Chapter 2 of 2
Mission : Ariel Abdhul.
4.7k words
L'appartement de JP était froid, minimaliste, sans la moindre décoration qui trahisse une personnalité. Kara et Tyler étaient assis sur le canapé en cuir noir, silencieux. La télévision projetait une lumière pâle sur leurs visages, diffusant les dernières nouvelles.
Un journaliste commentait l'accident de voiture d'Esseme. Les images floues montraient une carcasse calcinée, à peine reconnaissable. La police avait conclu à un problème mécanique, une fuite d'essence. L'affaire était classée, la voix du présentateur monocorde. Kara regardait l'écran. Elle ne ressentait rien. Ni fierté pour un travail bien fait, ni culpabilité pour une vie éteinte. Juste le froid habituel.
Tyler, à côté d'elle, restait immobile. JP éteignit la télé. Le silence retomba, plus lourd. Il fit un léger mouvement de tête. "C'est propre. Pas de traces. Pas de preuves." Sa voix était sans émotion. "La femme a payé. Elle est contente. Elle a ce qu'elle voulait."
JP sortit une enveloppe épaisse d'un tiroir. Il la posa sur la table basse. Des billets, empilés. Beaucoup. Le paiement pour la mission Esseme. Kara ne fit aucun geste pour la prendre. Tyler non plus. JP la fit glisser du bout des doigts vers eux. "Prenez. Vous l'avez mérité."
Son ton changea. Il sortit un autre objet, un dossier épais, couleur kraft. Il le posa sur la table, juste devant Kara. Ses yeux, d'un bleu perçant, se fixèrent sur elle. Il ignora Tyler. "Nouvelle mission. Plus longue. Plus complexe. Pour toi."
Il ouvrit le dossier sans attendre. "Ariel Abdhul. Milliardaire. Quarante-quatre ans. Deux enfants. Une entreprise florissante. Une cible difficile." Il marqua une pause. "Le commanditaire : son frère, Gabriel Sama. Jaloux. Il veut l'héritage. Il veut tout. Il a payé."
JP détailla. "Délai indéterminé. Tu devras t'infiltrer. Gagner la confiance d'Ariel. Prendre ce qu'il faut. Puis le tuer. Accident. Comme toujours." Il plissa les yeux. "Ce ne sera pas facile. Ariel est réfléchi. Méfiant. Inaccessible." Kara répondit d'une voix neutre. "Je sais faire." JP hocha la tête. "C'est pour ça que je t'envoie."
Il la regarda un instant de plus. "Fais attention à toi." La réponse de Kara fut un automatisme. "Toujours." Elle regarda le dossier, mais ne le toucha pas. Son regard revint vers JP. "J'ai deux semaines de congé après Esseme. Je les prends." JP acquiesça. "Le dossier attendra." Kara se leva. Tyler l'imita. Ils sortirent. Le dossier resta sur la table basse.
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Kara et Tyler rentrèrent. L'appartement de Kara était un espace vide, conçu pour la fonction. Un lit bas, une armoire métallique, aucune photo, aucun souvenir. Tyler entra derrière elle. Il ferma la porte sans un mot. Elle ne dit rien.
Leurs regards se croisèrent un instant. Puis ils se jetèrent l'un sur l'autre, sans tendresse, sans mots. Juste des corps. Il la plaqua contre le mur froid. Les boutons de sa chemise sautèrent sous les doigts de Kara. Il la souleva sans effort. Ses jambes s'enroulèrent autour de sa taille.
Ils baisèrent. Brutalement. Sauvagement. Comme s'ils cherchaient à se détruire, à s'oublier dans la fureur des corps. Le son de leurs respirations haletantes emplissait la pièce. La sueur perlait sur leurs peaux. Les ongles de Kara s'enfonçaient dans le dos de Tyler. Ses dents mordaient l'épaule de Kara, sans douceur.
