Chapter 32 of 101
Une journée presque normale
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La cloche de l’Académie Impériale d’Asteria retentit dans toute la cour.
Kael referma son livre avec calme.
Autour de lui, les élèves quittaient progressivement la salle de théorie. Certains se plaignaient déjà du devoir que leur professeur venait de leur donner, tandis que d’autres discutaient encore de l’entraînement inter-classes.
Kael rangea ses affaires dans son sac.
— Tu sais, commença Noah en apparaissant à côté de lui, je commence à croire que les professeurs ont quelque chose contre nous.
Kael leva les yeux vers lui.
— Pourquoi ?
— Parce qu’ils nous donnent des devoirs juste après nous avoir fait courir pendant deux heures.
Lysandra, qui venait de les rejoindre, étouffa un rire.
— C’est probablement parce que vous passez votre temps à parler pendant les cours.
Noah posa une main sur son cœur.
— Quelle accusation injuste.
— Tu parlais encore il y a cinq minutes.
— Je discutais d’un sujet extrêmement important.
— Lequel ?
Noah hésita.
— Je ne sais plus.
Lysandra secoua la tête, amusée.
Kael, lui, rangea tranquillement son dernier stylo.
Ces moments étaient devenus étrangement habituels.
Les cours. Les repas. Les entraînements. Les conversations sans importance.
Pendant plusieurs semaines, sa vie avait été remplie de passages secrets, d'archives anciennes, de chevaliers et de questions auxquelles personne ne semblait vouloir répondre.
À présent, une partie de lui appréciait presque cette banalité.
Presque.
— Tu viens manger avec nous ? demanda Lysandra.
Kael acquiesça.
— Oui.
Noah sourit.
— Parfait. J’ai entendu dire qu’ils servaient quelque chose de bon aujourd’hui.
— Tu dis ça tous les jours, remarqua Lysandra.
— Et je continue d’espérer.
Ils quittèrent la salle ensemble.
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Le réfectoire était particulièrement animé.
Les conversations se mélangeaient aux bruits des couverts et aux mouvements des élèves.
Kael prit place avec Noah et Lysandra.
Quelques instants plus tard, Adrian arriva avec son plateau.
Il regarda la table.
— Il reste une place ?
Noah lui fit immédiatement signe de s’asseoir.
— Bien sûr.
Adrian prit place en face de Kael.
La conversation reprit presque naturellement.
Ils parlèrent d’abord des cours, puis de l’entraînement à venir.
— Le professeur de combat a annoncé qu’on ferait des exercices en groupes réduits, expliqua Adrian.
— Encore ? demanda Noah.
— Apparemment.
— Je croyais qu’on venait de survivre à l’épreuve inter-classes.
Adrian haussa les épaules.
— C’est probablement justement pour ça.
Noah soupira.
— Je commence à comprendre pourquoi les anciens élèves disent que les premières années d’Asteria sont épuisantes.
Kael mangeait tranquillement.
— Tu viens seulement de le comprendre ?
— J’essayais de rester optimiste.
Lysandra sourit.
— C’est courageux.
— Merci.
Un silence confortable s’installa.
Puis Adrian regarda Kael.
— Au fait.
Kael leva les yeux.
— Quoi ?
— J’ai repensé à ce qui s’est passé pendant l’épreuve.
Noah se tourna vers lui.
— Encore ?
— Pas à l’incident lui-même.
Adrian marqua une pause.
— À ce que tu as fait après.
Kael attendit.
— Tu aurais pu prendre toute la responsabilité. Pourtant, tu as fait en sorte que chacun comprenne ce qu’il devait faire.
Noah fronça les sourcils.
— Il est en train de te complimenter.
— J’avais compris.
— C’est rare.
Adrian ignora la remarque.
— Je pensais simplement que… avant cette épreuve, je ne savais pas vraiment quel genre de personne tu étais.
Kael resta silencieux.
— Maintenant, je commence à avoir une idée.
— Et ?
Adrian eut un léger sourire.
— Tu es beaucoup plus compliqué que ce que les gens racontent.
Noah éclata de rire.
— Ça, je peux le confirmer.
Kael soupira.
