Chapter 4 of 4

L’alpha et le chien errant

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La pluie avait cessé depuis une heure quand Harry posa la question. Ils étaient sur le porche, Jacob occupé à démonter un carburateur posé sur un vieux journal, Harry assis sur les marches avec une tasse de thé tiède entre les mains. La forêt fumait doucement sous un soleil pâle qui n'avait pas l'air de croire à sa propre présence. - Ce Sam dont tu parles, dit Harry sans regarder Jacob. Je voudrais le rencontrer. Les mains de Jacob s'immobilisèrent au-dessus du carburateur. Une goutte d'huile tomba sur le journal, étalant le visage d'un sénateur local en une tache noire. - Pourquoi? - Parce que je vis à côté d'une meute de loups-garous et que j'aimerais savoir dans quoi je mets les pieds. Parce que si ton Alpha décide que je suis une menace, je préfère l'apprendre en face plutôt que de le découvrir une nuit dans la forêt. Jacob essuya ses doigts sur son jean. - Sam n'est pas comme ça. - Les gens ne sont jamais comme ça jusqu'au jour où ils le sont. Le silence entre eux eut un goût amer. Harry le regretta aussitôt — ce ton, cette méfiance acide, c'était la voix que Privet Drive et Poudlard avaient forgée en lui, et il n'aimait pas l'entendre sortir de sa bouche ici, dans cet endroit qui sentait le cèdre et l'océan. - Pardon, murmura-t-il. Je ne voulais pas dire que... - Non, tu as raison. Jacob se leva, grand comme un mur. - Tu mérites de savoir. Et Sam... Sam veut te rencontrer aussi. Depuis que je lui ai dit qu'on accueillait quelqu'un. Harry releva la tête. - Il sait pour moi? - Il sait que tu viens d'Angleterre, que mon père t'a accueilli, que tu es un sorcier et que la forêt autour de notre maison sentait le chien inconnu ce matin. Il n'est pas stupide. Une demi-heure plus tard, ils marchaient sur un sentier de terre rouge qui serpentait entre les épicéas. Jacob ouvrait la voie, ses épaules tendues, et Harry suivait trois pas derrière en comptant les bruits — habitude de survie qu'il n'arrivait plus à éteindre. Oiseaux. Vent. Pas de Jacob. Ses propres pas. Rien d'autre. Puis il y eut autre chose. Une odeur d'abord, captée par ses sens humains mais amplifiée par l'instinct animal qui ne le quittait jamais complètement : terre retournée, fumée de bois, et cette note musquée qu'il avait sentie la nuit précédente. Ensuite, le bruit sourd d'une hache frappant du bois. Ils débouchèrent dans une clairière occupée par une petite maison grise, un tas de bûches et un homme qui fendait du bois comme si le bois l'avait personnellement offensé. Sam Uley se retourna avant que Jacob n'ait ouvert la bouche. Il planta la hache dans le billot d'un geste fluide et se redressa. Ses yeux passèrent de Jacob à Harry avec la précision d'un scanner. - Jacob. Et tu dois être Harry. Sa voix était grave, mesurée — une voix habituée à donner des ordres et à être obéie. Harry soutint son regard. Il avait affronté Voldemort, Rogue, Ombrage. Il pouvait affronter un adolescent de dix-neuf ans, même si ledit adolescent faisait la taille d'une armoire et pouvait se transformer en prédateur de deux cents kilos. - Merci de me recevoir, dit Harry. Sam hocha la tête et désigna un banc de bois adossé à la maison. - Assieds-toi. Emily a fait du café, si tu en veux. - Du thé, si c'est possible. Un fantôme de sourire traversa le visage de Sam. - L'Anglais. Ils s'assirent. Jacob resta debout, adossé à un arbre, les bras croisés — position de sentinelle, remarqua Harry. Sam posa ses avant-bras sur ses genoux et pencha la tête, étudiant Harry avec une franchise dépourvue d'hostilité. - Jacob m'a dit par texto en s'en venant que tu avais une