Leurs gémissements étaient retenus, étouffés, à peine audibles. Ils se retournaient, se plaquaient, se prenaient, dans un ballet primaire, sans autre but que l'instant. Pas de paroles. Pas de "je t'aime". Seulement la chair contre la chair. Les muscles tendus. L'obsession.
Après, ils restèrent allongés sur le lit défait. Le souffle court. La peau moite. Aucun des deux ne parla. Kara fixait le plafond blanc. Tyler ferma les yeux. Le silence était lourd, épais. Tyler se leva le premier. Il s'habilla en vitesse. Il ne dit rien. Il partit. La porte claqua, un son sec. Kara resta seule.
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Kara se leva. Nue. Le corps encore marqué par l'assaut. Elle attrapa le dossier laissé sur la table de chevet. Elle s'assit sur le bord du lit, les draps froissés. Elle l'ouvrit. Elle le lut. Lentement. Méthodiquement. Chaque page. Chaque détail. Chaque photo.
Nom complet : Ariel Abdhul. Âge : quarante-quatre ans. Situation : PDG d'un groupe international. Des milliards. Du pouvoir. De l'influence. Famille : Deux enfants. Zaine, vingt ans, fils. Fayde, vingt-deux ans, fille. Deux mères différentes. Ariel n'avait jamais été marié.
Sa réputation : un homme à femmes. Charismatique. Beau. Sûr de lui. Il savait qu'il était beau. Il savait qu'il était riche. Il en jouait. Sa faiblesse : aucune apparente. Inaccessible. Méfiant. Réfléchi. La mission : voler des informations sur l'entreprise. Les papiers de l'héritage. Les donner à Gabriel. Puis tuer Ariel. Accident.
Un détail important attira son attention. Gabriel avait déjà envoyé des menaces de mort à Zaine. Plusieurs fois. Des lettres. Des messages. Des appels. Le but : pousser Ariel à prendre un garde du corps pour son fils.
Kara regarda les photos. Ariel en costume impeccable. Ariel à une soirée mondaine, le sourire aux lèvres. Ariel avec ses enfants, l'air protecteur. Ariel souriant. Ariel sérieux. Ariel beau. Trop beau. Elle posa le dossier. Elle fixa le mur vide. Elle ne ressentait rien. Ou peut-être que si. Quelque chose. Une minuscule chose, indéfinissable. Elle éteignit la lumière. Elle s'allongea. Elle ferma les yeux. Dans deux semaines, je commence.
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Le lendemain matin, Kara se réveilla avant l'aube. Elle s'habilla, ses mouvements précis et efficaces. Elle sortit. Elle se rendit chez JP. L'appartement de JP était toujours le même. Elle frappa. Il ouvrit, sans surprise apparente. Il la laissa entrer.
"J'accepte", dit Kara sans préambule. "Mais je prends mes deux semaines." JP hocha la tête. "Le dossier attendra." Kara le savait, mais elle le dit quand même. "Je ne veux pas que tu m'appelles pendant mon congé." JP sourit à peine, une fine ligne à ses lèvres. Il comprit.
Kara ne s'assit pas. Elle resta debout, immobile. Elle regarda JP. "Parle-moi de l'infiltration." JP se redressa. Il expliqua. Une agence de gardes du corps. La meilleure de la ville. Sentinel Group. Ariel les avait déjà contactés pour Zaine. Il y a deux semaines. Après la troisième menace. Ariel hésitait encore. Il ne voulait pas d'un inconnu près de son fils.
"Comment je rentre ?" demanda Kara. JP expliqua. L'agence cherchait à recruter. Une nouvelle tête. Jeune. Fiable. Discrète. Kara postulerait. Elle passerait les tests. Elle serait embauchée. Ensuite, l'agence la proposerait à Ariel. Il refuserait, d'abord. Puis il accepterait. "Parce qu'il n'aura pas le choix."
"Pourquoi il accepterait ?" Kara ne laissa aucune émotion transparaître. "On va lui donner une raison", répondit JP. Il sortit une photo de son bureau. Zaine. Jeune. Beau. Insouciant. Il la posa sur la table.
