Chapter 3 of 101
La lettre de son père
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Le symbole était toujours là.
Gravé sur la porte.
Kael s'arrêta quelques secondes devant celle-ci, les yeux fixés sur les lignes sombres qui formaient le même motif que celui qu'il avait retrouvé six ans plus tôt dans le bureau de son père.
Un cercle incomplet.
Trois traits verticaux.
Et, au centre, une petite forme ressemblant presque à un œil.
— Tu comptes rester planté là longtemps ?
La voix de Noah le tira de ses pensées.
Kael détourna lentement le regard.
— Non.
— Alors pourquoi tu regardes cette porte comme si elle venait de tuer quelqu'un ?
Kael lui lança un regard neutre.
— Elle ne peut probablement pas.
Noah haussa un sourcil.
— « Probablement » ?
— J'ai dit probablement.
— Génial. Très rassurant.
Ils reprirent leur chemin.
Mais Kael jeta un dernier regard derrière lui.
La porte était parfaitement ordinaire.
Du moins, en apparence.
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Le lendemain matin, Asteria était déjà animée.
Les couloirs étaient remplis d'étudiants. Certains parlaient de leurs premiers cours, d'autres de leurs familles, et quelques-uns s'étaient déjà regroupés autour des élèves les plus connus.
Kael marchait tranquillement avec Noah.
— Tu sais, commença Noah, tu pourrais essayer de sourire de temps en temps.
— Pourquoi ?
— Pour avoir l'air moins menaçant.
— Je ne cherche pas à avoir l'air menaçant.
Noah regarda ses yeux rouges.
Puis son expression parfaitement impassible.
Puis ses vêtements noirs.
— C'est pourtant très réussi.
Kael ne répondit pas.
Un groupe d'étudiants passa à côté d'eux.
— C'est Veyron ?
— Oui.
— Celui dont les parents sont morts ?
— Il paraît qu'il était là quand—
Les voix s'éloignèrent.
Kael continua simplement à marcher.
Noah, lui, avait entendu.
— Ça commence.
— Quoi ?
— Les rumeurs.
Kael haussa légèrement les épaules.
— Ils peuvent parler.
— Ça ne te dérange pas ?
— Pas vraiment.
Noah le regarda quelques secondes.
— Même si c'est faux ?
— Surtout si c'est faux.
Noah eut un petit sourire.
— J'avoue, c'est assez logique.
Kael s'arrêta devant la salle de cours.
— Tant qu'ils ne parlent pas de ma famille ou de mes terres.
Le sourire de Noah disparut légèrement.
Il comprit immédiatement.
Pour Kael, certaines choses pouvaient être ignorées.
Mais pas tout.
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Le cours suivant était consacré à la théorie de l'aura.
Le professeur expliquait les différentes façons dont l'aura pouvait renforcer le corps humain.
— L'aura n'est pas simplement une énergie destinée au combat, expliqua-t-il. Elle peut également améliorer la perception, la vitesse de réaction et la résistance physique. Cependant, une mauvaise circulation peut provoquer—
Une main se leva.
Adrian Rovenhart.
— Professeur, est-il possible de concentrer son aura dans une arme sans perdre de puissance physique ?
Le professeur acquiesça.
— Oui. Mais cela demande une maîtrise avancée.
Adrian jeta un regard vers Kael.
— Certains élèves semblent déjà en avoir une maîtrise remarquable.
Plusieurs regards se tournèrent vers Kael.
Kael ne bougea pas.
— Veyron.
Adrian sourit.
— Je me demande simplement si le grand héritier de la Maison Veyron est réellement aussi talentueux qu'on le raconte.
Silence.
Kael tourna lentement la tête.
— Tu veux vérifier ?
Adrian se redressa.
— Peut-être.
— Alors demande un duel.
Noah soupira.
— Et voilà.
Le professeur frappa doucement son bureau.
— Ça suffit. Les duels entre étudiants devront être approuvés par un professeur.
Adrian sourit.
— Avec plaisir.
Kael reporta son attention sur le cours.
Pour lui, la conversation était terminée.
Mais au fond de la salle, une jeune fille aux cheveux bleu nuit observait silencieusement les deux garçons.
Lysandra Arven.
Elle avait remarqué quelque chose.
Kael n'avait pas cherché à provoquer Adrian.
Il n'avait même pas semblé énervé.
