Chapter 3 of 17
Dernière volonté: changer les règles
1.1k words
La balle frappa mon front.
La douleur fut instantanée, fulgurante, comme si on avait déchiré la chair et traversé mon crâne. Puis ce fut le vide, un souffle arraché de ma poitrine, et la chute — brutale, irréversible.
Je mourus.
L'espace d'un battement de cœur, tout sombra. Plus de chambre, plus de maison, plus rien. Juste le noir et une pensée unique qui se grava dans mon esprit, brûlante comme une marque au fer:
«Je ne veux pas être humiliée une fois de plus par ces imbéciles de Namimori. Je vais les écraser.»
La seconde suivante, j'ouvris les yeux.
Je respirais à nouveau, mais différemment: chaque bouffée d'air brûlait mes poumons comme de la lave en fusion. Mon corps tremblait, non pas de peur, mais de rage pure. Je pouvais sentir cette énergie nouvelle circuler dans mes veines, m'électriser jusqu'au bout des doigts.
Reborn, assis tranquillement sur le bureau, observait la scène comme s'il feuilletait un journal.
— Eh bien, dit-il calmement, tu as survécu.
Je le fixai, haletante, les yeux injectés de feu.
— Ce n'est pas une survie. C'est un réveil.
Mes mains serraient convulsivement les draps du lit, et une idée me traversa, limpide: si j'étais dans ce monde, je n'avais aucune intention de me laisser marcher dessus comme Tsuna. J'avais vingt-cinq ans d'expériences derrière moi, des blessures et des humiliations subies dans le monde réel. Pas question de les revivre.
Et il y avait un premier champ de bataille tout trouvé: Namimori Middle School.
Tous ces élèves qui passaient leur temps à piétiner Tsuna, à lui coller des surnoms humiliants, à rire à ses dépens... sans jamais être inquiétés. Les professeurs qui détournaient les yeux ou même qui participaient. Le directeur qui ne faisait rien.
C'était de la maltraitance institutionnelle.
Et j'allais y mettre fin.
Je me levai brusquement, mes gestes amplifiés par l'énergie de la balle. Reborn me suivit du regard, intrigué.
— Où vas-tu? demanda-t-il.
Je ne répondis pas tout de suite. J'enfilai mes chaussures à la hâte, attrapai mon sac et me dirigeai vers la porte d'entrée.
— À la police.
Il cligna des yeux, puis un sourire amusé étira ses lèvres.
— La police? Voilà qui est original. La plupart des gens sous l'effet de la balle veulent courir, hurler, réparer des petites choses. Toi, tu veux... déposer plainte?
Je me tournai vers lui, les flammes de ma volonté brûlant dans mon regard.
— Oui. Pour harcèlement, intimidation et négligence grave.
Un silence s'installa, brisé par son éclat de rire.
— Kukuku... ça, je dois bien avouer que je ne l'avais pas prévu.
Mais il ne m'arrêta pas. Au contraire, il me suivit, trottinant sur le trottoir à mes côtés, toujours sur son caméléon.
Je fonçai droit vers le commissariat de Namimori, chaque pas résonnant comme une déclaration de guerre.
⸻
L'accueil fut presque banal: un policier légèrement endormi derrière son bureau leva les yeux vers moi, prêt à expédier un collégien en difficulté. Mais mon énergie, ma posture, et mes mots précis le figèrent sur place.
— Je viens déposer plainte. Officiellement. Pour harcèlement, intimidation et maltraitance systématique à l'école secondaire de Namimori.
Ses yeux s'écarquillèrent.
— Hein? Mais... tu es un élève de là-bas, non?
— Justement. Vous croyez que les humiliations publiques, les coups, les rires collectifs, c'est normal? Vous croyez que c'est de la discipline scolaire? C'est un crime. Et je veux que vous le traitiez comme tel.
Je posai mon sac sur le comptoir avec fracas.
Le policier bafouilla, se redressa, appela son supérieur. En quelques minutes, je me retrouvai face à un inspecteur plus âgé, qui m'invita dans un bureau. Reborn s'était installé dans un coin de la pièce, invisible pour les adultes comme toujours, mais je pouvais sentir son regard amusé sur moi.
L'inspecteur commença d'un ton prudent:
— Sawada-kun, c'est bien ça? Tu dis être victime de... harcèlement scolaire?
— Pas seulement moi, répliquai-je sèchement. Toute la structure est corrompue. Les professeurs ferment les yeux voire humilient publiquement ceux qui ont des mauvaises notes et leur mettent zéro quand ils s'améliorent pour soi-disant tricherie, les élèves les plus violents sont intouchables. Même le directeur laisse faire. Ça fait des années que ça dure. Si vous ne faites rien, c'est vous les complices.
Mes mots claquaient, acérés, portés par la rage de la balle. Mais ce n'était pas une folie aveugle: c'était un plan clair, une stratégie. J'avais étudié le droit sur mon temps libre dans mon monde, assez pour savoir formuler une plainte crédible.
Je détaillai plusieurs incidents précis: coups reçus, insultes répétées, carnets de notes falsifiés, humiliations devant la classe entière. Tout ce que Tsuna avait subi, je le couchai en accusations concrètes.
L'inspecteur me regardait avec un mélange de surprise et de malaise.
— Tu es sûr de vouloir aller aussi loin?
— Je ne suis pas «sûr». Je l'exige.
Je tapai du poing sur la table.
— Et si vous refusez, je contacterai la presse locale.
Il blêmit légèrement. Dans une petite ville comme Namimori, un scandale public était la dernière chose que la police voulait.
À côté de moi, Reborn se mit à siffloter doucement.
— Intéressant... tu utilises la loi comme une arme. Voilà une méthode peu conventionnelle pour un futur parrain.
Je l'ignorai.
L'inspecteur finit par soupirer.
— Très bien... nous allons ouvrir une enquête.
J'eus un sourire froid.
— Ce n'est que le début.
⸻
En sortant du commissariat, je sentis l'énergie de la balle commencer à faiblir. Ma respiration ralentit, mes muscles cessèrent de trembler. Mais la décision que j'avais prise ne disparaissait pas avec l'effet: elle restait gravée.
Reborn trottina à mes côtés, l'air plus enjoué que jamais.
— Je dois admettre que je suis impressionné. Tu as transformé la balle de Dernière Volonté en... procédure judiciaire.
— Pourquoi pas? dis-je sèchement. La violence brute ne change rien. Si je veux construire quelque chose, je dois d'abord démolir les fondations pourries.
— Et tu crois que la police, la loi, vont te protéger dans ce monde?
Je le regardai droit dans les yeux.
— Non. Mais elles vont me servir.
Son sourire s'élargit, carnassier.
— Kukuku... tu es bien plus dangereux que le Tsuna que j'aurais pu connaître, si je me fie aux rapports d'enquête.
Je haussai une épaule, déjà épuisée par la descente d'adrénaline.
— Je ne suis pas Tsuna.
— Non, confirma Reborn avec une lueur narquoise. Tu es peut-être... un vrai boss.