— Merci pour cette analyse.
— De rien.
Lysandra observa la scène avec un sourire discret.
Elle avait remarqué quelque chose.
Adrian ne cherchait plus à comprendre Kael par curiosité.
Il apprenait simplement à le connaître.
C’était différent.
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L’après-midi, les élèves se retrouvèrent sur l’un des terrains d’entraînement.
Cette fois, le professeur avait préparé une série d’exercices d’aura.
Aucune compétition.
Aucun classement.
Simplement du contrôle.
— Aujourd’hui, annonça le professeur, nous allons travailler sur la circulation de l’aura dans le corps.
Il fit apparaître une petite sphère lumineuse au-dessus de sa paume.
— La majorité des débutants commettent la même erreur. Ils pensent que l’aura doit être accumulée avant d’être utilisée.
La sphère changea lentement de forme.
— C’est faux.
Les élèves observaient attentivement.
— L’aura doit circuler. Elle doit accompagner le mouvement plutôt que le précéder.
Kael écoutait avec attention.
Ce genre de cours lui plaisait davantage qu’il ne voulait l’admettre.
La théorie permettait de comprendre ce que le corps faisait naturellement.
Et comprendre son propre pouvoir était devenu particulièrement important depuis l’incident du couloir.
— Par deux ! ordonna le professeur. L’un attaque avec une intensité faible. L’autre bloque sans contre-attaquer. Votre objectif est uniquement de maintenir une circulation stable.
Les groupes commencèrent à se former.
Noah se plaça avec un autre élève.
Lysandra fut associée à une jeune mage de leur classe.
Adrian se retrouva finalement face à Kael.
Il leva une main.
— On fait ça sérieusement ?
— Évidemment.
— Mauvaise réponse.
Kael haussa légèrement un sourcil.
Adrian sourit.
— Je plaisante.
Ils commencèrent.
Adrian concentra son aura autour de son bras.
Une fine lueur parcourut ses muscles.
Kael fit de même.
Le premier mouvement fut simple.
Adrian frappa.
Kael bloqua.
Puis il recula d’un pas.
Le second échange fut plus rapide.
Adrian changea brusquement d’angle.
Kael suivit.
Leurs mouvements restaient contrôlés.
Le professeur circulait entre les groupes et corrigeait les élèves.
— Plus lentement, Falken.
Adrian ralentit.
— Veyron, ne bloque pas avec le bras uniquement.
Kael ajusta sa posture.
— Compris.
Quelques secondes plus tard, le professeur passa au groupe suivant.
Adrian souffla.
— Il nous observe toujours.
— C’est son travail.
— Tu n’as aucun humour.
— Je sais.
Adrian sourit.
Ils reprirent.
Cette fois, Adrian tenta une feinte.
Kael la repéra immédiatement.
Il pivota et posa sa main contre son épaule.
— Touché.
Adrian s’immobilisa.
— Sérieusement ?
— Tu as laissé ton côté droit ouvert.
— Je voulais voir si tu le remarquerais.
— Mauvaise excuse.
— Je commence à regretter de t’avoir complimenté à midi.
Kael eut un très léger sourire.
Adrian le remarqua.
Il ne dit rien.
Mais il commençait à comprendre que ces petits changements étaient probablement plus importants qu’ils n’en avaient l’air.
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Après le cours, les élèves retournèrent vers les bâtiments principaux.
Noah marcha à côté de Kael.
— J’ai faim.
— Tu as mangé il y a trois heures.
— Exactement.
Lysandra soupira.
— Comment fais-tu pour avoir toujours faim ?
— Talent naturel.
Adrian marchait un peu derrière eux.
Puis il s’arrêta.
— Je dois passer à la bibliothèque.
Noah se retourna.
— Pour travailler ?
— Oui.
— Tu es vraiment étrange.
— Merci.
Adrian regarda Kael.
— Tu viens ?
Kael réfléchit quelques secondes.
Il avait effectivement besoin d’un livre.
— D’accord.
Noah prit un air trahi.
— Vous m’abandonnez ?
Lysandra lui donna une petite tape sur le bras.
— Tu survivras.
— Je n’en suis pas certain.