forme animale. - Un husky. - Et que tu es un sorcier. Un vrai, avec une baguette et tout le reste. - Oui. Sam laissa passer quelques secondes. Derrière lui, la porte de la maison s'entrouvrit et une main féminine déposa une tasse fumante sur le rebord de la fenêtre avant de disparaître. - La réserve est un territoire protégé, dit Sam. Son ton n'avait pas changé, mais le poids de chaque mot s'était accru. - Mon rôle est de veiller sur les gens qui y vivent. Tous les gens... pas seulement la meute. Billy dit que tu es digne de confiance, et la parole de Billy vaut de l'or ici. Mais je dois te poser une question, et j'ai besoin que tu y répondes honnêtement. Harry acquiesça. - Est-ce que quelqu'un te cherche? Quelqu'un de dangereux? La question tomba comme une pierre dans un lac. Harry sentit les cercles concentriques s'élargir en lui — Voldemort, les Mangemorts, Dumbledore, le Ministère. Autant de noms qui pouvaient transformer ce refuge en champ de bataille. - Oui, répondit-il. Probablement plusieurs personnes. Mais je n'ai laissé aucune trace. J'ai voyagé comme un Moldu... un non-sorcier. Personne ne sait où je suis. - Pour l'instant. - Pour l'instant, concéda Harry. Sam se redressa et regarda la forêt comme s'il pouvait voir à travers les arbres. - Nous protégeons La Push contre les Sang-Froid — c'est notre mot pour les vampires. C'est ce pour quoi la meute existe. Si ta guerre arrive ici, elle devient notre problème, que tu le veuilles ou non. - Je ne veux pas vous mettre en danger. - Tu ne m'as pas demandé la permission. Tu es là, Billy t'a invité, et ce qui te menace menacera tout ce qui est autour de toi. C'est comme ça que fonctionnent les prédateurs. Harry serra les dents. La logique était implacable et lui rappelait douloureusement celle de Dumbledore — sauf que Sam ne souriait pas, ne manipulait pas, ne transformait pas la vérité en devinette. Il posait les faits comme il fendait le bois: droit, net, sans fioritures. - Alors qu'est-ce que vous proposez? demanda Harry. Sam le regarda. - Que tu ne nous caches rien. Pas de sortie nocturne sans prévenir. Pas de magie qui pourrait attirer l'attention sans qu'on le sache. En échange, tu es sous la protection de la meute. Personne ne viendra te prendre ici sans passer par nous. C'était un marché. Simple, direct, fondé sur la transparence. Tout ce que Dumbledore n'avait jamais offert. - Et si je veux patrouiller avec vous? demanda Harry. Sous ma forme de husky. Je connais la forêt mieux que vous ne le pensez... les odeurs, les traces. Je peux être utile. Jacob décroisa les bras, surpris. Sam, lui, ne bougea pas. - Un husky au milieu des loups, murmura-t-il. Puis, lentement: - On verra. Prouve-moi d'abord que tu sais tenir ta parole. Il se leva et tendit la main. Sa paume était brûlante — littéralement, la température d'un corps de loup-garou. Harry la serra sans fléchir. - Bienvenue à La Push, Harry. Ne me fais pas regretter. Sur le chemin du retour, Jacob marchait à côté de lui cette fois, pas devant. Le soleil avait déjà capitulé face aux nuages, et la forêt retrouvait ses teintes de gris et de vert profond. - Il t'aime bien, lança Jacob. - Il a menacé de me surveiller pendant tout l'entretien. - Ouais. C'est sa façon d'aimer les gens. Harry secoua la tête, mais un sourire infime tira sur ses lèvres. Quelque part entre la hache plantée dans le billot et la poignée de main brûlante, quelque chose avait changé. Il n'était plus un fugitif échoué dans une maison inconnue. Il était un étranger à qui on avait posé des conditions — et les conditions, contrairement aux mensonges, étaient quelque chose avec quoi il pouvait travailler.

End of Chapter 4