Chapter 102 of 101
Le prix d'un ancien serment
3.3k words
Le retour au camp se déroula dans une atmosphère bien différente de celle du départ.
Les chevaliers avaient repris leur formation, mais personne ne baissait complètement sa garde. Deux éclaireurs du Corbeau Noir avaient été envoyés en avant pour vérifier les chemins, tandis qu'Armand avait ordonné à ses hommes de surveiller les abords de la clairière.
La dernière attaque avait duré moins de dix minutes.
Pourtant, elle avait suffi à changer la situation.
Les assaillants connaissaient la route vers Auralis. Ils avaient prévu la présence de Nyxara et semblaient surtout déterminés à détruire les pierres qui guidaient le groupe.
Ils ne voulaient pas simplement les empêcher d'avancer.
Ils voulaient empêcher la route elle-même de fonctionner.
Kael marchait aux côtés de Darius, les mains dans les poches de son manteau. Son regard revenait régulièrement vers le nord.
— Tu comptes continuer à fixer les arbres jusqu'au camp ? demanda Darius.
— Je réfléchis.
— Tu peux réfléchir en regardant devant toi. C'est généralement plus pratique pour marcher.
Kael tourna lentement la tête vers lui.
— Tu as fini ?
— Pas encore.
— Dommage.
Darius sourit, mais son expression redevint rapidement sérieuse.
— Plus sérieusement, tu as remarqué quelque chose pendant le combat ?
Kael acquiesça.
— Ils connaissaient nos positions avant même de nous attaquer.
— On aurait pu être observés depuis les hauteurs.
— Pas seulement.
Kael ralentit légèrement.
— Le premier groupe a attiré notre attention vers la forêt. Le second s'est dirigé directement vers les pierres. Ils avaient réparti leurs rôles à l'avance.
Darius hocha la tête.
— Une opération préparée.
— Et probablement pas improvisée ce matin.
Le commandant du Corbeau Noir réfléchit.
— Tu penses qu'ils nous suivent depuis Asteria ?
— Je pense qu'ils nous suivent depuis bien plus longtemps.
Cette réponse fit disparaître le sourire de Darius.
Kael n'ajouta rien.
Il n'avait aucune preuve permettant d'affirmer que les mêmes personnes étaient responsables des intrusions à Asteria, des recherches à Veyron et de l'attaque de Lorn. Mais les ressemblances devenaient trop nombreuses pour être ignorées.
Une même organisation pouvait-elle surveiller les quatre origines depuis des années ?
Et si c'était le cas, comment avait-elle appris l'existence d'Auralis avant même que les archives impériales ne la mentionnent clairement ?
Kael n'aimait pas les conclusions sans preuve.
Mais il détestait encore davantage ignorer les questions qui pouvaient mettre ses proches en danger.
— Dès notre retour, dit-il, je veux la liste de toutes les personnes qui ont eu accès aux rapports de notre expédition.
Darius acquiesça.
— Je m'en occupe.
— Et personne ne travaille seul.
— Tu devrais aussi appliquer cette règle à toi-même.
Kael lui lança un regard.
— Je suis avec toi.
— Pour le moment.
Darius marqua une pause.
— Je parle de la prochaine fois que tu décideras de partir examiner un mécanisme ancien parce qu'il clignote dans ta direction.
— Je ne fais pas ça.
— Bien sûr.
Kael détourna les yeux.
— Tu deviens pénible.
— C'est un talent que je cultive depuis des années.
Malgré lui, Kael esquissa un sourire.
Cette légèreté ne dura que quelques secondes, mais elle lui fit du bien. Depuis qu'il avait entendu la voix de sa mère, son esprit revenait sans cesse à cette phrase : Peut-être nous reverrons-nous.
Il ne savait pas s'il devait y voir une promesse ou un simple espoir.
Pour l'instant, il devait continuer.
Et il avait encore des personnes sur lesquelles compter.
---
Le camp avait été renforcé pendant leur absence.
Les tentes les plus importantes étaient désormais entourées de protections magiques, et des sentinelles surveillaient chaque accès. Les chevaux avaient été regroupés près du centre afin de pouvoir être déplacés rapidement en cas de nouvelle attaque.
À leur arrivée, Ethan vint immédiatement à la rencontre de Kael.
— Tout le monde est revenu ?
— Oui.
— Des blessés ?
