Chapter 19 of 101
La porte sous les jardins
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Le lendemain matin, Kael se réveilla avant même que la cloche de l’Académie ne sonne.
Il resta quelques secondes immobile, les yeux fixés sur le plafond.
La veille, Lucian lui avait dit qu’ils iraient ensemble.
Ce simple détail aurait dû le rassurer.
Pourtant, il ne parvenait pas à se débarrasser de cette impression étrange qui le suivait depuis plusieurs jours.
Quelqu’un savait.
Quelqu’un savait qu’il cherchait.
Et pire encore…
Quelqu’un semblait vouloir qu’il continue.
Kael se redressa lentement.
Sur son bureau reposait le morceau de cristal noir.
Il l’avait enveloppé dans un tissu avant de dormir.
Pourtant, lorsqu’il tira le tissu, il remarqua immédiatement quelque chose.
Le symbole gravé sur le cristal avait changé.
Pas complètement.
Mais une fine ligne lumineuse traversait maintenant son centre.
Kael fronça légèrement les sourcils.
— Ce n’était pas là hier.
Il prit le cristal.
La lumière disparut aussitôt.
Kael le retourna entre ses doigts.
Rien.
Il le posa.
La lumière réapparut.
Il le reprit.
Elle disparut une nouvelle fois.
Il resta silencieux.
Puis il comprit.
Le cristal ne réagissait pas simplement à sa présence.
Il réagissait à quelque chose.
Kael approcha lentement sa main du symbole.
Une faible vibration parcourut le cristal.
Et pendant une fraction de seconde, une image apparut dans son esprit.
Une porte ancienne et immense.
Construite dans une pierre sombre, couverte de marques presque effacées.
Devant elle se trouvait une silhouette.
Kael n’aperçut pas son visage.
Seulement sa position.
La personne attendait.
Puis l’image disparut.
Kael lâcha presque le cristal.
Il resta parfaitement immobile.
— Qui êtes-vous… ?
Aucune réponse.
Seulement le silence de sa chambre.
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Quelques heures plus tard, Kael traversait les couloirs de l’Académie avec Noah.
— Tu as encore cette tête-là.
Kael tourna légèrement les yeux vers lui.
— Quelle tête ?
— Celle où tu réfléchis à quelque chose de tellement compliqué que même moi, je commence à avoir mal au crâne.
Kael eut un léger sourire.
— Tu n’as jamais besoin d’une raison compliquée pour avoir mal au crâne.
Noah resta silencieux deux secondes.
— Je regrette presque de t’avoir demandé.
— Presque ?
— Non. Pas vraiment.
Kael continua d’avancer.
Noah finit par reprendre, plus sérieusement :
— Tu as trouvé quelque chose hier soir ?
Kael le regarda.
Noah n’insista pas.
Il attendit simplement.
C’était probablement ce que Kael appréciait le plus chez lui.
Il pouvait être insupportable, mais il savait aussi quand il fallait arrêter de plaisanter.
— Le cristal a montré un endroit sous les jardins, répondit finalement Kael.
Noah ralentit.
— Et tu comptes y aller ?
— Lucian m’accompagnera.
— Ça ne répond pas vraiment à ma question.
Kael soupira doucement.
— Oui.
Noah passa une main dans ses cheveux.
— Évidemment.
— Tu pourrais au moins faire semblant d’être surpris.
— Après tout ce qui s’est passé depuis ton arrivée ici ? Non.
Kael eut un petit rire.
Ils arrivèrent devant la salle de théorie magique.
Noah posa une main sur son épaule avant qu’ils entrent.
— Kael.
Cette fois, son ton était sérieux.
— Si quelque chose ne va pas, tu me le dis.
Kael le fixa quelques secondes.
— Je te le dirai.
Noah hocha la tête.
— Bien.
Puis il sourit.
— Maintenant, allons en cours avant que le professeur décide que notre disparition mystérieuse fait partie du problème.
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Le cours portait sur les anciens systèmes de protection magique.
Kael écoutait attentivement.
Le professeur avait dessiné plusieurs cercles complexes au tableau.