"Dans dix jours, il y aura une tentative d'assassinat contre Zaine. Fausse. Mais crédible. Assez pour qu'Ariel panique. Assez pour qu'il accepte la première personne que l'agence lui proposera." Kara demanda : "Qui va s'en charger ?" JP répondit simplement. "Tyler." La surprise de Kara fut à peine perceptible. JP précisa. "Tyler est doué. Il ne le tuera pas. Juste peur. Une balle à côté. Une vitre brisée. Assez pour marquer."
"Et moi ?" JP expliqua. "Tu seras déjà dans l'agence. Tu attendras. Tu seras la seule femme disponible. La seule qui corresponde au profil." Kara souleva une question. "Une femme est crédible pour un garçon de vingt ans ?" JP sourit. "Ils voudront quelqu'un de discret. De jeune. De patient. Une femme, c'est parfait. On ne se méfie pas d'une femme."
Kara acquiesça. JP la rappela à l'ordre. "Tu as deux semaines. Repose-toi. Prépare-toi. Après, tu commences." Kara tourna les talons. Elle s'arrêta à la porte. "La fausse tentative doit être crédible. Vraiment crédible. Sinon Ariel ne marchera pas." JP répondit d'un ton monocorde. "Je sais. Tyler sait." Kara sortit. La porte claqua. JP resta seul. Il regarda la photo de Zaine. Il la rangea. Il éteignit la lumière.
---
Deux semaines plus tard, Kara avait passé son congé à s'entraîner. À lire et relire le dossier d'Ariel Abdhul. À préparer son personnage. Son passé fictif était sans faille, son attitude calibrée. Elle se présenta à l'agence de gardes du corps, Sentinel Group. Une agence réputée. Discrète. Efficace.
La réception était froide, moderne, faite de verre et d'acier brossé. Des gens en costume sombre passaient, leurs visages impassibles. Des caméras scrutaient chaque mouvement. L'entretien eut lieu dans un bureau sans âme. Un homme d'une cinquantaine d'années, ancien militaire, la regarda avec des yeux perçants. Il lut son CV, un document fabriqué de toutes pièces, mais parfaitement crédible.
Les tests s'enchaînèrent. Physiques : endurance, force, agilité. Psychologiques : stabilité, réactivité sous pression. Tir. Arts martiaux. Elle excellait. Sans effort apparent. Le corps était une machine. Les questions fusaient. "Pourquoi ce métier ?" Elle répondit d'une voix calme. "Je suis douée." "Avez-vous déjà travaillé pour des particuliers ?" "Oui. Discrétion assurée." "Vous êtes jeune." "Je suis efficace."
L'homme sourit, un pli aux coins des yeux. Il la rappela le lendemain. Elle était embauchée. Sentinel Group était spécialisée dans la protection rapprochée de personnalités : chefs d'entreprise, enfants de riches, stars. Ils avaient déjà été contactés par Ariel Abdhul. Deux fois. Pour Zaine. Ariel avait refusé leurs deux premières propositions. Trop de monde. Pas assez de discrétion. Pas assez de confiance.
L'agence cherchait désespérément à placer quelqu'un chez les Abdhul. C'était un contrat en or. Des millions. Une référence précieuse. Quand Kara fut embauchée, le directeur de l'agence la vit comme une opportunité inattendue. Une femme. Jeune. Discrète. Parfaite pour un garçon de vingt ans.
---
Dix jours après l'embauche de Kara, le plan se déroula. Zaine sortit d'une boîte de nuit bondée, seul ou presque, ses deux gardes du corps habituels traînant à quelques mètres. Il marchait vers sa voiture, une McLaren noire mat, garée un peu à l'écart, sous la faible lueur d'un lampadaire.
