Chapter 9 of 13
Matin du 8e jour
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Regina s'était réveillée aux côtés d'Emma. Pendant un instant, elle en fut grandement surprise. Comment la blonde pouvait-elle dormir aussi paisiblement à ses côtés? La Reine était soudainement bien consciente du traitement qu'elle infligeait à sa nouvelle épouse. Mais pouvait-elle lui faire suffisamment confiance pour se laisser aller à développer des sentiments pour elle? Pouvait-elle vraiment s'attacher à quelqu'un qui pourrait un jour la trahir comme l'avait fait sa première épouse?
Elle avait beau se poser ces questions, elle sentait qu'il était quelque peu trop tard. L'ancienne Swan se glissait lentement mais sûrement dans son cœur qu'elle croyait gelé.
Quand Emma se redressa, frottant ses yeux embués par le sommeil, Regina tenta de retrouver le contrôle.
- Ton histoire d'hier, je n'en ai pas entendu la fin.
- C'est exact. Vous vous êtes endormie avant que je ne puisse finir.
Regina se retint de réagir face à cette insolence douce. La personnalité d'Emma ressortait enfin et elle avait besoin de la connaître pour savoir si elle pouvait s'attacher à elle de façon sécuritaire.
- Suis-moi. Nous allons manger dehors.
Emma, surprise par cette attention, la suivit jusqu'au jardin intérieur.
- Bien. En attendant que le petit-déjeuner n'arrive, continue ton histoire.
***
Les jours suivants auraient dû s'écouler comme les précédents.
Aurore, enfermée dans le luxe feutré de la première classe. Philipp, perdu dans l'agitation chaleureuse des ponts inférieurs.
Deux mondes séparés par quelques escaliers... et un abîme invisible.
Mais quelque chose avait changé.
Depuis leur rencontre, Aurore ne cessait de penser à lui. À sa façon de parler, simple et directe. À son regard, qui ne cherchait pas à l'impressionner... ni à l'évaluer. Il la voyait. Vraiment.
Pas comme une future épouse. Pas comme une noble à marier. Mais comme une personne. Et cette idée, aussi nouvelle que troublante, lui donnait le vertige.
Le lendemain, elle trouva un prétexte. Puis un autre. Et encore un autre. Jusqu'à ce que mentir devienne presque naturel.
— Je vais lire sur le pont, annonça-t-elle d'un ton calme.
Sa gouvernante hocha la tête, satisfaite.
Mais Aurore ne se dirigea pas vers le pont supérieur. Elle descendit. Encore. Toujours plus loin de ce qu'on attendait d'elle. Et lorsqu'elle arriva enfin au détour du même couloir, son cœur accéléra sans qu'elle puisse l'expliquer.
Il était là. Adossé contre le mur, comme s'il l'attendait sans oser se l'avouer. Philipp releva la tête en l'apercevant. Une surprise sincère passa dans ses yeux... suivie d'un sourire qu'il ne chercha pas à cacher.
— Vous vous êtes encore perdue?
Aurore croisa les bras, feignant l'indignation.
— Peut-être que je commence à connaître le chemin.
— Dans ce cas, je suis déçu. J'aimais bien vous croire aventurière malgré vous.
Elle s'approcha.
— Et si je l'étais vraiment?
Il la dévisagea un instant, comme s'il pesait ses mots.
— Alors vous êtes au mauvais endroit.
— Pourquoi?
— Parce qu'ici, il n'y a rien de grand. Rien de noble. Juste des gens qui essaient de vivre comme ils peuvent.
Aurore secoua doucement la tête.
— C'est justement pour ça que je suis venue.
Le silence qui suivit n'était pas vide. Il était chargé. Quelque chose, entre eux, venait de s'installer. Quelque chose de fragile... et d'inévitable.
Ce jour-là, Philipp lui fit découvrir son monde. Pas avec des discours, ni des démonstrations. Simplement en marchant à ses côtés.
Ils traversèrent les ponts inférieurs, croisèrent des familles, des enfants, des musiciens improvisés. Aurore observait tout avec une curiosité presque enfantine. Chaque détail semblait l'émerveiller.
— Vous regardez comme si vous découvriez un autre univers, remarqua Philipp.
— C'est le cas.
— Pourtant, on est sur le même bateau.
Elle s'arrêta.
— Pas vraiment.
Il comprit. Pour la première fois, il regretta cette frontière invisible qu'il avait toujours acceptée sans la remettre en question.
Le soir venu, il l'emmena là où la musique battait son plein.
Un violon, une guitare, des mains qui frappaient en rythme... et des rires, partout.