Il avait simplement répondu.
Comme si le résultat du duel lui importait peu.
Curieuse, elle continua de l'observer.
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À la fin des cours, Kael reçut un message.
Un professeur l'attendait dans le couloir.
— Kael Veyron ?
— Oui.
— Le directeur souhaite vous voir.
Noah fronça les sourcils.
— Maintenant ?
— Maintenant.
Kael suivit le professeur.
Quelques minutes plus tard, il se retrouva devant le bureau d'Alaric D'Aster.
Il frappa.
— Entrez.
Kael ouvrit la porte.
Le directeur était assis derrière son bureau.
Lucian se trouvait également dans la pièce.
— Kael.
— Oncle.
Lucian lui adressa un sourire.
— Alors ? Première journée complète ?
— Correcte.
— « Correcte » ?
— Oui.
Lucian soupira.
— Six ans d'académie et je sens déjà que je vais devoir apprendre à interpréter chacun de tes mots.
Alaric étouffa un rire.
— Assieds-toi, Kael.
Kael prit place.
Le directeur croisa les mains devant lui.
— Je voulais simplement m'assurer que ton arrivée se passe bien.
— Tout va bien.
— Les autres étudiants ?
— Ils parlent.
Alaric fronça légèrement les sourcils.
— Des rumeurs ?
Kael acquiesça.
— Rien d'important.
Lucian, lui, ne souriait plus.
— Elles parlent de quoi ?
Kael le regarda.
— De moi.
— Seulement de toi ?
Un silence.
— Pour l'instant.
Lucian comprit.
— Si quelqu'un s'en prend à ta famille—
— Je sais.
Kael se leva.
— Je peux gérer.
Lucian l'observa attentivement.
Il savait que Kael disait vrai.
Mais il savait aussi qu'il y avait certaines choses que son neveu ne pouvait pas simplement gérer en les ignorant.
Notamment ce symbole.
Et ce que Kael avait commencé à chercher.
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Cette nuit-là, Kael était assis seul dans sa chambre.
Une petite lampe éclairait son bureau.
Devant lui se trouvait une copie de la lettre de son père.
Il l'avait gardée pendant six ans.
Il connaissait chaque mot.
Chaque pli.
Chaque détail.
«« S'ils découvrent ce que nous avons trouvé, ils nous tueront. »»
Kael passa lentement son doigt sur le symbole dessiné au bas de la lettre.
Le même que celui de la porte.
Son regard écarlate se durcit.
— Pourquoi ici ?
Il se leva.
Il prit une feuille et dessina le symbole de mémoire.
Puis il ajouta à côté les quelques informations qu'il avait réussi à obtenir depuis la mort de ses parents.
Lorn Forest.
Tempête.
Carrosse.
Aucun survivant.
Accident.
Il raya le dernier mot.
Puis écrivit :
Mensonge ?
Un bruit léger retentit derrière lui.
Kael se retourna.
La fenêtre était entrouverte.
Le vent faisait bouger les rideaux.
Rien d'autre.
Il s'approcha de la fenêtre et regarda la cour plongée dans l'obscurité.
Personne.
Il allait refermer lorsqu'il remarqua quelque chose.
Sur le mur extérieur, juste sous la fenêtre, quelqu'un avait gravé un petit symbole.
Le même.
Exactement le même.
Kael resta immobile.
Cette fois, son expression changea.
À peine.
Mais suffisamment.
Quelqu'un savait.
Quelqu'un connaissait ce symbole.
Et surtout…
Quelqu'un savait qu'il le cherchait.
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À plusieurs couloirs de là, une silhouette avançait dans l'obscurité.
Elle s'arrêta devant une fenêtre.
Un homme.
Le professeur Darian Valcroix.
Il regarda la cour quelques secondes.
Puis murmura :
— Il a reconnu le symbole.
Un autre homme, dissimulé dans l'ombre, lui répondit :
— Alors il est plus proche de la vérité que prévu.
Darian serra légèrement les poings.
— Il ne doit pas aller plus loin.
— Et s'il refuse de s'arrêter ?
Un silence.
Puis une réponse froide.
— Alors nous lui donnerons une raison de s'arrêter.
Dans la chambre de Kael, la flamme de la lampe vacilla.
Et, pour la première fois depuis six ans, le passé venait de retrouver sa trace.