Une moto noire surgit de l'ombre, sans un bruit. Un homme casqué. Une arme. Un tir sec. La balle siffla dans l'air nocturne et brisa la vitre latérale de la voiture en une pluie d'éclats. Zaine se jeta au sol, le souffle court, ses mains tremblaient sur le bitume froid. La moto disparut aussi vite qu'elle était apparue.
Personne n'était blessé. Mais Zaine avait eu peur. Très peur. Ses gardes du corps arrivèrent en courant, l'air paniqué, leurs armes dégainées trop tard. Ils n'avaient rien vu, rien entendu avant le tir. La police arriva. Les questions, les caméras de surveillance des environs. Rien. Aucune trace. Aucun suspect.
Ariel arriva sur les lieux. Il était pâle, le visage tiré. Il tremblait légèrement en serrant son fils dans ses bras. Il ne dit rien, mais son regard sombre traduisait sa compréhension. Le lendemain, Ariel appela l'agence Sentinel Group. Il accepta. Il voulait quelqu'un. Tout de suite. Le meilleur. Le plus discret.
L'agence proposa Kara. Une femme. Jeune. Discrète. Formée. Efficace. Ariel hésita. Une femme ? Pour son fils ? L'idée le rebutait. Mais il n'avait pas le temps. Il n'avait pas le choix. Il accepta.
---
Kara arriva chez les Abdhul le soir même. Une villa immense, d'une opulence froide, cernée de hauts murs et de caméras. Des gardes en uniforme patrouillaient partout. Elle fut conduite directement dans le bureau d'Ariel. Il était debout derrière un grand bureau en ébène, les mains croisées dans le dos. Il la regarda. Il ne dit rien. Il la jaugea, son regard insistant parcourant sa silhouette fine, son visage sans expression. Longuement.
"Vous êtes jeune", dit Ariel enfin, sa voix grave remplissant le silence. Kara répondit d'une voix égale. "Je suis efficace." Ariel fronça les sourcils. "Mon fils a vingt ans. Il n'a pas besoin d'une baby-sitter." Kara ne broncha pas. "Je ne suis pas une baby-sitter." Le regard d'Ariel se fit plus intense. "Qu'est-ce que vous êtes, alors ?" Kara répondit sans hésitation. "Quelqu'un qui sait faire son travail." Ariel la regarda un temps infini. Puis il accepta. "Vous commencez ce soir."
La porte s'ouvrit de nouveau. Zaine entra, insouciant. Il vit Kara. Il s'arrêta net. Il la regarda, les yeux écarquillés. Il ne s'attendait clairement pas à ça. "C'est une blague ?" demanda-t-il à son père, un sourire moqueur aux lèvres. Ariel répondit, sa voix tranchante. "Non." Zaine se tourna vers Kara. "C'est une femme ? Pour me protéger ?" Kara répondit, sa voix sans aucune inflexion. "Je peux vous protéger mieux que n'importe qui dans cette pièce." Zaine sourit franchement. "Vous êtes sérieuse ?" Ariel intervint, le ton dur. "Elle est très sérieuse. Et tu vas la respecter." Zaine regarda Kara, le sourire s'effaçant. "On verra."
Zaine sortit, l'air décontracté. Ariel regarda Kara. Son visage se durcit. "Zaine va vous tester. Il va vous provoquer. Il va essayer de vous faire craquer." Kara répondit d'un ton neutre. "Je sais." Ariel la fixa. "Ne le laissez pas faire." Kara leva les yeux. "Je ne le laisserai pas." Ariel acquiesça, un mouvement presque imperceptible. Kara sortit. Ariel resta seul. Il regarda la porte. Il ne sait pas encore. Mais quelque chose a changé.
