Chapter 4 of 4
La pétition du plastique
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L'idée vint à Ryan à trois heures du matin... si tant est que les heures existaient à Barbieland. Il était allongé sur le sol du porche du Ken Pompier, les yeux grands ouverts, incapable de dormir dans un corps qui n'en avait techniquement pas besoin.
- Une pétition, murmura-t-il dans le noir.
Le Ken Pompier, assis contre le mur, tourna la tête.
- Une quoi?
- Un document. On écrit nos revendications, on récolte des signatures, et on le présente au Conseil de Barbieland. Officiellement. Publiquement. D'une manière qu'elles ne pourront pas ignorer.
- On n'a pas de papier.
- On a du carton. On a du carton partout.
Au lever du soleil — un disque jaune parfait qui montait sans chaleur dans un ciel sans nuages — Ryan avait arraché le côté d'une boîte de Dreamhouse reconditionnée et écrivait dessus avec un crayon rose trouvé dans les affaires du Ken DJ. L'écriture était maladroite. Ses doigts de plastique, dépourvus d'articulations fines, transformaient chaque lettre en un exercice de patience.
Barbie apparut vers huit heures. Elle portait une tenue différente — rose pâle au lieu de rose vif — ce qui, à Barbieland, équivalait à une déclaration de rébellion vestimentaire.
- Tu n'as pas dormi, constata-t-elle.
- Je ne dors jamais. Littéralement. Ce corps ne dort pas.
Elle s'accroupit pour lire le carton. Ses sourcils peints se rapprochèrent imperceptiblement.
- Article un: égalité d'accès aux Dreamhouses. Article deux: droit d'exercer toute profession sans restriction de genre. Article trois: représentation paritaire au Conseil de Barbieland. Article quatre: abolition de la Zone de Discontinuation.
Elle releva les yeux.
- Tu demandes tout.
- On demande le minimum.
- Le Conseil ne lira même pas ça.
- Pas si trois Ken le signent. Mais si deux cents Ken le signent, elles devront au moins en discuter. C'est la règle, non? L'article 47 de la Constitution Rose?
Barbie cligna des yeux.
- Comment tu connais l'article 47?
Ryan hésita. La vérité, c'est qu'il ne savait pas comment il le savait. L'information était simplement là, dans sa tête, comme si le cerveau de Ken Plage lui soufflait des choses que Ryan Gosling n'avait jamais apprises. C'était la première fois que ça arrivait, et la sensation était profondément dérangeante.
- J'ai fait des recherches, mentit-il.
Le Ken Pompier organisa la collecte avec une efficacité militaire. Il connaissait chaque recoin des quartiers périphériques, chaque maison bancale, chaque Ken oublié. Il envoya Ken Patineur Artistique vers le secteur est, Ken DJ vers le sud, et prit lui-même le nord.
Ryan garda le centre: les quartiers populaires où vivaient les Ken encore en activité. C'était le territoire le plus risqué. Les papillons-caméras y étaient plus nombreux, et les Ken ici avaient encore quelque chose à perdre.
Le premier Ken qu'il aborda était Ken Roller. Grand, bronzé, sourire impeccable.
- Signer quoi? demanda Ken Roller en examinant le carton.
- Une pétition pour l'égalité. Le droit d'avoir une maison, un vrai métier, une voix au Conseil.
Ken Roller rit. Un rire automatique, programmé.
- Mais on a déjà tout ce qu'il faut. On a la plage.
- La plage ne t'appartient pas. Tu n'as même pas de serviette à ton nom.
Le rire s'arrêta. Ken Roller regarda ses mains, comme s'il les voyait pour la première fois.
- Je... c'est vrai. Je n'ai rien qui m'appartient.
Il signa.
La matinée avança. Certains Ken signaient immédiatement, soulagés qu'on mette enfin des mots sur un malaise qu'ils portaient depuis des années. D'autres refusaient, terrifiés par les papillons qui les observaient. Un Ken Surfeur déchira même un coin du carton avant de s'enfuir en courant.
À midi, Ryan avait soixante-trois signatures. Le Ken Pompier en rapporta quarante-sept. Ken DJ, trente-huit. Ken Patineur, vingt-deux.
Cent soixante-dix signatures. Il en fallait deux cents.
Il manque trente Ken, dit Ryan en comptant pour la troisième fois. Où est-ce qu'on peut encore chercher?
Le Ken Pompier secoua la tête.
- On a couvert tous les quartiers. Ceux qui restent ont trop peur.
Barbie, qui les avait suivis toute la journée sans dire un mot, prit soudain la parole.
- Il n'y a pas que les Ken qui peuvent signer l'article 47.
Tout le monde se tourna vers elle.
- N'importe quel citoyen de Barbieland peut signer une pétition constitutionnelle. C'est écrit dans les statuts.
Ryan la dévisagea.
- Tu es en train de dire que...
- Je suis en train de dire que je connais au moins trente Barbies qui sont fatiguées de devoir être parfaites vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Elle tendit la main vers le crayon rose.
- Donne-moi ça.
Elle signa. *Barbie Stéréotype.* Les lettres étaient nettes, précises, absolument parfaites... parce qu'elle était Barbie, après tout.
Le Ken Pompier laissa échapper un sifflement bas.
- Ça, c'est du courage.
- Non, dit Barbie. C'est de la logique. Si vous obtenez l'égalité, ça veut dire qu'on partage aussi les responsabilités. Vous savez à quel point c'est épuisant d'être présidente, juge suprême, chirurgienne et astronaute en même temps?
Un murmure parcourut l'assemblée. Ryan sentit quelque chose de nouveau — un mot qu'il cherchait depuis qu'il était arrivé ici. *Alliance.* Ce n'était plus les Ken contre les Barbies. C'était autre chose, quelque chose de plus grand.
Mais au moment précis où Barbie reposait le crayon, les papillons-caméras changèrent de couleur. Du rose, ils passèrent au rouge. Tous en même temps, comme un signal d'alarme silencieux.
Le téléphone du Ken Pompier — un accessoire qui n'avait jamais sonné en vingt ans — émit un bip strident. Il le porta à son oreille.
- Message du bureau central de Mattel, annonça-t-il, le visage soudain livide. Le PDG convoque Ken Plage pour un entretien disciplinaire. Demain matin. Seul.
Ryan regarda le carton couvert de signatures, puis les papillons rouges, puis Barbie.
- Eh bien, dit-il. Au moins, il a lu notre pétition.