— Quelques blessures légères. Rien de grave.
Ethan expira lentement.
— Tant mieux.
Son regard se posa ensuite sur la manche déchirée de Kael.
— Et toi ?
— Ce n'est pas mon sang.
— Je n'ai pas demandé à qui il appartenait.
Kael observa sa manche.
— Une branche.
Ethan le fixa.
— Une branche ?
— Elle était sur le chemin.
Darius passa derrière eux.
— Il a raison. Une branche très agressive.
Kael ferma brièvement les yeux.
— Je vais finir par vous faire travailler tous les deux dans les cuisines.
Ethan sourit.
— Tu n'oserais pas. Je suis ton frère.
— Justement.
Ils rejoignirent la grande tente de commandement.
À l'intérieur, plusieurs cartes étaient déjà étalées sur une table. Lucian Arclight se tenait près de l'entrée avec sa sœur. Elara discutait avec Aldren, tandis qu'Armand vérifiait les rapports de ses officiers.
Les représentants des familles nobles encore présents avaient également été convoqués.
Parmi eux se trouvaient le marquis Alistair Valenne et son épouse Marianne. Ils s'étaient assurés que Lysandra allait bien avant de rejoindre la réunion.
La jeune fille se tenait maintenant près d'Adrian et de Noah.
Dès que Kael entra, elle croisa son regard.
Elle sembla chercher sur son visage un signe de fatigue ou de douleur.
Kael lui adressa un discret signe de tête.
Je vais bien.
Lysandra ne parut pas entièrement convaincue, mais elle n'insista pas.
Elle savait désormais qu'il lui fallait parfois attendre le bon moment pour obtenir une réponse sincère.
Kael prit place au bout de la table.
— Nous devons parler de l'ancien Empereur.
Lucien hocha la tête.
— Je suis d'accord.
Le prince posa devant lui une petite boîte de documents scellés.
— Avant toute chose, je veux préciser que je n'ai jamais eu accès à l'ensemble des archives de mon prédécesseur. Certaines ont été conservées dans les réserves impériales, d'autres ont été transférées sous la responsabilité de la Garde.
— Et les dossiers concernant mon père ? demanda Kael.
Lucien soutint son regard.
— Une partie est classée. Une autre semble avoir disparu.
Darius croisa les bras.
— Disparu comment ?
— Les registres indiquent que plusieurs documents ont été retirés des archives il y a environ seize ans.
Kael se redressa légèrement.
Seize ans.
L'époque où ses parents avaient disparu.
— Par qui ?
Lucien ouvrit un dossier.
— Le registre mentionne une autorisation portant le sceau de l'ancien Empereur. Mais la signature est illisible.
Ethan fronça les sourcils.
— Tu veux dire que quelqu'un a utilisé son autorité pour retirer les documents ?
— C'est possible, répondit Lucien. Ou bien il les a retirés lui-même.
Elara posa une feuille à côté de la boîte.
— Nous avons également trouvé une référence à une réunion qui n'apparaît dans aucun calendrier officiel.
Kael parcourut le document.
Trois noms y figuraient.
Celui de l'ancien Empereur.
Celui de son père.
Et un troisième, recouvert par une bande d'encre noire.
— Pourquoi masquer un nom dans un registre impérial ? demanda-t-il.
Elara répondit :
— Parce que la personne concernée n'était probablement pas censée être présente.
— Ou parce qu'elle était la seule qu'on voulait empêcher de retrouver, ajouta Aldren.
Tous se tournèrent vers le vieux commandant.
Il désigna le document.
— J'ai vu ce genre de procédé autrefois. Quand une rencontre devait rester secrète, certains scribes remplaçaient le nom d'un participant par une marque de classement.
Kael releva les yeux.
— Laquelle ?
Aldren examina la feuille de plus près.
Dans un coin, presque invisible, un petit cercle incomplet traversé par une ligne avait été tracé à l'encre.
Le même symbole que celui des anciennes portes.
Noah se pencha au-dessus de l'épaule d'Adrian.
— Je suppose que ce n'est pas une décoration.
— Non, répondit Adrian.
— Je voulais juste vérifier.
Kael posa la feuille sur la table.
— Ce symbole était déjà utilisé à l'époque de l'ancien Empereur.
Lucian acquiesça lentement.
— Apparemment.
— Donc le réseau des quatre origines existait déjà.