s la seule femme disponible. La seule qui corresponde au profil." Kara souleva une question. "Une femme est crédible pour un garçon de vingt ans ?" JP sourit. "Ils voudront quelqu'un de discret. De jeune. De patient. Une femme, c'est parfait. On ne se méfie pas d'une femme."Kara acquiesça. JP la rappela à l'ordre. "Tu as deux semaines. Repose-toi. Prépare-toi. Après, tu commences." Kara tourna les talons. Elle s'arrêta à la porte. "La fausse tentative doit être crédible. Vraiment crédible. Sinon Ariel ne marchera pas." JP répondit d'un ton monocorde. "Je sais. Tyler sait." Kara sortit. La porte claqua. JP resta seul. Il regarda la photo de Zaine. Il la rangea. Il éteignit la lumière.---Deux semaines plus tard, Kara avait passé son congé à s'entraîner. À lire et relire le dossier d'Ariel Abdhul. À préparer son personnage. Son passé fictif était sans faille, son attitude calibrée. Elle se présenta à l'agence de gardes du corps, Sentinel Group. Une agence réputée. Discrète. Efficace.La réception était froide, moderne, faite de verre et d'acier brossé. Des gens en costume sombre passaient, leurs visages impassibles. Des caméras scrutaient chaque mouvement. L'entretien eut lieu dans un bureau sans âme. Un homme d'une cinquantaine d'années, ancien militaire, la regarda avec des yeux perçants. Il lut son CV, un document fabriqué de toutes pièces, mais parfaitement crédible.Les tests s'enchaînèrent. Physiques : endurance, force, agilité. Psychologiques : stabilité, réactivité sous pression. Tir. Arts martiaux. Elle excellait. Sans effort apparent. Le corps était une machine. Les questions fusaient. "Pourquoi ce métier ?" Elle répondit d'une voix calme. "Je suis douée." "Avez-vous déjà travaillé pour des particuliers ?" "Oui. Discrétion assurée." "Vous êtes jeune." "Je suis efficace."L'homme sourit, un pli aux coins des yeux. Il la rappela le lendemain. Elle était embauchée. Sentinel Group était spécialisée dans la protection rapprochée de personnalités : chefs d'entreprise, enfants de riches, stars. Ils avaient déjà été contactés par Ariel Abdhul. Deux fois. Pour Zaine. Ariel avait refusé leurs deux premières propositions. Trop de monde. Pas assez de discrétion. Pas assez de confiance.L'agence cherchait désespérément à placer quelqu'un chez les Abdhul. C'était un contrat en or. Des millions. Une référence précieuse. Quand Kara fut embauchée, le directeur de l'agence la vit comme une opportunité inattendue. Une femme. Jeune. Discrète. Parfaite pour un garçon de vingt ans.---Dix jours après l'embauche de Kara, le plan se déroula. Zaine sortit d'une boîte de nuit bondée, seul ou presque, ses deux gardes du corps habituels traînant à quelques mètres. Il marchait vers sa voiture, une McLaren noire mat, garée un peu à l'écart, sous la faible lueur d'un lampadaire.Une moto noire surgit de l'ombre, sans un bruit. Un homme casqué. Une arme. Un tir sec. La balle siffla dans l'air nocturne et brisa la vitre latérale de la voiture en une pluie d'éclats. Zaine se jeta au sol, le souffle court, ses mains tremblaient sur le bitume froid. La moto disparut aussi vite qu'elle était apparue.Personne n'était blessé. Mais Zaine avait eu peur. Très peur. Ses gardes du corps arrivèrent en courant, l'air paniqué, leurs armes dégainées trop tard. Ils n'avaient rien vu, rien entendu avant le tir. La police arriva. Les questions, les caméras de surveillance des environs. Rien. Aucune trace. Aucun suspect.Ariel arriva sur les lieux. Il était pâle, le visage tiré. Il tremblait légèrement en serrant son fils dans ses bras. Il ne dit rien, mais son regard sombre traduisait sa compréhension. Le lendemain, Ariel appela l'agence Sentinel Group. Il accepta. Il voulait quelqu'un. Tout de suite. Le meilleur. Le plus discret.L'agence proposa Kara. Une femme. Jeune. Discrète. Formée. Efficace. Ariel hésita. Une femme ? Pour son fils ? L'idée le rebutait. Mais il n'avait pas le temps. Il n'avait pas le choix. Il accepta.