Chapter 1 of 4

Le dernier vol

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La pluie frappait le hublot avec une régularité hypnotique, et Harry Potter gardait le front collé contre la vitre froide, les yeux perdus dans l'obscurité au-dessus de l'Atlantique. Quelque part en dessous, l'océan s'étendait, immense et indifférent, et il trouvait un certain réconfort dans cette indifférence. L'océan ne le connaissait pas. L'océan ne lui demandait rien. Il serra contre lui le sac à dos élimé qui contenait tout ce qu'il possédait encore. Sa baguette, dissimulée dans une poche intérieure. Le miroir brisé de Sirius, dont il n'arrivait pas à se séparer malgré les éclats qui lui entaillaient parfois les doigts. Une lettre de Remus, pliée et repliée tant de fois que le parchemin menaçait de se déchirer aux plis. Et quelques vêtements moldus. C'était tout. Seize ans de vie tenaient dans un sac. L'hôtesse passa dans l'allée et lui offrit un sourire professionnel. Harry secoua la tête quand elle lui proposa une couverture. Il ne voulait pas de confort. Le confort endormait la vigilance, et la vigilance était la seule chose qui l'avait maintenu en vie ces dernières semaines. Il ferma les yeux et aussitôt, le voile de l'arcade du Département des Mystères ondula derrière ses paupières. Le rire de Sirius, coupé net. La chute, interminable. Le silence, après. Non. Il rouvrit les yeux et se concentra sur la pluie. La lettre de Remus lui avait donné une adresse, un nom, et une promesse. *Billy Black, La Push, État de Washington. Il est au courant. Il t'attend. Fais-lui confiance, Harry. C'est un vieil ami, et il comprend ce que c'est que de vivre entre deux mondes.* Harry n'avait posé aucune question. Il avait pris le Magicobus jusqu'à Londres moldu, acheté un billet d'avion avec l'argent que Remus avait converti en dollars, et il avait disparu. Pas de lettre à Dumbledore. Pas d'adieu à Ron ou Hermione. Ron et Hermione. Quelque chose se tordit dans sa poitrine, douloureux et acide. Leurs rapports réguliers au directeur, découverts par accident dans le bureau de McGonagall. Des comptes-rendus minutieux de ses humeurs, de ses cauchemars, de ses moindres paroles. *Le sujet semble instable depuis la vision du serpent. Recommandons une surveillance accrue.* L'écriture soignée d'Hermione. Le sujet. Pas Harry. Le sujet. Il enfonça ses ongles dans ses paumes. L'avion amorça sa descente vers Seattle trois heures plus tard, alors que l'aube pointait à peine, grise et mouillée. Harry récupéra son sac, passa la douane avec le faux passeport que les jumeaux Weasley lui avaient fabriqué — eux, au moins, n'avaient jamais trahi sa confiance — et trouva le bus Greyhound qui partait pour la péninsule Olympique. Le paysage changea progressivement. Les bâtiments de Seattle cédèrent la place à des forêts de sapins si denses qu'elles semblaient avaler la lumière. La route serpentait entre des montagnes basses couvertes de mousse et de brume. Tout était vert. Un vert profond, ancien, vivant. Harry sentit quelque chose se desserrer dans sa poitrine pour la première fois depuis des semaines. Quand le bus le déposa à Forks, il faisait encore gris. La ville était minuscule — une rue principale, quelques commerces, un lycée au loin. Rien qui ressemblait au monde qu'il avait connu. Pas de Chemin de Traverse, pas de château, pas de magie visible. Juste la pluie, les arbres et le silence. Un pick-up rouge cabossé l'attendait sur le parking de la station-service, exactement comme Remus l'avait décrit. Un adolescent en sortit — grand, très grand, avec des cheveux noirs qui lui tombaient presque aux épaules et un sourire si large qu'il semblait impossible qu'il soit destiné à un inconnu. - Tu es Harry, pas vrai? Le garçon lui tendit la main. - Moi c'est Jacob. Mon père m'a envoyé te chercher. Bienvenue à Forks, mec. Enfin, techniquement, bienvenue à presque La Push. C'est mieux que Forks. Harry serra la main offerte. La poigne de Jacob était chaude, ferme, et dénuée de toute arrière-pensée. Pas de regard calculateur, pas de coup d'œil furtif vers sa cicatrice — qui de toute façon était dissimulée sous une mèche de cheveux. - Merci, dit Harry. Sa propre voix lui parut rauque, comme s'il ne l'avait pas utilisée depuis longtemps. Jacob attrapa son sac avant qu'il puisse protester et le lança sur la banquette arrière du pick-up. - C'est tout ce que tu as? Voyager léger, j'aime ça. Monte, la route est courte. La Push apparut au détour d'un virage, nichée entre la forêt et l'océan. Des maisons modestes, des totems colorés, une plage de galets gris battue par les vagues. Harry sentit la magie avant de la voir — pas la magie des sorciers, quelque chose de plus ancien, de plus sauvage, qui pulsait dans la terre elle-même. La maison de Billy Black était petite, en bois rouge, avec un porche étroit encombré d'outils de pêche. Jacob poussa la porte sans frapper. - Papa! Il est là! Billy Black apparut dans l'encadrement de la cuisine, son fauteuil roulant manœuvrant habilement entre les meubles. Ses yeux étaient noirs, profonds, et quand ils se posèrent sur Harry, celui-ci y lut quelque chose qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. De la compréhension. Pas de la pitié, pas de la curiosité. Juste la reconnaissance tranquille de quelqu'un qui sait ce que c'est que de porter un poids. - Harry Potter, dit Billy d'une voix grave et calme. Remus m'a beaucoup parlé de toi. Tu es chez toi ici. Chez toi. Les mots restèrent suspendus dans l'air, étranges et fragiles. Harry ne savait pas quoi en faire. Il n'avait jamais été chez lui nulle part — le placard sous l'escalier des Dursley n'avait jamais compté, et Poudlard s'était révélé n'être qu'une cage dorée. - Merci, monsieur Black, murmura-t-il. - Billy, corrigea l'homme avec un demi-sourire. Ici, on ne fait pas dans les formalités. Jacob, montre-lui sa chambre. Et Harry... tu as l'air de quelqu'un qui n'a pas mangé un vrai repas depuis trop longtemps. On règle ça d'abord. Jacob lui fit signe de le suivre dans un couloir étroit. La chambre était petite — un lit, une commode, une fenêtre qui donnait sur les arbres. Simple. Propre. Sûre. Harry posa son sac sur le lit et regarda par la fenêtre. La forêt s'étendait à perte de vue, sombre et accueillante. Quelque chose remua sous sa peau, un instinct familier, et pendant une seconde, il sentit le fantôme de quatre pattes sur le sol, d'un museau humide, d'une fourrure épaisse. Son autre forme, le husky qu'il était devenu dans le secret de la Salle sur Demande, l'appelait vers ces bois. Pas encore, se dit-il. Bientôt. En bas, Billy l'attendait avec une assiette fumante et un silence bienveillant. Et pour la première fois depuis la mort de Sirius, Harry s'assit à une table où personne ne voulait rien de lui.

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Chapter 1: Le dernier vol - Le husky de La Push | Novel AI Studio