— Les protections anciennes ne fonctionnent pas toutes comme les barrières modernes, expliqua-t-il. Certaines ne bloquent pas physiquement un passage. Elles peuvent reconnaître une personne, une intention ou même une signature magique.
Kael releva légèrement les yeux.
— Une signature magique ?
— Oui. Dans certains cas, une protection peut être liée à une personne précise.
Le professeur continua son explication.
— Il existe également des systèmes capables de rester inactifs pendant plusieurs décennies. Ils ne se réveillent qu'après avoir détecté une condition précise.
Kael regarda discrètement le cristal dans la poche intérieure de son uniforme.
Une condition précise.
La phrase résonna dans son esprit.
Il repensa à la lumière.
À la porte.
À la silhouette.
Et à cette impression dérangeante qu'il n'avait pas découvert le chemin.
Qu'on le lui avait montré.
À côté de lui, Noah remarqua son changement d'expression.
Il ne dit rien.
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À la fin du cours, Lysandra attendait Kael dans le couloir.
Ses cheveux bleu nuit tombaient sur ses épaules tandis qu'elle observait les élèves quitter la salle.
Lorsqu'elle aperçut Kael, elle s'approcha.
— Noah m'a dit que tu avais découvert quelque chose.
Kael lança un regard à Noah.
Celui-ci leva les mains.
— Je n'ai pas raconté les détails.
— Je sais.
Lysandra regarda Kael.
— Alors ?
Kael hésita.
Puis il sortit le cristal.
Il le lui montra sans le lui donner.
— Il m'a montré une porte.
Lysandra observa le symbole.
— Une porte sous les jardins ?
Kael hocha la tête.
— Lucian pense que mon père connaissait cet endroit.
Son expression changea légèrement.
— Et tu vas y aller.
— Oui.
— Quand ?
— Ce soir.
Lysandra resta silencieuse.
— Kael…
— Je ne serai pas seul.
— Je sais.
Elle regarda le cristal.
— Mais tu ne sais toujours pas ce qu'il veut.
Kael fronça légèrement les sourcils.
— Ce qu'il veut ?
— Le cristal.
Elle releva les yeux vers lui.
— Tu pars du principe qu'il t'aide. Mais s'il te conduit quelque part, il peut aussi t'y attirer.
Kael ne répondit pas.
Noah regarda Lysandra.
— C'est exactement ce que je lui ai dit.
— Je n'ai jamais dit que tu avais tort.
— C'est probablement la phrase la plus gentille que tu m'aies dite aujourd'hui.
Lysandra sourit légèrement.
Kael, lui, regardait toujours le cristal.
Elle avait raison.
Il l'avait considéré comme une clé.
Mais une clé pouvait ouvrir une porte.
Et un piège pouvait aussi avoir besoin d'une clé.
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À la tombée de la nuit, Kael rejoignit Lucian.
Son oncle l'attendait dans une petite salle située à l'écart de l'Académie.
Plusieurs vieux documents étaient étalés sur la table.
— Tu es venu, dit Lucian.
— Vous avez trouvé quelque chose ?
Lucian ne répondit pas immédiatement.
Il posa simplement un vieux plan devant lui.
Kael s'approcha.
C'était le plan des jardins.
Mais contrairement aux cartes qu'il avait consultées auparavant, celui-ci représentait également ce qui se trouvait sous la surface.
Des couloirs.
Des fondations.
Des pièces condamnées.
Et, tout au bout d'un passage étroit…
Un cercle.
La pièce circulaire.
Kael sentit son regard se durcir.
— C'est elle.
Lucian hocha lentement la tête.
— Oui.
— Pourquoi n'était-elle sur aucun des autres plans ?
— Parce que cette partie a été retirée des archives officielles.
Kael observa le document.
— Par qui ?
— Je ne sais pas.
Cette réponse ne lui plaisait pas.
Lucian le remarqua.
— Kael, il y a autre chose.
Il prit une seconde feuille.
C'était un document beaucoup plus ancien.
Une seule phrase y était encore lisible.
« Toute personne entrant dans la chambre devra être reconnue par le sceau. »
Kael fixa la phrase.
— Quel sceau ?