---Kara arriva chez les Abdhul le soir même. Une villa immense, d'une opulence froide, cernée de hauts murs et de caméras. Des gardes en uniforme patrouillaient partout. Elle fut conduite directement dans le bureau d'Ariel. Il était debout derrière un grand bureau en ébène, les mains croisées dans le dos. Il la regarda. Il ne dit rien. Il la jaugea, son regard insistant parcourant sa silhouette fine, son visage sans expression. Longuement."Vous êtes jeune", dit Ariel enfin, sa voix grave remplissant le silence. Kara répondit d'une voix égale. "Je suis efficace." Ariel fronça les sourcils. "Mon fils a vingt ans. Il n'a pas besoin d'une baby-sitter." Kara ne broncha pas. "Je ne suis pas une baby-sitter." Le regard d'Ariel se fit plus intense. "Qu'est-ce que vous êtes, alors ?" Kara répondit sans hésitation. "Quelqu'un qui sait faire son travail." Ariel la regarda un temps infini. Puis il accepta. "Vous commencez ce soir."La porte s'ouvrit de nouveau. Zaine entra, insouciant. Il vit Kara. Il s'arrêta net. Il la regarda, les yeux écarquillés. Il ne s'attendait clairement pas à ça. "C'est une blague ?" demanda-t-il à son père, un sourire moqueur aux lèvres. Ariel répondit, sa voix tranchante. "Non." Zaine se tourna vers Kara. "C'est une femme ? Pour me protéger ?" Kara répondit, sa voix sans aucune inflexion. "Je peux vous protéger mieux que n'importe qui dans cette pièce." Zaine sourit franchement. "Vous êtes sérieuse ?" Ariel intervint, le ton dur. "Elle est très sérieuse. Et tu vas la respecter." Zaine regarda Kara, le sourire s'effaçant. "On verra."Zaine sortit, l'air décontracté. Ariel regarda Kara. Son visage se durcit. "Zaine va vous tester. Il va vous provoquer. Il va essayer de vous faire craquer." Kara répondit d'un ton neutre. "Je sais." Ariel la fixa. "Ne le laissez pas faire." Kara leva les yeux. "Je ne le laisserai pas." Ariel acquiesça, un mouvement presque imperceptible. Kara sortit. Ariel resta seul. Il regarda la porte. Il ne sait pas encore. Mais quelque chose a changé.Le tissu lourd de la robe du soir, un velours noir coupé sur mesure, caressait la peau de Kael. Sous la soie de la doublure, contre sa hanche, la froideur du métal la rassurait. L'étui de son violon, un Stradivarius authentique, lui pesait dans la main gauche. Il contenait bien plus qu'un instrument de maître. Elle traversa la première série de portiques, ses mouvements fluides, répétés mille fois. La confiance émanait d'elle, une seconde nature, calculée, impeccable.Les gardes de la propriété de Volkov, des silhouettes massives en uniformes gris, les scannaient d'un regard perçant. Leurs yeux glissaient sur les invités en smoking et robes de gala, s'attardant une fraction de seconde sur chaque objet personnel. Kael sentit leurs regards, mais ne réagit pas. Elle gardait son visage impassible, sa respiration régulière, le rythme de son cœur maîtrisé. La tension était une constante, une compagne silencieuse.Un jeune homme, l'air trop zélé, lui tendit un détecteur de métaux. Kael le laissa passer sur son corps, la pointe froide frôlant le velours de sa robe. Elle sentit le léger picotement du contact, mais le capteur resta muet. L'objet dissimulé était fait d'un alliage spécial, invisible à ces outils rudimentaires. Elle le regarda, un sourire infime se dessinant sur ses lèvres sans les atteindre. Il ne détecta rien. Il ne trouva rien.Son badge d'accès, orné du logo de l'orchestre symphonique de la ville, cliqua contre le lecteur. La barrière pivotante s'ouvrit avec un doux sifflement. Elle entra, la tête haute, ses talons fins claquant sur le marbre poli de l'entrée. L'air était