— Ou certains membres de l'Empire en connaissaient l'existence, corrigea Elara.
Kael la regarda.
— Tu penses qu'ils n'étaient pas tous au courant ?
— Je pense qu'il serait dangereux de supposer que toute la famille impériale partageait les mêmes informations.
Lucien hocha la tête.
— Elara a raison. Même aujourd'hui, certaines archives sont accessibles uniquement à l'Empereur et à un nombre très limité de conseillers.
Darius eut un léger sourire.
— C'est rassurant.
Le prince le regarda.
— Pourquoi ?
— Parce que j'avais peur que tout le monde soit au courant de tout. Ce serait beaucoup plus difficile de trouver les responsables.
Elara laissa échapper un petit rire.
— Vous seriez surpris de voir à quel point les personnes qui dirigent un empire peuvent être mal informées.
— Je préfère ne pas imaginer, répondit Darius.
Kael, lui, n'avait pas quitté la feuille des yeux.
Le nom masqué l'intéressait davantage que les autres.
Son père avait rencontré l'ancien Empereur.
Ils avaient conclu un accord.
Et quelqu'un avait suffisamment craint les conséquences de cette rencontre pour effacer l'identité d'un troisième participant.
Il releva la tête.
— Nous devons retrouver le document original.
Lucien referma la boîte.
— Je peux demander une consultation des archives impériales.
— Demande-la, mais ne mentionne pas Auralis.
Le prince comprit immédiatement.
— Tu penses que la demande sera interceptée ?
— Je pense que nous ignorons encore qui surveille les recherches.
Kael marqua une pause.
— Si quelqu'un a accès aux dossiers impériaux, je préfère ne pas lui annoncer exactement ce que nous cherchons.
Elara acquiesça.
— Je peux consulter certains registres sans passer par les services habituels.
Lucien se tourna vers sa sœur.
— Tu as accès à ces archives ?
— Pas à toutes. Mais suffisamment pour commencer.
— Alors fais-le discrètement.
Elle lui adressa un sourire.
— Je sais travailler sans faire sonner toutes les cloches du palais.
Darius regarda Kael.
— Tu devrais prendre des notes.
— Sur quoi ?
— La discrétion.
Kael lui lança un regard parfaitement neutre.
— Tu es encore là ?
— Malheureusement pour toi.
Ethan secoua la tête, amusé.
La tension dans la tente s'allégea légèrement.
Mais personne n'oubliait ce qu'ils venaient d'apprendre.
---
La réunion se poursuivit pendant près d'une heure.
Les nobles furent informés de l'attaque, sans que tous les détails concernant les systèmes anciens soient révélés. Alistair Valenne insista pour que les familles ne soient pas renvoyées sur les routes avant que les environs soient sécurisés.
— Nous avons déjà été attaqués une fois, expliqua-t-il. Rien ne garantit que les assaillants ne tenteront pas une seconde approche.
Aldren acquiesça.
— Les patrouilles seront renforcées. Aucun déplacement ne se fera sans escorte.
Un représentant d'une autre famille fronça les sourcils.
— Nous ne pouvons pas rester indéfiniment dans cette forêt.
Kael répondit calmement :
— Personne ne vous demande de le faire. Mais nous ne sacrifierons pas la sécurité de tout le monde pour gagner quelques heures.
L'homme sembla vouloir protester, puis se ravisa.
Il n'était pas difficile de comprendre pourquoi Kael était écouté.
Il ne cherchait pas à imposer son autorité pour le plaisir. Il prenait une décision, en expliquait la raison, puis s'attendait à ce qu'elle soit respectée.
Le marquis Valenne approuva.
— Ma famille suivra le dispositif prévu.
Marianne posa une main sur le bras de sa fille.
— Et Lysandra restera avec nous jusqu'à ce que nous sachions où nous allons.
Lysandra regarda sa mère.
— Je peux aussi aider.
— Je n'en doute pas, répondit Marianne avec douceur. Mais aider ne signifie pas devoir te mettre en danger à chaque occasion.
Kael baissa brièvement les yeux vers la carte.
Il comprenait cette inquiétude.
Il la partageait, même s'il n'aurait jamais formulé les choses de cette manière.
Lysandra croisa son regard.
Elle lui adressa un sourire discret.
Je sais me protéger.
Kael lui répondit d'un léger mouvement de tête.