Lucian regarda le cristal.
— Celui-là.
Le silence tomba.
Kael baissa lentement les yeux vers le morceau de cristal.
— Vous saviez ?
— Je soupçonnais.
— Pourquoi ne pas me l'avoir dit ?
Lucian soupira.
— Parce que je ne voulais pas que tu partes immédiatement à la recherche de cette porte.
Kael croisa les bras.
— Et maintenant ?
Lucian soutint son regard.
— Maintenant, je pense qu'elle t'a déjà trouvé.
Kael resta silencieux.
Cette phrase lui donna une sensation glaciale.
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Lucian se leva.
— Regarde.
Il désigna le plan.
Kael s'approcha.
Sur le dessin, à l'endroit où se trouvait la chambre circulaire, une petite marque était visible.
Un symbole.
Le même que celui du cristal.
Mais il y avait quelque chose d'autre.
Une annotation presque effacée.
Kael plissa les yeux.
Il approcha une lampe.
Les lettres apparurent progressivement.
« Ne pas ouvrir avant le retour du gardien. »
Kael releva la tête.
— Le gardien…
Lucian acquiesça.
— C'est ce que ton père cherchait.
— Alaric Daven ?
— Peut-être.
Kael fixa le document.
— Vous pensez qu'il est encore vivant ?
Lucian resta silencieux.
Trop longtemps.
— Je ne sais pas.
Kael comprit immédiatement.
Lucian savait quelque chose.
Mais pas suffisamment.
— Tu as peur de ce qu'on va trouver là-dessous.
Lucian détourna légèrement les yeux.
— Oui.
C'était la première fois qu'il le disait aussi clairement.
Kael sentit une tension froide lui traverser le corps.
— Pourquoi ?
Lucian regarda le cristal.
— Parce que ton père avait peur lui aussi.
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Ils quittèrent finalement la salle.
La nuit avait enveloppé l'Académie.
Les jardins étaient presque déserts.
Kael et Lucian avancèrent lentement entre les arbres.
Plus ils approchaient du centre des jardins, plus le cristal devenait chaud.
Kael le sentit à travers le tissu de son uniforme.
Lucian s'arrêta.
— Il réagit.
Kael sortit le cristal.
La lumière apparut.
Une ligne se dessina sur sa surface.
Puis une deuxième.
Le symbole entier s'illumina.
Le sol vibra légèrement.
Kael se figea.
— tu as senti ça ?
Lucian hocha la tête.
— Oui.
Devant eux, entre deux arbres, le sol commença à révéler une fine ligne circulaire.
Une ancienne ouverture.
Pas une porte.
Pas exactement.
Plutôt un mécanisme dissimulé sous la terre.
Kael s'approcha.
Le cristal émit une dernière pulsation.
Puis la ligne s'arrêta.
Une petite inscription apparut sur la pierre.
Il s'accroupit pour la lire.
Trois mots.
« Il vous attend. »
Le visage de Lucian se figea.
Kael se releva lentement.
— Vous connaissez cette phrase ?
Lucian ne répondit pas.
— Oncle Lucian ?
Il finit par regarder Kael.
— Non.
Sa voix était plus basse qu'à l'habitude.
— Mais je connais quelqu'un qui l'utilisait.
Kael sentit son cœur accélérer.
— Qui ?
Lucian regarda autour de lui.
Le jardin était silencieux.
Trop silencieux.
Puis il murmura :
— Alaric Daven.
Un bruit sec retentit derrière eux.
Kael se retourna immédiatement.
Rien.
Seulement les arbres.
Mais le cristal dans sa main venait de s'éteindre.
Et, sur le sol derrière eux…
une seconde empreinte venait d'apparaître dans la terre humide.
Quelqu'un se tenait là quelques secondes auparavant.
Kael fixa l'empreinte.
Lucian posa une main sur son épaule.
— Ne bouge pas.
Kael ne répondit pas.
Pour la première fois depuis le début de son enquête, une pensée s'imposa clairement à lui.
Ils n'étaient peut-être pas les premiers à retrouver cette porte.
Et peut-être que quelqu'un les attendait réellement.