lourd du parfum des fleurs rares et de l'argent. Des lustres en cristal de Bohème pendaient du plafond, des dizaines de milliers de facettes capturant et diffractant la lumière. Le domaine de Volkov s'étendait autour d'elle, une forteresse de luxe ostentatoire.Chaque pas la rapprochait de son but. Elle croisa le regard d'un garde plus âgé, un homme aux yeux fatigués qui l'observait avec une curiosité presque paternelle. Il ne voyait pas l'arme sous sa robe. Il ne voyait que la jeune femme élégante, le violoniste qui se préparait à jouer pour une soirée. Kael lui accorda un sourire poli, le genre qu'on offre à un étranger sans attente. Son jeu était parfait, chaque geste calibré pour projeter une image de normalité dénuée de toute malice. Elle franchit la dernière ligne de sécurité, le son lointain des cordes et des voix l'attirant vers le cœur du manoir. Le plan était en marche.---Le grand salon était un tourbillon d'opulence. Des colonnes corinthiennes soutenaient un plafond peint de fresques mythologiques. Des invités en tenue de soirée se mêlaient, leurs conversations animées emplissant l'espace. Kael se glissa dans la foule, cherchant sa cible. Elle le repéra près d'une fenêtre arquée, un verre de cognac à la main. Viktor Volkov.L'homme que ses dossiers décrivaient comme un stratège froid et impitoyable, se tenait là, souriant. Un sourire chaleureux, franc, qui mettait en valeur les rides fines aux coins de ses yeux clairs. Il portait un smoking impeccable, sa carrure puissante contenue avec une élégance surprenante. Il écoutait attentivement un vieil ambassadeur, hochant la tête, l'air parfaitement détendu. Kael s'attendait à voir la ruse, la froideur calculatrice. Au lieu de cela, elle vit de l'empathie.Volkov échangeait des plaisanteries avec une femme en robe rouge, son rire profond et mélodieux se propageant légèrement au-dessus du brouhaha. Il n'était pas le tyran solitaire et menaçant qu'elle avait étudié pendant des semaines. Il était charismatique. Il était accessible. Il avait une présence magnétique, attirant les gens vers lui comme les papillons vers une flamme. Sa main se posa brièvement sur l'épaule de l'ambassadeur, un geste de réconfort, pas de domination.Kael observa, sa tête penchant légèrement, ses yeux balayant la scène, analysant chaque micro-expression. Le dossier détaillait ses opérations illégales, ses liens avec des groupes criminels, sa brutalité sans faille. Il était l'homme qui avait détruit des vies sans remords. Pourtant, ce soir, il était le parfait hôte, un homme de culture et de raffinement. La dissonance était frappante.Une légère perturbation se manifesta en elle, une petite faille dans son armure de détachement. Elle avait appris à ne jamais se fier aux apparences, mais l'écart entre la réalité et les renseignements était troublant. Elle se rappela les avertissements de JP : "Ne le sous-estime jamais. C'est un manipulateur de génie." Était-ce une facette de sa manipulation ? Un masque parfaitement ajusté ?Son regard suivait Volkov alors qu'il se déplaçait dans la pièce, distribuant des poignées de main fermes, des compliments sincères. Il donnait l'impression de se soucier réellement de chaque personne à qui il parlait. Kael sentit une pointe d'agacement. Cette façade était trop bien construite, trop humaine. Elle ne devait pas se laisser berner. Elle devait se concentrer sur la mission, ignorer l'illusion. Volkov était un prédateur, peu importe le charme qu'il arborait. Elle se rappela son entraînement, le but de sa présence ici. Elle était là pour le démasquer, pour frapper. Non pour admirer son spectacle.