Chapter 2 of 2
La dernière nuit des Vaelmont
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La nuit où la Maison Vaelmont disparut, les cloches de Valdoren sonnèrent treize fois.
Personne ne sut jamais pourquoi.
Dans le royaume de Varell, l'une des huit couronnes placées sous l'autorité de l'Empire d'Anzourou, les cloches devaient sonner douze fois à minuit. Treize coups étaient considérés comme un mauvais présage.
Ce soir-là, personne ne s'en soucia.
La forteresse des Vaelmont dominait une vallée immense, entourée de forêts noires et de collines couvertes de brume. De ses remparts, on pouvait apercevoir les lumières des villages et, au loin, la route impériale qui serpentait jusqu'à la capitale du royaume.
La Maison Vaelmont n'était pas la plus puissante des familles d'Anzourou.
Mais elle était ancienne.
Très ancienne.
Son blason — un faucon d'argent posé sur une montagne noire — flottait au-dessus de la forteresse depuis plus de deux siècles.
Et ce soir-là, le faucon flottait encore.
À l'intérieur du château, un garçon de six ans courait dans les couloirs.
— Père !
Ses petits pas résonnaient sur les dalles de pierre.
— Père !
Il trouva enfin son père dans la bibliothèque.
Lord Armand Vaelmont était penché sur une table couverte de cartes.
Un homme grand, aux cheveux noirs traversés de quelques mèches grises, portant une longue veste sombre brodée du faucon d'argent.
Il leva les yeux.
— Abdour.
Le garçon s'arrêta devant lui.
— Mère dit que je dois aller dormir.
Armand esquissa un sourire.
— Ta mère a raison.
— Mais je ne suis pas fatigué.
— C'est ce que disent tous les enfants qui sont sur le point de s'endormir debout.
Abdour fronça les sourcils.
— Je ne suis pas un enfant.
Son père rit doucement.
— Ah non ?
— J'ai six ans.
— Voilà qui change tout.
Abdour grimpa sur un fauteuil et regarda les cartes.
— Qu'est-ce que c'est ?
Armand posa une main sur le parchemin.
— Anzourou.
Les yeux du garçon s'agrandirent.
La carte représentait huit territoires entourant une immense région centrale.
— C'est tout l'Empire ?
— Une partie seulement.
Armand suivit du doigt les frontières.
— Huit royaumes sous une seule couronne. Mais au-delà de nos frontières existent quatre autres grands empires, et plus loin encore les sept Royaumes Libres.
Abdour observa la carte avec fascination.
— Alors l'Empereur possède tout ça ?
Son père hésita.
— Non.
— Pourtant c'est lui le plus puissant.
Armand regarda son fils.
— C'est ce que tout le monde croit.
Abdour réfléchit quelques secondes.
— Alors qui est vraiment le plus puissant ?
Le sourire de son père disparut.
Avant qu'il ne puisse répondre, une voix douce retentit derrière eux.
— Celui qui sait ce que les autres ignorent.
Abdour se retourna.
Sa mère se tenait dans l'embrasure de la porte.
Lady Elara Vaelmont.
Elle portait une robe sombre et un pendentif représentant le faucon de leur maison.
Elle s'approcha et embrassa son fils sur le front.
— Tu devrais être au lit.
— Père me racontait l'histoire d'Anzourou.
— Ton père raconte surtout des choses qui empêchent les enfants de dormir.
Armand sourit.
Elara regarda ensuite les cartes.
Son regard changea.
— Tu as reçu une réponse ?
Armand resta silencieux.
Abdour regarda son père.
— Une réponse à quoi ?
Elara échangea un regard avec son époux.
— Rien qui te concerne.
Mais Abdour remarqua quelque chose.
Pour la première fois, ses parents semblaient inquiets.
Plus tard dans la nuit, Abdour fut reconduit dans sa chambre.
Avant de partir, sa mère resta quelques secondes près de son lit.
— Maman ?
— Oui ?
— Est-ce que quelque chose va arriver ?
Elara se figea.
— Pourquoi demandes-tu cela ?
— Père était bizarre.
Elle lui caressa les cheveux.
— Ton père réfléchit trop.
— Et toi aussi.
Un sourire triste apparut sur son visage.
— Tu es beaucoup trop observateur pour ton âge.
Elle l'embrassa.
— Quoi qu'il arrive, souviens-toi d'une chose.
— Laquelle ?
Elle hésita.
Puis elle murmura :
— Ne fais confiance à personne qui te dit que le pouvoir appartient uniquement à celui qui porte une couronne.
Abdour ne comprit pas.
Sa mère se leva.
— Maintenant dors.
Elle quitta la chambre.
La porte se referma.
Abdour ferma les yeux.
Quelques minutes plus tard, il entendit quelque chose.
Un bruit.
Très faible.
Des chevaux.
Puis plusieurs autres.
Il se redressa dans son lit.
Des voix.
Des hommes.
Des bruits métalliques.
Il descendit du lit et s'approcha de la fenêtre.
Dans la cour, des torches venaient d'apparaître.
Beaucoup trop nombreuses.
Abdour plissa les yeux.
Sur les chevaux se trouvaient des hommes armés.
Et au milieu d'eux flottait une bannière qu'il connaissait.
Un marquis.
Le garçon ne connaissait pas encore la signification de cette présence.
Mais son père, lui, la comprit immédiatement.
Dans la bibliothèque, Armand venait de se lever.
Elara entra précipitamment.
— Ils sont là.
Armand regarda par la fenêtre.
Son visage devint impassible.
— Combien ?
— Trop.
Un long silence.
Puis Armand prit son épée.
— Il faut faire sortir Abdour.
Elara le regarda.
— Il n'y a plus le temps.
Au loin, une voix retentit.
— Ouvrez les portes au nom de la Couronne !
Armand ferma les yeux.
Puis il murmura :
— Ils sont venus le chercher.