Chapter 27 of 101
La lettre sous la couronne
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Le lendemain, Asteria semblait avoir décidé de faire oublier à Kael qu’un mystérieux inconnu venait de lui laisser un message.
L’académie était animée dès le début de la matinée.
Des élèves traversaient les coursives avec des piles de livres dans les bras, des groupes discutaient près des escaliers et, sur les terrains extérieurs, les apprentis chevaliers avaient déjà commencé leur entraînement.
Une journée parfaitement normale.
Ou presque.
Kael avançait vers la salle de cours avec Noah et Lysandra lorsqu’un petit groupe passa devant eux.
Deux élèves chuchotèrent.
Kael entendit distinctement son nom.
Il ne réagit pas.
Noah, en revanche, tourna la tête.
— Ils parlent encore de toi.
— Je sais.
— Ça ne t’énerve pas ?
— Non.
Noah le regarda quelques secondes.
— Même pas un peu ?
Kael réfléchit.
— Ce serait différent s’ils disaient quelque chose que je ne savais pas déjà.
Noah resta silencieux.
— C’est une façon assez déprimante de voir les choses.
Lysandra sourit légèrement.
— Il a un point.
— Vous êtes tous les deux contre moi aujourd’hui.
— Pas du tout, répondit Noah. Je suis simplement là pour rappeler que tu es une personne normale.
Kael le fixa.
— Tu es probablement la dernière personne qui devrait parler de normalité.
Lysandra éclata de rire.
Noah posa une main sur son cœur.
— Ça fait mal.
— Tant mieux.
Ils arrivèrent devant leur salle.
Darius se tenait un peu plus loin, accompagné de Gareth.
Comme toujours, son attitude changeait complètement lorsqu’il était en service.
Dos droit.
Regard attentif.
Main proche de son arme.
Aucune plaisanterie.
Kael le regarda quelques secondes.
Darius le remarqua.
Il inclina légèrement la tête.
Kael répondit par un bref mouvement.
Puis ils continuèrent chacun leur chemin.
Noah observa la scène.
— Vous êtes vraiment bizarres.
— Pourquoi ?
— Vous n’avez même pas parlé.
— Nous n’avions rien à dire.
— Vous communiquez avec des regards maintenant ?
Kael entra dans la salle.
— Apparemment.
---
Le premier cours de la journée passa sans incident.
Puis le deuxième.
Et le troisième.
À midi, Kael commençait presque à croire que la veille n’avait été qu’un mauvais rêve.
Presque.
Lorsqu’ils arrivèrent à la salle à manger, plusieurs élèves s’étaient déjà installés.
Noah prit immédiatement une place près de la fenêtre.
— Ici.
Kael posa son plateau.
— Pourquoi ici ?
— Parce que j’ai décidé.
— Très convaincant.
Lysandra s’assit en face d’eux.
Quelques secondes plus tard, Darius apparut à l’entrée.
Il ne vint pas vers eux.
Il échangea quelques mots avec Gareth, puis se plaça près d’une colonne afin de surveiller la salle.
Noah regarda Kael.
— Tu crois qu’il mange parfois ?
— Probablement.
— Je ne l’ai jamais vu.
— Parce que tu ne fais pas attention.
— Je fais attention à beaucoup de choses.
Kael leva un sourcil.
— Vraiment ?
Noah réfléchit.
— D’accord, peut-être pas.
Lysandra sourit.
— Il doit manger quand il est avec les autres chevaliers.
Kael regarda Darius.
— Oui.
Une pause.
— Enfin… j’espère.
Noah se mit à rire.
— Même toi, tu n’es pas sûr.
Kael allait répondre lorsque Darius tourna brusquement la tête vers l’entrée.
Son expression changea.
Kael le remarqua immédiatement.
Quelques secondes plus tard, un professeur entra dans la salle et se dirigea vers le centre.
— Une annonce de la direction.
Les conversations diminuèrent progressivement.
— À partir de demain, les entraînements interclasses seront exceptionnellement ouverts à plusieurs sections de l’académie. La direction souhaite organiser une série d’exercices communs afin d’évaluer la coopération entre les différentes filières.
Des murmures enthousiastes parcoururent la salle.
Noah sourit.
— Enfin quelque chose d’intéressant.
Kael soupira.
