Chapter 8 of 13

Nuit 7

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La nuit tombait de nouveau sur la chambre nuptiale. La peau d'Emma commençait à pâlir par manque d'exposition au soleil. Cela dérangeait légèrement Regina qui trouvait que la blonde était mieux avec un léger halo sur sa peau. Elle allait devoir faire quelque chose à ce sujet très rapidement. Mais pour l'instant... - Je suis prête pour mon histoire du jour. Emma sourit doucement, détectant l'intérêt de la Reine derrière sa froideur. Elle voyait également les traits tirés de sa femme, lui indiquant de prendre une histoire et une voix plus douces, telles une berceuse. Après tant de jours d'isolement, elle était prête à prendre n'importe quel signe d'intérêt pour sa personne, même la tête de la Méchante Reine contre ses cuisses. *** L'amour peut être tragique même quand il est pur. Aurore et Philipp le découvriront à leurs dépens. Ils étaient tous les deux montés à bord de l'insubmersible Belle-au-Bois-Dormant pour atteindre le Nouveau Monde. L'une comme noble en première classe, l'autre comme simple passager de classe économique. Leurs chemins n'auraient jamais dû se croiser. Et pourtant... Le paquebot fendait l'océan avec une assurance presque arrogante. Le Belle-au-Bois-Dormant, fleuron de la navigation moderne, brillait sous les étoiles comme une promesse d'avenir. On disait qu'il était insubmersible. On disait qu'aucune tempête ne pouvait l'ébranler. On disait beaucoup de choses. Aurore, elle, n'écoutait plus vraiment. Appuyée contre la rambarde du pont supérieur réservé à la première classe, elle observait l'horizon nocturne. L'océan semblait infini, sombre et silencieux, comme un secret qu'on n'osait pas percer. Le vent faisait danser ses cheveux dorés, et pourtant, malgré ce décor presque parfait, elle se sentait enfermée. Sa robe élégante, soigneusement choisie par sa mère, lui semblait soudain trop serrée. Son corset comprimait sa respiration, comme un rappel constant de ce qu'on attendait d'elle. Être parfaite. Être digne. Être... docile. — Mademoiselle, vous allez attraper froid. La voix derrière elle était douce, mais ferme. Aurore n'eut pas besoin de se retourner pour reconnaître sa gouvernante. — Je voulais simplement prendre l'air, répondit-elle, sans quitter l'océan des yeux. — L'air ne manque pas à l'intérieur. Aurore esquissa un sourire triste. — Justement. Un silence s'installa. Finalement, à contrecœur, elle se redressa et suivit la gouvernante vers les lumières chaleureuses du salon de première classe, laissant derrière elle l'obscurité apaisante de la nuit. À l'autre extrémité du navire, le monde était bien différent. Dans les ponts inférieurs, la musique résonnait, les rires éclataient, et la vie semblait plus réelle, plus brute. Philipp, assis sur une caisse renversée, observait la scène avec un sourire en coin. Un violoniste entraînait la foule dans une mélodie entraînante, et bientôt, plusieurs passagers dansaient sans retenue. Ici, personne ne faisait semblant. Ici, personne ne jouait un rôle. Philipp passa une main dans ses cheveux bruns, légèrement ébouriffés, et se laissa emporter par l'ambiance. Il n'avait pas grand-chose — un billet de dernière minute, quelques pièces dans sa poche, et un avenir incertain dans le Nouveau Monde — mais pour la première fois depuis longtemps, il se sentait libre. — Tu danses ou tu regardes toute la soirée? lança une jeune femme en riant. — Je réfléchis, répondit-il avec malice. — Mauvaise idée. Ici, on ne réfléchit pas. On vit! Elle attrapa sa main sans attendre sa réponse, et bientôt, Philipp se retrouva entraîné dans la danse, ses hésitations balayées par la musique et les éclats de rire. Mais au fond de lui, une part de lui regardait ailleurs. Vers le haut. Vers ces ponts qu'il ne verrait jamais. Le lendemain matin, le soleil baignait le navire d'une lumière éclatante. Aurore, incapable de supporter une nouvelle journée enfermée dans les conventions, trouva une excuse pour s'échapper. Profitant d'un moment d'inattention de sa gouvernante, elle se glissa hors des salons luxueux et s'aventura là où elle n'était jamais allée. Les escaliers devenaient plus étroits. Les dorures disparaissaient. Les voix changeaient. Elle descendait. Son cœur battait plus vite — d'excitation, mais aussi d'une légère peur. Que faisait-elle, exactement? Une jeune femme de son rang n'avait rien à faire ici. Et pourtant, elle continua. C'est en tournant brusquement dans un couloir qu'elle le percuta. Le choc fut léger, mais suffisant pour la faire vaciller. Une main la rattrapa avant qu'elle ne perde l'équilibre. — Attention! Aurore leva les yeux. Et le monde sembla suspendre son souffle. Philipp la regardait, surpris, sa main toujours posée sur son bras. Il n'avait jamais vu quelqu'un comme elle. Pas seulement à cause de sa beauté — bien qu'elle fût indéniable — mais à cause de quelque chose dans son regard. Une tristesse qu'il reconnaissait. — Vous êtes perdue, mademoiselle? demanda-t-il doucement. Aurore cligna des yeux, comme si elle revenait à la réalité. — Je... peut-être, admit-elle. Leurs regards restèrent accrochés un instant de trop. Un instant qui n'aurait jamais dû exister. Philipp relâcha lentement son bras, comme à regret. — Vous n'êtes pas du bon côté du bateau. — Et si c'était justement là que je voulais être? Il arqua un sourcil, intrigué. — Dans ce cas, vous êtes encore plus perdue que je le pensais. Elle laissa échapper un léger rire. Un rire sincère, rare. — Alors peut-être que vous pourriez m'aider. Il hésita. Tout, dans sa vie, lui avait appris à ne pas franchir certaines limites. Les mondes comme le sien et celui d'Aurore ne se mélangeaient pas. Jamais. Mais quelque chose dans sa voix, dans sa façon de le regarder, le poussa à ignorer cette règle. — D'accord, dit-il finalement. Mais seulement si vous promettez de ne pas me causer d'ennuis. — Je ne promets rien. Un sourire complice naquit entre eux. Et sans qu'ils ne le sachent encore, à cet instant précis, leur destin venait de changer. Au-dessus d'eux, le Belle-au-Bois-Dormant poursuivait sa route, majestueux et imperturbable. Mais loin, très loin devant, dissimulé dans l'obscurité de l'océan... Le danger attendait. *** Emma n'eut pas d'autre choix que de s'arrêter quand Regina s'endormit à moitié sur elle. La Reine avait travaillé si fort durant la journée qu'elle avait dodeliné de la tête tout au long de l'histoire.  La suite attendrait le lendemain. Avec des gestes doux, la blonde étendit la brune dans le lit. Elle se blottit ensuite contre la femme endormie, cherchant un brin de chaleur humaine tout en sachant à quel point cela pouvait être dangereux pour la sécurité de son cœur. Elles dormirent ensemble pour la première fois.

End of Chapter 8

Chapter 8: Nuit 7 - Les milles et une nuits d’Emma | Novel AI Studio