Je le sais.
Et, pour une fois, il ne chercha pas à lui dire de rester en arrière.
Elle n'était pas une personne qu'il devait constamment éloigner du danger.
Elle était quelqu'un sur qui il pouvait compter.
La différence comptait.
---
Lorsque la réunion prit fin, le soleil commençait à disparaître derrière les arbres.
Les nobles regagnèrent leurs quartiers. Les officiers retournèrent à leurs postes. Lucien et Elara restèrent dans la tente pour examiner les documents impériaux.
Kael sortit prendre l'air.
Il n'avait pas fait dix pas que Darius le rejoignit.
— Tu as prévu de manger aujourd'hui ?
Kael continua d'avancer.
— Oui.
— Quand ?
— Plus tard.
— Mauvaise réponse.
Darius lui attrapa doucement le bras et le détourna vers la zone où le repas avait été préparé.
Kael le regarda.
— Tu viens de m'ordonner de manger ?
— Non. Je viens de t'éviter de prétendre que tu n'as pas faim.
— Je n'ai pas faim.
Darius le fixa.
Kael soutint son regard.
Trois secondes passèrent.
Puis Darius sourit.
— Tu es vraiment mauvais pour mentir quand tu es fatigué.
Kael soupira.
— Je te déteste.
— Je sais. Viens manger.
Ils rejoignirent Ethan, Noah, Adrian et Lysandra près du feu principal.
Noah tenait déjà un bol.
— Enfin ! J'ai cru que vous aviez décidé de sauter le repas.
Darius s'assit.
— Kael l'envisageait.
Noah pointa immédiatement sa cuillère vers lui.
— Inacceptable.
Kael prit place à côté d'Ethan.
— Pourquoi est-ce que tout le monde pense avoir le droit de gérer mes repas ?
Adrian répondit sans lever les yeux :
— Parce que tu nous donnes de bonnes raisons de le faire.
Lysandra posa une assiette devant Kael.
— Mange un peu.
Il la regarda.
Elle soutint son regard avec un calme qui lui rappela celui de Darius.
Kael finit par prendre son assiette.
— Vous vous êtes tous organisés contre moi.
— Pas besoin de s'organiser, répondit Ethan. C'est assez évident.
Noah acquiesça avec gravité.
— Nous sommes une équipe très efficace.
— Vous êtes surtout insupportables, murmura Kael.
Mais il commença à manger.
La conversation dériva progressivement vers des sujets plus légers. Noah raconta comment il avait perdu de vue Adrian pendant l'attaque, avant de découvrir que celui-ci avait simplement contourné les arbres pour protéger Lysandra.
Adrian expliqua qu'il n'avait pas perdu Noah de vue : il avait seulement choisi de ne pas le suivre.
— Ce qui est une décision tactique parfaitement raisonnable, conclut-il.
— Tu m'as abandonné dans la forêt !
— Tu étais à douze mètres.
— Douze mètres de trop !
Lysandra rit.
Même Kael laissa échapper un rire discret.
Pendant quelques minutes, le camp retrouva une apparence presque ordinaire.
Puis une silhouette s'approcha du feu.
Eryan Valis.
Il tenait un petit objet enveloppé dans un morceau de tissu.
— Kael. J'ai retrouvé quelque chose dans mes affaires.
Kael posa son assiette.
— Quoi ?
Eryan déplia le tissu.
À l'intérieur se trouvait une plaque métallique ancienne.
Sur sa surface, une inscription était gravée :
L-04 — ACCÈS DE MÉMOIRE
Kael se leva immédiatement.
Darius posa sa cuillère.
— Tu l'avais depuis le début ?
— Non, répondit Eryan. Je l'avais confiée à quelqu'un il y a longtemps. Je pensais qu'elle avait été perdue.
— À qui ?
Eryan regarda la plaque.
— À l'homme qui accompagnait ton père lorsqu'il est venu à Lorn.
Kael sentit son attention se resserrer.
— Tu connais son nom ?
Eryan hésita.
— Je ne l'ai jamais appris. Ton père ne l'appelait que par son titre.
Lucien Arclight, qui venait de sortir de la tente de commandement, s'arrêta en entendant ces mots.
— Quel titre ?
Eryan tourna la tête vers lui.
Puis répondit :
— Le Gardien.
Le visage du prince changea.
