconnu haussa les épaules. — Les archives parlent. Kael s'approcha de la table. — Les archives de Veyron ? L'homme ne répondit pas. Kael posa lentement le morceau de tissu noir découvert dans la forêt sur la table. Le regard de l'homme changea. À peine. Mais Kael le remarqua. Darius aussi. — Tu connais ce symbole, dit Kael. L'homme regarda le tissu. — Tout le monde connaît ce symbole. Aldren eut un rire bref. — Pas celui qui a été oublié pendant des décennies. L'inconnu tourna la tête vers lui. — Oublié ? Il sourit. — C'est ce que vous croyez. Le silence tomba. Kael fixa l'homme. — Qui t'a envoyé ? — Personne. — Pourquoi êtes-vous venus au domaine ? — Nous n'étions pas venus pour vous attaquer. Ethan, qui venait d'entrer dans la pièce, fronça les sourcils. — Six hommes armés qui franchissent notre mur et se dirigent directement vers notre serre. Tu appelles ça quoi ? L'inconnu le regarda. — Une récupération. Kael se retourna lentement. — Récupération de quoi ? L'homme ne répondit pas. Kael comprit. La serre. Quelque chose avait été caché là. Quelque chose qu'ils n'avaient pas encore identifié. — Qu'avez-vous pris ? demanda Kael. Le prisonnier sourit. — Trop tard. Darius posa une main sur le dossier de la chaise. — Réponds. L'homme ne bougea pas. — Vous avez trouvé V-17. Kael sentit son regard se durcir. — Comment sais-tu cela ? — Parce que vous n'êtes pas les premiers à y être retournés. Cette fois, personne ne parla. Aldren s'approcha. — Qui y est allé avant nous ? L'homme baissa les yeux. — Quelqu'un qui travaillait pour votre père. Kael resta immobile. — Mon père ? — Oui. Ethan fit un pas en avant. — Tu connaissais notre père ? — Je ne l'ai jamais rencontré. Kael fronça les sourcils. — Alors comment sais-tu qu'il est impliqué ? L'inconnu leva les yeux. — Parce que votre père n'était pas le seul à chercher. Kael sentit quelque chose se nouer dans sa poitrine. Il pensa à la lettre. « S'ils découvrent ce que nous avons trouvé, ils nous tueront. » Puis au bureau. À l'horloge. À la pièce métallique. À la porte. À V-17. Tout semblait appartenir à la même histoire. Mais quelqu'un avait commencé à fouiller avant eux. Et cette personne semblait avoir connu son père. — Qu'a-t-il trouvé ? demanda Kael. Le prisonnier sourit. — Je ne sais pas. Kael ne bougea pas. — Tu mens. — Peut-être. Darius fit un pas vers lui. Mais Kael leva une main. — Laisse. Darius s'arrêta. Kael observa attentivement l'homme. Il ne cherchait pas à l'intimider. Il cherchait à comprendre. — Si tu ne sais pas ce que mon père a trouvé, pourquoi êtes-vous revenus ici ? L'homme resta silencieux. Puis il répondit enfin : — Parce que quelqu'un d'autre l'a trouvé avant nous. Kael se figea. — Qui ? L'homme leva les yeux vers lui. — Celui qui ouvre les portes. Un silence glacial s'installa. Kael repensa immédiatement à la phrase de son père. « Ne laisse personne ouvrir la porte à ta place. » Son expression changea légèrement. Darius le remarqua. — Kael ? Kael ne répondit pas. Le prisonnier sourit. Il avait compris qu'il venait de toucher quelque chose. — Vous avez trouvé la porte, n'est-ce pas ? Aldren se redressa. — Quelle porte ? L'homme regarda Kael. — Celle que vous avez laissée fermée. Kael fixa l'inconnu. Personne dans cette pièce n'avait parlé de la porte cachée. Personne. À l'exception de ceux qui l'avaient découverte. Et pourtant, cet homme savait. Kael s'approcha encore. — Comment sais-tu qu'elle existe ? L'inconnu resta silencieux. Puis il murmura : — Parce qu'elle ne restera pas fermée longtemps. À cet instant, un bruit sourd retentit dans le couloir. Les chevaliers devant la porte se retournèrent immédiatement. Darius dégaina son épée. Aldren fit de même. Kael se retourna. Une seconde plus tard, la porte s'ouvrit brutalement. Un chevalier entra. — Commandant ! — Qu'y a-t-il ? Le chevalier respirait rapidement. — Un problème dans les jardins. Kael se dirigea vers lui. — Quel genre de problème ? — La serre. Darius échangea un regard avec Aldren. — Qu'est-ce qui s'est passé ? — Une partie du système de protection vient de s'activer toute seule. Kael s'arrêta. — Où ? Le chevalier hésita. — Derrière la serre. Kael comprit immédiatement. Le symbole. Le compartiment. La chose qu'ils avaient prise. Quelqu'un venait peut-être de déclencher quelque chose. Il se retourna vers le prisonnier. Celui-ci souriait. — Vous voyez ? Kael le fixa. — Quoi ? — Vous avez passé trop de temps à chercher dans les archives. Il inclina légèrement la tête. — Pendant ce temps, la maison continuait de se souvenir. Kael sortit de la pièce. Darius le suivit immédiatement. Ethan et Aldren partirent derrière eux. Lucian apparut dans le couloir quelques secondes plus tard. — Qu'est-ce qui se passe ? Kael ne ralentit pas. — La serre. Lucian comprit immédiatement. Ils traversèrent le domaine à toute vitesse. À mesure qu'ils approchaient des jardins, une faible lumière bleutée apparaissait derrière les arbres. Kael s'arrêta. La serre brillait. Pas entièrement. Seulement une petite partie de sa structure. Là où se trouvait autrefois le symbole découvert derrière les fleurs. Darius regarda Kael. — Tu penses à la même chose que moi ? Kael ne répondit pas. Il avançait déjà. Au pied de la vieille structure, une dalle de pierre était légèrement déplacée. Et sous celle-ci... Une faible lumière continuait de pulser. Kael s'accroupit. Il posa la main au-dessus de la pierre sans la toucher. Une sensation étrange traversa son bras. Une impression familière. Comme s'il avait déjà été ici. Des années auparavant. Avec son père. Kael ferma les yeux. Et, pendant une fraction de seconde, une voix résonna dans sa mémoire. — Pas encore, Kael. Il ouvrit brusquement les yeux. Darius le regardait. — Qu'est-ce que tu as vu ? Kael resta silencieux. Puis il regarda la dalle. — Mon père m'a déjà montré cet endroit. Ethan pâlit légèrement. — Quand ? Kael se releva lentement. — Je ne m'en souviens pas. La lumière sous la pierre s'intensifia. Puis une petite partie du sol se déverrouilla dans un déclic. Tout le monde recula. Une ouverture venait d'apparaître. Et dans l'obscurité en dessous, quelque chose brillait. Pas une arme. Pas un cristal. Une petite boîte noire. Kael fixa l'objet. Il connaissait cette boîte. Il l'avait déjà vue. Dans un souvenir qu'il n'arrivait pas encore à retrouver. Derrière lui, Aldren murmura : — Kael... Kael ne répondit pas. Il descendit lentement la première marche. Et, quelque part dans la maison, l'horloge arrêtée recommença à fonctionner.

End of Chapter 53