Gare à celui qui invoque le démon pour passer un contrat, son âme sera à jamais damnée.
Harry le savait. Chaque sorcier le savait. C'était la première comptine qu'on murmurait aux enfants de sang-pur pour les empêcher de fouiller dans la bibliothèque interdite de leurs manoirs, et la dernière leçon qu'on enseignait aux Aurors avant de les envoyer traquer les arts les plus noirs.
Ne jamais appeler. Ne jamais répondre. Ne jamais marchander.
Mais les comptines ne vous tiennent pas chaud quand vous vous videz de votre sang sur le carrelage froid d'un manoir en ruines.
Harry était aux portes de la mort. Sa baguette était brisée à quelques centimètres de sa main, fendue en deux comme un os. Autour de lui, le silence qui avait suivi la bataille était plus assourdissant que les sortilèges. La malédiction qui rampait sous sa peau depuis des heures avait fini par atteindre son cœur. Il ne sentait plus ses jambes. Sa magie, cette chose bruyante et chaude qui l'avait accompagné toute sa vie, n'était plus qu'un fil, une dernière étincelle au creux de sa poitrine, prête à s'éteindre.
Il n'avait plus rien à perdre. Pas même son âme.
- Je sais que vous m'entendez, cracha-t-il, la bouche pleine du goût métallique du sang.
Sa voix n'était qu'un souffle rauque.
- Vous qui vous nourrissez des désespérés.
Il posa sa main ensanglantée sur le cercle qu'il avait tracé à la hâte avec sa propre vie. Il n'avait pas d'encens, pas de bougies noires, pas de latin parfait. Il n'avait que son agonie comme offrande.
- Je t'invoque.
Il rassembla cette dernière étincelle de magie, toute sa volonté, toute sa rage de ne pas finir ainsi, oublié, et la jeta dans le vide.
Viens.
L'air ne s'est pas déchiré. Il s'est tu.
La poussière en suspension cessa de tomber. Le froid qui mordait ses os fut remplacé par une chaleur étouffante, parfumée au thé noir et à la cendre. Une ombre s'étira sur le mur, trop longue, trop élégante pour être humaine, puis elle prit forme.
Un homme se tenait là où il n'y avait rien une seconde plus tôt. Grand, vêtu d'un frac noir impeccable qui semblait absorber la faible lumière mourante, des cheveux noirs comme le jais et des yeux... Harry eut un haut-le-cœur. Des yeux d'un rouge incandescent, avec un éclat amusé, cruellement poli.
Le démon s'inclina, une main sur sa poitrine, dans une révérence parfaite de majordome. Sa voix était du velours sur une lame.
- Vous m'avez appelé, et je suis là.
Harry essaya de reculer, mais son corps refusa.
- Sebastian Michaelis, dit la créature comme s'il présentait une carte de visite. À votre service. Je dois dire, c'est une invocation des plus... rustiques. Mais l'intention y était. Délicieusement désespérée.
Il s'accroupit près de Harry, sans que ses chaussures cirées ne fassent le moindre bruit. Il observa le sang, la malédiction noire qui veineait le cou de Harry, la lumière verte qui s'accrochait encore à ses yeux.
- Harry Potter. Le garçon qui a survécu. Sur le point de ne plus survivre du tout. Quelle ironie poétique.
- Un contrat, haleta Harry. Je veux un contrat. N'importe quoi. Ramène-moi. Guéris-moi. Tue-les.
Sebastian sourit. Un sourire qui ne touchait jamais tout à fait ses yeux.
- Oh, mais un contrat classique ? Où je dévore votre âme une fois votre souhait exaucé ? Mon cher, votre âme...
Il pencha la tête, humant l'air près de la joue de Harry. Harry frissonna malgré lui.
- Elle est brillante. Têtue. Traumatisée. Mais elle a été croquée, mâchée, recrachée par tant de choses déjà. L'amour, la mort, le destin. Elle n'a plus ce goût unique de l'innocence. Ce serait du gaspillage.
Il se releva, et d'un claquement de doigts, le manoir en ruines sembla disparaître. Ils n'étaient plus que deux au milieu d'un vide feutré.
- Je vous propose autre chose. Un contrat quelque peu inhabituel.
Harry le fixa, le souffle court.
- Je ne désire pas dévorer votre âme en échange de mes services, Harry. Je désire que vous deveniez mien. Corps et âme. Non comme un repas, mais comme un... partenaire. Liés par les liens sacrés du mariage. Un mariage démoniaque.
Le monde de Harry s'arrêta.
- Quoi ?
- Vous m'avez bien entendu. Devenez mon époux.
Sebastian fit apparaître entre ses doigts gantés de blanc une bague simple, d'un noir d'obsidienne qui semblait boire la lumière.
- En échange de ce oui, je vous offre trois choses.
Il leva un premier doigt ganté.
- Un : Je vous sauve. Cette malédiction, cette mort qui vous colle à la peau, je l'efface. Vous vivrez.
Un deuxième doigt.
- Deux : Je vous offre trois ordres. Trois ordres absolus, incontournables. Même pour un démon de mon rang, ils seront irrévocables. Vous pourrez m'ordonner n'importe quoi, et je devrai obéir.
Un troisième doigt.
- Trois : Je vous offre un but. Vous n'aurez plus à errer comme un spectre entre deux guerres, à vous demander pourquoi vous avez survécu. Je vous donnerai une raison de vivre, à mes côtés. Une éternité pour la découvrir.
Il s'agenouilla de nouveau, si proche que Harry pouvait voir son propre reflet déformé dans ces yeux rouges. Il tendit la bague.
- Le prix ? Vous. Votre main dans la mienne. Votre nom à côté du mien. Pour l'éternité. Votre âme ne sera pas dévorée, Harry. Elle sera... gardée. Chérie. Possédée. À jamais damnée à mes côtés, et non seule dans le vide.
Le froid de la mort remontait le long des jambes de Harry. La chaleur du démon était juste là, à portée de main. Une vie contre un vœu d'éternité. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de dire oui.
Harry fixa la bague d'obsidienne qui pulsait doucement, comme un cœur. Acceptera-t-il ?
1. Il accepte
2. Il refuse
3. Il négocie