Chapter 1 of 4

Le réveil en plastique

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La première chose que Ryan Gosling remarqua, c'est que ses abdominaux étaient peints. Il baissa les yeux, encore à moitié endormi, et fixa son torse avec une confusion grandissante. Les muscles étaient là, parfaitement dessinés, mais ils ne bougeaient pas comme de vrais muscles. Ils étaient lisses. Trop lisses. Comme la surface d'une figurine. - Non, murmura-t-il. Non, non, non. Il se redressa d'un coup. Autour de lui s'étendait une plage d'un rose irréel, le sable brillant comme des paillettes sous un soleil qui ne dégageait aucune chaleur. L'océan, d'un turquoise parfait, ne sentait rien. Pas de sel, pas d'iode, pas de vent. Juste une brise tiède et inodore qui faisait à peine bouger ses cheveux blonds — des cheveux qui, réalisa-t-il en passant la main dessus, avaient la texture exacte du plastique moulé. - Le tournage est fini, se dit-il à voix haute, comme pour s'en convaincre. Greta a dit : c'est dans la boîte. J'ai enlevé le costume. J'ai pris ma voiture. J'ai... Il ne se souvenait pas de la suite. Ryan se leva. Ses jambes bougèrent avec une raideur étrange, comme si ses genoux ne pliaient pas tout à fait aux bons endroits. Il portait un short de bain jaune fluo et rien d'autre. À quelques mètres, une planche de surf rose fuchsia était plantée dans le sable, avec les lettres KEN gravées dessus en doré. *D'accord. Je suis en train de rêver. C'est un rêve très élaboré et légèrement humiliant.* Il se pinça le bras. Ça ne fit pas mal. Ça ne fit rien du tout. Sa peau était dure sous ses doigts. - Ken! La voix venait de derrière lui, cristalline et enthousiaste. Il se retourna et vit une jeune femme courir vers lui avec une grâce parfaite, ses cheveux blonds flottant en vagues impeccables. Elle portait une combinaison rose pâle et un sourire si éclatant qu'il aurait pu servir de panneau publicitaire. - Ken, tu viens? Les autres Barbies organisent une session de Cour Suprême sur la plage, et après il y a danse chorégraphiée. Ryan la dévisagea. Il la reconnaissait. Pas la personne, le personnage. Barbie Stéréotype. La Barbie originale. Celle que Margot avait jouée avec tant de talent. Sauf que Margot n'était pas là. C'était Barbie. La vraie. Ou plutôt la fausse. Ou plutôt... il ne savait plus. - Est-ce que tu vas bien? demanda Barbie en penchant la tête avec une inquiétude polie. Tu as l'air bizarre. Enfin, pas bizarre-bizarre, parce que tu es Ken et Ken est toujours parfait, mais bizarre quand même. - Je ne suis pas Ken, dit Ryan. Barbie cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Puis elle éclata de rire. - Bien sûr que tu es Ken! Tu es Ken Plage! Tu surfes, tu souris, et tu m'accompagnes partout. C'est ton travail. - Mon travail, c'est d'être acteur. J'ai joué dans *Drive*, dans *La La Land*, dans *The Notebook*... - Je ne connais aucun de ces mots, dit Barbie avec un sourire serein. Ryan sentit une vague de panique monter en lui... ou du moins l'équivalent plastique de la panique, parce que son cœur ne battait pas vraiment plus vite. Il n'était même pas sûr d'avoir un cœur. Il regarda autour de lui. Sur la promenade au-dessus de la plage, d'autres Ken passaient en roller, en faisant des signes de la main identiques. Plus loin, un groupe de Barbies sortait d'une Dreamhouse en discutant de politique internationale. Tout était rose, brillant et terriblement organisé. - Il faut que je parte d'ici, dit Ryan. - Partir? Barbie fronça les sourcils, ce qui semblait lui demander un effort considérable. - Partir où? Il n'y a rien en dehors de Barbieland. Enfin, il y a le monde réel, mais personne n'y va. C'est dangereux. C'est moche. Il y a des impôts. - J'y vis, insista Ryan. J'ai une maison à Los Angeles. J'ai un chien. J'ai des Oscars... enfin, des nominations, mais c'est presque pareil. Barbie le regarda avec ce qui ressemblait à de la pitié. - Ken, parfois les poupées ont des crises existentielles. C'est normal. Ça arrive surtout les matins où le soleil se lève du mauvais côté. Tu veux un smoothie? Les smoothies arrangent tout. - Les smoothies n'arrangent pas le fait que je suis coincé dans un film que j'ai tourné il y a six mois! Sa voix résonna sur la plage. Quelques Ken se retournèrent, puis recommencèrent à faire du roller comme si de rien n'était. Barbie, elle, ne sourit plus. Pour la première fois, quelque chose de curieux passa dans ses yeux bleus. - Tu es vraiment sérieux, murmura-t-elle. - Mortellement sérieux. Si tant est que je puisse mourir dans cet endroit. Barbie resta silencieuse un moment. Puis elle croisa les bras. - D'accord. Admettons que tu dises la vérité. Admettons que tu ne sois pas Ken. Comment tu comptes partir? La frontière de Barbieland est surveillée. Mattel a des yeux partout. Et le passage vers le monde réel... personne ne sait exactement où il est. Ryan sentit un frisson... ou ce qui se rapprochait le plus d'un frisson dans un corps en plastique. - Toi, tu sais quelque chose. Barbie hésita. Elle jeta un regard furtif vers la Dreamhouse principale, celle qui dominait la colline rose au centre de la ville. - Il y a des rumeurs, dit-elle à voix basse. Un portail. Quelque part au-delà de la Zone de Discontinuation, là où Mattel envoie les modèles retirés du marché. Mais c'est interdit d'y aller. - Interdit par qui? - Par tout le monde. Elle marqua une pause. - Tu sais quoi? Même si c'est vrai, même si tu es un acteur d'un monde que je ne comprends pas, tu ne peux pas y aller seul. Tu ne survivrais pas cinq minutes en dehors de la zone rose. Ryan la fixa. - Tu es en train de proposer de m'accompagner? Barbie ouvrit la bouche, la referma, puis haussa les épaules avec une élégance surnaturelle. - Quelqu'un doit s'assurer que Ken ne fasse pas quelque chose de stupide. C'est pratiquement dans ma description.

End of Chapter 1

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