Ils se séparèrent dans le couloir.
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La bibliothèque était beaucoup plus calme que le reste de l’académie.
Adrian parcourut les étagères avant de sortir un ouvrage consacré aux techniques défensives.
Kael, lui, cherchait un manuel sur la résonance entre aura et magie.
Ils travaillèrent côte à côte pendant un long moment.
Sans vraiment parler.
Ce silence n’était pas gênant.
Adrian finit par fermer son livre.
— Tu lis beaucoup.
Kael ne leva pas les yeux.
— J’ai besoin de comprendre certaines choses.
— Tes pouvoirs ?
Kael s’arrêta un instant.
Puis il répondit :
— Entre autres.
Adrian ne posa aucune autre question.
Il se contenta de rouvrir son livre.
Kael le regarda brièvement.
C’était probablement la chose qu’il appréciait le plus chez lui.
Adrian savait quand s’arrêter.
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Lorsque Kael quitta finalement la bibliothèque, le soleil commençait à descendre derrière les tours d’Asteria.
Il traversa une galerie donnant sur les jardins.
À travers les grandes fenêtres, il aperçut plusieurs chevaliers du Corbeau Noir qui effectuaient leur ronde.
Darius était parmi eux.
Kael s’arrêta quelques secondes.
Même à distance, il reconnut immédiatement sa démarche.
Darius discutait avec Gareth Riven.
Il portait son uniforme sombre et gardait cette expression sérieuse qu’il adoptait presque toujours lorsqu’il était entouré d’autres chevaliers.
Puis, comme s’il avait senti son regard, Darius tourna légèrement la tête.
Leurs regards se croisèrent.
Kael leva simplement une main.
Darius répondit par un bref salut militaire.
Aucun mot.
Aucun geste inutile.
Pour les autres, ce n’était qu’un échange entre un patriarche et l’un de ses commandants.
Mais Kael savait ce que cela signifiait réellement.
Je t’ai vu.
Tout va bien.
Il reprit sa route.
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Plus tard dans la soirée, Kael se retrouva seul dans sa chambre.
Il ouvrit son manuel.
La pièce était silencieuse.
Pour une fois, aucune sensation étrange ne venait troubler son esprit.
Aucune aura inconnue.
Aucun passage caché.
Aucune nouvelle piste.
Il lut plusieurs pages.
Puis il s’arrêta.
Sur le bord de son bureau se trouvait la petite plaque métallique découverte pendant l’épreuve inter-classes.
Il l’avait récupérée après avoir demandé l’autorisation de l’étudier.
Elle n’avait aucune inscription visible.
Kael la retourna.
Toujours rien.
Il la posa de côté.
Il n’allait pas passer la nuit à chercher une réponse qui n’existait peut-être même pas encore.
Pour l’instant, il avait autre chose à faire.
Il reprit son livre.
Quelques minutes plus tard, quelqu’un frappa à sa porte.
— Entre.
La porte s’ouvrit.
Darius apparut.
Il avait abandonné son expression militaire.
— Tu travailles encore ?
Kael retira ses lunettes.
— Un peu.
Darius regarda le bureau.
— Tu sais qu’il existe quelque chose appelé dormir ?
— On m’en a parlé.
— Fascinant.
Kael rangea son livre.
Darius s’approcha et lui ébouriffa légèrement les cheveux.
— Tu n’as pas changé.
Kael lui lança un regard blasé.
— Toi non plus.
— C’est faux. Je suis devenu beaucoup plus impressionnant.
— Bien sûr.
Darius sourit.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Puis Darius regarda vers la fenêtre.
— Rien d’étrange aujourd’hui ?
Kael secoua la tête.
— Non.
— Tant mieux.
Il marqua une pause.
— Profite-en.
Kael comprit immédiatement.
Il hocha simplement la tête.
Ce soir-là, il n’y avait ni mystère à résoudre ni danger à affronter.
Seulement une journée presque normale à Asteria.
Et, pour la première fois depuis longtemps, Kael réalisa qu’il ne détestait pas cette normalité.
Il ne savait pas combien de temps elle durerait.
Mais pour l’instant, cela suffisait.