— Tu vas surtout trouver un moyen de te faire remarquer.
— Absolument.
Lysandra rit.
Le professeur continua.
— Les exercices auront lieu pendant plusieurs jours. Les élèves seront répartis en équipes mixtes. Mages, chevaliers, stratèges et étudiants spécialisés devront travailler ensemble.
Noah se tourna vers Kael.
— Si on est dans la même équipe, tu me portes.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que tu es lourd.
— Je suis parfaitement normal !
— Ce n’est pas ce que j’ai dit.
Lysandra secoua la tête.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, Kael sentit quelque chose de presque normal.
Une journée d’académie.
Des cours.
Des plaisanteries.
Des entraînements.
Il aurait pu oublier le reste.
Ou presque.
---
Après le déjeuner, Kael se rendit à la bibliothèque.
Il n’avait pas prévu d’y rester longtemps.
Seulement vérifier quelque chose.
Il posa devant lui plusieurs documents concernant les anciens symboles impériaux.
Le symbole de la couronne.
Le symbole de passage.
Le signe du Gardien.
Puis il ajouta sur une feuille la dernière marque découverte sur le mur.
Une couronne.
Et dessous :
V.
Kael fixa la lettre.
Il commença par chercher les anciennes familles impériales.
Rien.
Les anciens gardiens.
Rien.
Les archivistes ayant travaillé à Asteria.
Quelques résultats, mais aucun ne correspondait.
Puis il changea d’approche.
Il chercha les anciennes inscriptions associées à la couronne.
Après plusieurs minutes, il trouva quelque chose.
Une page très ancienne.
Le texte était presque illisible.
Kael se pencha davantage.
Une phrase avait été conservée.
« Le Gardien ne sert pas la Couronne. Il veille sur ce qu’elle ne doit jamais atteindre. »
Kael resta immobile.
Cette phrase confirmait quelque chose.
Le Gardien n’était peut-être pas un serviteur de l’Empire.
Il pouvait même être quelqu’un chargé de protéger un secret contre la Couronne elle-même.
Kael tourna la page.
Rien.
Une seconde page.
Des passages effacés.
Une troisième.
Complètement vide.
Il fronça les sourcils.
— Tu cherches quelque chose ?
Kael releva les yeux.
Lysandra se tenait devant la table.
— Oui.
Elle s’installa en face de lui.
— Encore le Gardien ?
— Entre autres.
Kael lui montra la phrase.
Lysandra la lut attentivement.
Son expression devint plus sérieuse.
— « Ce qu’elle ne doit jamais atteindre »…
— Oui.
— Ça signifie que le Gardien protégeait quelque chose contre l’Empire ?
— Peut-être.
— Et ton père cherchait ce Gardien.
— Oui.
Lysandra observa la feuille.
— Tu penses que le « V » correspond à Veyron ?
Kael ne répondit pas immédiatement.
— C’est possible.
— Mais tu n’en es pas convaincu.
— Non.
— Pourquoi ?
Kael posa un doigt sur la lettre.
— Parce que celui qui a laissé cette marque savait probablement que je chercherais immédiatement un lien avec ma famille.
Lysandra réfléchit.
— Donc ça pourrait être volontairement trompeur.
— Ou alors il ne cherchait pas à me tromper.
— Tu penses qu’il voulait que tu la voies ?
Kael leva les yeux.
— Oui.
Un silence s’installa.
Puis Lysandra demanda :
— Pourquoi ?
Kael regarda de nouveau la lettre.
— Pour que je cherche.
---
À plusieurs mètres de là, entre deux rayonnages, une présence se déplaça.
Kael releva brusquement la tête.
Lysandra le remarqua.
— Quoi ?
Il regarda derrière elle.
Personne.
— Rien.
Il se leva.
— Je reviens.
— Kael—
Mais il était déjà parti.
Il traversa rapidement la bibliothèque.
Le bruit de ses pas résonna entre les étagères.
Une silhouette venait de disparaître derrière un pilier.
Kael accéléra.
Il arriva au bout du couloir.
Vide.
Il regarda à gauche.
Puis à droite.
Rien.
Seulement une fenêtre ouverte.
Kael s’en approcha.
Le vent faisait légèrement bouger les rideaux.
Sur le rebord, quelque chose attira son attention.
Un petit morceau de papier.