— Je ne peux pas rester ici, murmura Aurore, soudain hésitante.
— Pourquoi?
— Ce n'est pas... convenable.
Philipp esquissa un sourire en coin.
— Vous voulez savoir un secret?
Elle leva les yeux vers lui.
— Personne ici ne se soucie de ce qui est convenable.
Avant qu'elle ne puisse répondre, il lui tendit la main.
— Alors?
Elle hésita. Une seconde. Puis posa sa main dans la sienne.
Et tout bascula.
Aurore n'avait jamais dansé ainsi. Sans retenue. Sans regard à craindre. Sans règle à suivre. Elle riait. Vraiment.
Et Philipp... Philipp ne la quittait pas des yeux. Parce que ce n'était pas seulement sa beauté qui le frappait. C'était sa liberté retrouvée. Comme si, pour la première fois, elle devenait elle-même. Et il se rendit compte d'une chose dangereuse. Il ne voulait plus la laisser partir.
Les jours suivants s'enchaînèrent, trop vite, comme emportés par un courant invisible. Ils se retrouvaient dès qu'ils le pouvaient. Parfois sur les ponts inférieurs, parfois à l'abri des regards, parfois même à la limite des espaces interdits.
Et toujours, ils parlaient. De tout. De rien. De leurs rêves.
— Le Nouveau Monde... qu'est-ce que vous espérez y trouver? demanda Aurore un après-midi, assise à côté de lui sur un escalier désert.
Philipp réfléchit.
— Une chance.
— C'est tout?
— C'est déjà beaucoup.
Elle sourit doucement.
— Moi, je n'ai pas choisi d'y aller.
— Alors pourquoi vous y allez?
Elle détourna le regard.
— Parce que c'est ce qu'on attend de moi. Un bon mariage avec un noble vivant là-bas, loin de tout ce que je connais.
Il ne répondit pas tout de suite.
Puis, doucement:
— Et si vous pouviez choisir?
Elle le regarda. Longtemps.
— Je resterais ici.
Son cœur manqua un battement.
— Sur le bateau?
— Non.
Sa voix était presque un murmure.
— Ici.
« Avec toi. » avait-elle envie de lui dire.
Ce n'était pas une déclaration. Pas vraiment. Mais c'en était une quand même. Et ils le savaient tous les deux.
Leur amour naquit ainsi.
Sans promesses. Sans plans. Sans avenir certain.
Juste... une évidence.
Chaque regard, chaque geste, chaque silence partagé les rapprochait davantage.
Trop vite. Beaucoup trop vite.
Mais ni l'un ni l'autre ne chercha à ralentir. Parce qu'ils sentaient, au fond d'eux, une vérité qu'ils n'osaient pas formuler.
Quelque chose d'aussi pur... Ne pouvait pas durer.
Ce soir-là, ils se retrouvèrent à l'avant du navire. Le vent était plus fort, l'air plus froid, mais aucun des deux ne s'en souciait.
Aurore s'avança jusqu'à la rambarde, le regard fixé sur l'horizon.
— J'ai l'impression de voler, dit-elle doucement.
Philipp s'approcha derrière elle.
— Alors fermez les yeux.
Elle obéit.
Il posa ses mains sur les siennes.
— Faites-moi confiance.
Elle hocha la tête. Il l'aida à monter légèrement, à s'appuyer contre la proue.
Le vent soulevait ses cheveux, faisait battre son cœur plus vite.
— Ouvrez les yeux.
Elle le fit.
Et pendant un instant suspendu, le monde disparut. Il n'y avait plus que l'océan. Le ciel. Et lui.
Aurore tourna légèrement la tête. Leurs visages étaient proches. Trop proches. Mais aucun ne recula.
Leurs regards se croisèrent. Et cette fois... Ils ne détournèrent pas les yeux.
Le baiser fut doux. Hésitant. Puis certain. Comme une évidence qu'ils avaient trop longtemps ignorée.
Au loin, invisible dans l'obscurité... La mer restait calme. Mais sous sa surface, froide et indifférente... Le destin avançait, silencieux.
***
- Votre petit-déjeuner est arrivé, Votre Majesté.
La voix du serviteur fit sursauter les deux femmes. Elles ne l'avaient jamais vu ni entendu arriver, trop prises par l'histoire.
Regina voulut s'en prendre à lui pour avoir osé couper l'histoire de la sorte mais se retint, ne voulant pas se gâcher l'appétit avec une exécution matinale. De plus, elle sentait que cela effraierait Emma plus que de raison si elle se laissait aller à ses plus sombres pulsions.