Chapter 6 of 17

Larmes et vérité cachée

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Je rentrai à la maison plus tard que prévu. La journée m'avait lessivé: la plainte, les auditions, la confrontation, l'adrénaline qui avait fini par retomber comme une vague. Mes jambes me semblaient lourdes et mon crâne saturé d'échos, comme si chaque mot prononcé au lycée continuait de résonner. J'ouvris la porte de la maison Sawada en espérant un peu de silence, un semblant de normalité. Mais ce n'était pas le calme qui m'attendait. Dans le salon, assise sur le canapé aux motifs floraux, Nana pleurait. Pas les petites larmes discrètes que l'on essuie vite avant que quelqu'un ne remarque. Non. Des sanglots, profonds, incontrôlés, qui secouaient ses épaules fines. Son visage, d'ordinaire illuminé d'un sourire presque irréel, était rouge, gonflé par l'émotion. Je m'arrêtai net. Une boule d'angoisse se forma dans mon estomac. Voir ma mère — cette femme qui avait toujours incarné la douceur naïve, la déconnexion enfantine — en larmes me perturba plus que n'importe quelle menace de Reborn. — Maman...? Elle leva les yeux vers moi, et son regard me transperça. C'était la première fois que je voyais, derrière son sourire effacé, une faille béante. Pas de masque, pas de façade. Juste la douleur brute. — Tsuna... je suis désolée, dit-elle d'une voix brisée. Tellement désolée... Je m'approchai prudemment, comme si chaque pas pouvait faire s'écrouler un château de cartes fragile. — Pourquoi...? Elle secoua la tête, des mèches de cheveux collant à ses joues humides. — Je n'ai jamais rien vu. Rien... Ce que tu vis, ce que tu endures... Tout ça, je ne l'ai pas remarqué. J'étais là, mais pas vraiment. Son aveu me coupa le souffle. Je voulais répondre, minimiser, dire que ce n'était pas grave... mais mes propres souvenirs me retenaient. Le vrai Tsuna avait grandi seul dans son enfer quotidien, persuadé que sa mère l'aimait mais incapable de comprendre pourquoi elle ne le protégeait pas, pourquoi elle ne voyait rien. Et là, la réponse se déroulait sous mes yeux. — Maman, tu ne pouvais pas savoir... Elle m'interrompit en frappant son poing tremblant contre sa poitrine. — Non! Je devais savoir! Je suis ta mère! Mais je n'ai pas pu... pas su... parce que... parce que je... Sa voix se brisa à nouveau, et je m'assis près d'elle. J'attendis. J'avais appris, au fil des années, que parfois le silence ouvrait plus de portes que les mots. Finalement, elle parla, d'une voix hachée: — Depuis des années, je vis dans un brouillard... Comme si le monde était trop lourd, trop bruyant. Alors je me réfugie... ailleurs. Je souris, je fais semblant que tout va bien. Parce que si je regarde trop en face, je tombe dans un trou noir dont je ne ressors pas. Je restai figée. C'était un diagnostic implicite, un aveu de maladie mentale. Dépression chronique, dissociation, peut-être autre chose. Peu importait le nom précis: ce que je voyais, c'était une femme prisonnière de son propre esprit. — Et papa...? demandai-je doucement. Elle secoua la tête, amère. — Ton père... il ne comprend pas. Il croit que je suis juste étourdie, un peu trop rêveuse. Il n'a jamais voulu voir non plus. Alors j'ai continué à sourire, pour que personne ne pose de questions. Même toi... même toi, je t'ai caché ça. Ses doigts se crispèrent autour de ma main. — Et pendant que je me noyais, toi... toi, tu grandissais seul. Je sentis mes yeux me brûler. J'étais une adulte dans ce corps, mais l'enfant en moi — celui qui avait connu le rejet, la solitude — comprenait trop bien ce que ça signifiait. J'eus envie de lui dire que j'allais bien, que je pouvais encaisser. Mais ce serait un mensonge. Ni le vrai Tsuna, ni moi, n'avions mérité cette solitude. — Tu m'as donné de l'amour, dis-je finalement. Même si tu n'étais pas toujours présente, même si tu étais perdue... ton amour, je l'ai senti. Et ça m'a tenu debout. Elle éclata en sanglots plus forts encore, se recroquevillant comme une enfant. Je l'entourai de mes bras, inversant les rôles: moi, la mère. Elle, l'enfant blessée. Un silence long et lourd s'installa, seulement brisé par ses pleurs étouffés. Puis elle souffla: — Tu n'aurais jamais dû porter ça seul. Je caressai doucement ses cheveux, serrant les dents pour ne pas laisser échapper mes propres larmes. — Je ne suis plus seul. Plus maintenant. Je pensais à Reborn, à Hibari, à Chrome. À tous ceux que j'avais décidé de garder autour de moi, à avoir un jour autour de moi, même s'ils étaient imparfaits. À ma propre volonté de changer les règles du jeu. Mais surtout, je pensais au vrai Tsuna. Lui n'avait jamais eu cette révélation. Il avait grandi en croyant que sa mère était juste aveugle ou naïve, pas qu'elle souffrait en silence. Je serrai les poings. Ce secret, je l'avais découvert par hasard, mais je ne le laisserais pas retomber dans l'ombre. Je pris une inspiration, me redressant légèrement pour croiser son regard rougi. — Maman. Écoute-moi. Tu n'as pas à porter ça seule non plus. Si tu es malade, on trouvera de l'aide. Je ne te laisserai pas te noyer. Ses yeux s'écarquillèrent. Elle semblait surprise, presque choquée que je la prenne au sérieux. Peut-être parce que personne, jamais, n'avait fait ça. — Tsuna... tu as grandi... si vite. Je souris tristement. — J'ai dû. Le reste de la soirée se passa dans une bulle étrange. Elle se calma peu à peu, épuisée par ses larmes, tandis que je restais auprès d'elle. Je préparai le repas à sa place — chose banale mais qui semblait déjà briser une routine. Reborn observa tout ça depuis un coin de la pièce, silencieux, son regard plus perçant qu'à l'accoutumée. Au moment de me coucher, il lâcha enfin une remarque, son ton mi-ironique, mi-analyse: — Tu viens de trouver la faiblesse fondamentale de cette maison. Une faille que même le Vongola n'aurait pas pu prévoir. Je le fixai. — Ce n'est pas une faiblesse, répondis-je. C'est la vérité. Et la vérité est toujours une force, si on sait quoi en faire. Il sourit, son ombre s'étirant sur le mur. — Alors, voyons si tu sauras en faire une arme... ou un fardeau. Je me glissai dans mon lit, le cœur lourd mais étrangement clair. Je n'étais plus seulement en train de réécrire l'histoire de Tsuna. J'étais en train de réparer ce que personne n'avait jamais voulu voir.

End of Chapter 6

Chapter 6: Larmes et vérité cachée - Moi, remplacer Tsuna? | Novel AI Studio