Elara apparut derrière lui.
— Lucien ?
Le prince ne répondit pas immédiatement.
Il regardait la plaque.
Puis il prononça, presque à voix basse :
— Ce titre figure dans les archives de l'ancien Empereur.
Kael tourna lentement la tête vers lui.
— Qu'est-ce que tu sais ?
Lucien inspira profondément.
— Pas assez.
Darius croisa les bras.
— C'est devenu la devise de cette expédition, ou quoi ?
Personne ne rit vraiment.
Lucien s'approcha de la plaque, sans la toucher.
— Dans les archives, le Gardien n'est pas décrit comme un chevalier ni comme un membre de la famille impériale.
Il leva les yeux vers Kael.
— C'est une fonction. Quelqu'un chargé de protéger un secret que ni l'Empire ni les grandes Maisons ne devaient pouvoir contrôler.
Kael regarda l'inscription.
L-04.
Puis il se souvint des paroles de son père dans l'enregistrement.
Ne fais confiance à personne qui prétend connaître toute la vérité.
— Alors le Gardien pourrait être la troisième personne de la réunion, murmura-t-il.
Elara observa le document.
— Ou la personne dont le nom a été effacé.
Eryan acquiesça lentement.
— C'est possible.
Kael reprit la plaque.
Elle était froide dans sa main.
Pour la première fois, il avait quelque chose de concret reliant l'ancien Empereur, son père et ce mystérieux Gardien.
Mais il ignorait toujours qui se cachait derrière ce titre.
Et surtout, il ne savait pas si le Gardien avait aidé ses parents à disparaître…
ou s'il avait été celui qui les avait forcés à partir.
Au nord, derrière les arbres, une faible lumière rouge apparut entre deux collines.
Elle resta visible quelques secondes.
Puis s'éteignit.
Nyxara, allongée près du feu, releva brusquement la tête.
Kael suivit son regard.
Cette fois, il ne ressentit pas seulement une présence.
Il sentit une réponse.
Comme si, quelque part au-delà de Lorn, quelqu'un venait d'apprendre que la plaque L-04 avait été retrouvée.
Kael referma les doigts autour du métal.
— Nous partons à l'aube.
Aldren, qui venait de rejoindre le groupe, s'arrêta.
— Vers Auralis ?
Kael acquiesça.
— Nous allons d'abord trouver L-04. Si cette plaque ouvre une nouvelle partie du réseau, je veux comprendre ce qu'elle protège avant de poursuivre vers le nord.
Lucien échangea un regard avec Elara.
— Dans ce cas, l'Empire vous accompagnera.
Kael le fixa.
— Même après ce que nous avons découvert sur l'ancien Empereur ?
Le prince soutint son regard.
— Justement à cause de cela.
Il marqua une pause.
— Je ne peux pas réparer les décisions d'un homme qui a vécu avant moi. Mais je peux choisir ce que je fais des secrets qu'il a laissés derrière lui.
Kael observa Lucien pendant quelques secondes.
Puis il hocha la tête.
— Très bien.
Darius se rapprocha de lui.
— Tu sais que tu aurais pu attendre demain pour annoncer le départ ?
— Je viens de le faire.
— C'est précisément ce que je veux dire.
Kael lui adressa un regard las.
— Prépare l'escorte.
Darius sourit.
— Avec plaisir, Patriarche.
Il s'éloigna avant que Kael puisse répliquer.
Ethan rejoignit son frère et posa une main sur son épaule.
— Tu es sûr de vouloir continuer aussi vite ?
Kael regarda la direction du nord.
Il pensa à sa mère.
À son père.
À cette voix qu'il n'avait pas entendue depuis seize ans.
Puis il répondit :
— Non.
Ethan attendit.
Kael serra la plaque dans sa main.
— Mais je suis sûr de ne pas vouloir abandonner maintenant.
Son frère ne chercha pas à le convaincre du contraire.
Il se contenta de rester près de lui.
Au-dessus du camp, les premières étoiles apparaissaient.
Et quelque part au-delà de la forêt de Lorn, le chemin vers Auralis attendait toujours.
Cette fois, Kael ne suivrait pas seulement les traces de son père.
Il allait découvrir ce que signifiait réellement le titre du Gardien.
Même si la réponse risquait de bouleverser tout ce qu'il croyait savoir sur sa famille… et sur l'Empire.