Il le prit.
Une seule phrase y était inscrite.
« Ne cherche pas celui qui porte la lettre. Cherche celui qui l’a laissée. »
Kael serra légèrement le papier.
Cette fois, aucune aura ne se manifesta.
Il resta parfaitement calme.
Mais son regard changea.
Quelqu’un était en train de communiquer avec lui.
Pas directement.
Pas encore.
Mais suffisamment pour savoir exactement ce qu’il cherchait.
---
— Tu as disparu pendant quatre minutes.
Kael releva les yeux.
Darius se tenait devant lui.
— Tu comptes ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que tu disparais toujours lorsque quelque chose devient intéressant.
Kael soupira.
— J’ai trouvé ça.
Il lui tendit le papier.
Darius le lut.
Son visage se ferma.
— Où ?
— Près d’une fenêtre de la bibliothèque.
— Quelqu’un t’a suivi ?
— Je ne sais pas.
Darius regarda autour de lui.
Gareth arriva quelques secondes plus tard.
— Commandant.
Darius lui tendit le papier.
Gareth le lut.
— Nous allons fouiller la bibliothèque.
— Discrètement, répondit Darius.
— Bien.
Gareth repartit.
Kael regarda Darius.
— Tu ne vas pas me dire d’arrêter.
— Non.
— Pourquoi ?
Darius le fixa.
— Parce que quelqu’un vient de faire quelque chose de différent.
— Quoi ?
— Jusqu’ici, ils te menaçaient.
Darius désigna le papier.
— Maintenant, ils te donnent des indications.
Kael resta silencieux.
Il poursuivit :
— Ça veut dire qu’ils veulent que tu avances.
— Ou qu’ils veulent contrôler la direction que je prends.
— Exactement.
Kael regarda le papier une nouvelle fois.
Ne cherche pas celui qui porte la lettre. Cherche celui qui l’a laissée.
La phrase lui revint en tête.
Il pensa au symbole.
À la couronne.
Au Gardien.
À Alaric Daven.
À son père.
Puis à cette lettre.
V.
— Darius.
— Oui ?
— Tu connais quelqu’un qui utilise un symbole avec une couronne et une lettre V ?
Darius réfléchit.
Longuement.
Puis son expression changea légèrement.
— Peut-être.
Kael se tourna vers lui.
— Qui ?
Darius hésita.
Ce fut suffisamment inhabituel pour que Kael le remarque.
— Darius.
Le chevalier soupira.
— Il existe une ancienne branche de la chevalerie impériale.
— Une branche ?
— Elle a disparu il y a plusieurs années.
— Pourquoi ?
Darius regarda autour de lui avant de répondre.
— Parce qu’elle n’existe officiellement plus.
Kael fronça les sourcils.
— Et son nom ?
Darius fixa le morceau de papier entre ses doigts.
— Les Veilleurs de la Couronne.
Le silence retomba.
Kael sentit quelque chose vibrer dans sa poche.
Le cristal.
Il le sortit.
Cette fois, la lumière apparut immédiatement.
Le symbole se forma.
La couronne.
Puis la lettre.
V.
Darius regarda le cristal.
— Kael…
Une seconde inscription apparut sous la première.
Une phrase.
« Le dernier Veilleur connaît la vérité. »
La lumière s’éteignit.
Kael resta immobile.
Pour la première fois depuis le début de son enquête, une piste semblait pointer vers une personne encore vivante.
Quelqu’un qui connaissait peut-être ses parents.
Quelqu’un qui connaissait Alaric Daven.
Et peut-être quelqu’un qui savait exactement ce qui s’était passé avant leur mort.
Darius posa une main sur son épaule.
— On va devoir en parler à Lucian.
Kael acquiesça.
Son regard resta fixé sur le cristal.
— Oui.
Puis, après quelques secondes :
— Mais cette fois…
Il rangea lentement le cristal.
— …je veux savoir qui était le dernier Veilleur avant que quelqu’un d’autre ne nous donne la réponse.
À l’autre bout de la bibliothèque, une page venait de tomber d’un vieux livre.
Personne ne l’avait touché.
Sur cette page jaunie figurait un nom.
Un nom presque entièrement effacé.
Mais suffisamment lisible pour laisser apparaître trois lettres.
VAL…
Puis le livre se referma seul.