---La foule était devenue plus dense. Kael se faufilait entre les grappes d'invités, cherchant un chemin vers la salle de concert adjacente. Les rires et les conversations s'intensifiaient, créant une cacophonie étouffante. Elle sentit la chaleur des corps autour d'elle, le parfum entêtant des parfums chers et du vin. Son violon dans son étui, il lui semblait plus lourd que d'habitude, une ancre au milieu de ce courant social.Puis, ce fut le contact. Une collision brève, inattendue. Une épaule large et solide se heurta à la sienne. Un verre de champagne tintait dangereusement près de son oreille, mais ne se renversa pas. Kael retint sa respiration, un instant fugace où le temps sembla se figer.L'homme se retourna, une expression de légère surprise sur son visage. Volkov.Ses yeux, d'un bleu profond, rencontrèrent les siens. Une fraction de seconde, mais cela parut une éternité. Il y avait une intensité inattendue dans son regard, une sorte de reconnaissance qui la laissa désarçonnée. "Pardonnez-moi", dit-il, sa voix rauque, plus proche qu'elle ne l'avait imaginé. "La foule est dense ce soir."Un courant électrique traversa Kael. Pas la peur, pas la haine. Quelque chose d'autre. Une sensation qu'elle ne put nommer, une vibration étrange dans sa poitrine. Elle était habituée à la distance, à l'analyse clinique, mais ce contact physique direct et ces yeux qui la fixaient avaient percé une fine couche de sa carapace. Elle cligna des yeux, reprenant le contrôle. Sa formation lui dictait la neutralité absolue. "Ce n'est rien, Monsieur Volkov", répondit-elle, sa voix parfaitement calme. "Mon étui est solide."Elle vit un léger sourire se dessiner sur ses lèvres. Un sourire qui ne cachait rien, un sourire d'amusement authentique. Il inclina la tête, un geste de courtoisie. Ses yeux s'attardèrent sur son violon un instant, puis revinrent à elle. Il y avait une étincelle de curiosité. "Vous êtes musicienne, alors."Ce n'était pas une question, mais une constatation. Kael acquiesça. "Oui, Monsieur." Il ne posa pas d'autres questions. Il ne chercha pas à prolonger l'échange. Il fit un léger signe de tête et se fondit de nouveau dans la foule, aussi rapidement qu'il en avait émergé. Kael resta immobile, son cœur battant un rythme inhabituel. Le contact avait été anodin, la conversation brève. Pourtant, la sensation persistait, une légère brûlure à l'endroit où leurs épaules s'étaient touchées. C'était une anomalie. Une interférence dans son système parfaitement réglé. Elle détestait les interférences. Elle ne pouvait pas se permettre de se laisser déstabiliser. Elle inspira profondément, l'odeur du musc et de la fumée de cigare encore présente. Elle devait se ressaisir. La mission avant tout. Elle n'était pas là pour ressentir.---Elle trouva sa place au sein de l'orchestre, dans la fosse légèrement en contrebas de la scène principale. Le bois poli de son violon était froid sous ses doigts, un poids familier et rassurant. Autour d'elle, les autres musiciens accordaient leurs instruments, un bourdonnement harmonieux emplissant l'air. Elle ajusta le petit micro discret fixé à sa tenue, vérifiant la liaison. Tout était prêt.La lumière des projecteurs se posait sur la scène, créant un halo doré. Le public s'installait progressivement, le murmure des voix s'apaisant. Kael leva les yeux, parcourant l'assemblée. Elle cherchait sa cible. Elle savait qu'il apparaîtrait, le maître de cérémonie de cette grande mascarade. Ses doigts effleurèrent les cordes de son violon, une caresse silencieuse.Le chef d'orchestre, un homme grisonnant à l'air sévère, tapota son pupitre. Les derniers chuchotements s'éteignirent. La tension monta, palpable. Kael prit une profonde inspiration, l'odeur du vernis et de la sueur des musiciens l'enveloppant. Elle sentit le poids de l'étui vide sous sa chaise, l'objet qu'il avait contenu étant maintenant en place, prêt à servir.Un mouvement attira son attention. Une silhouette élégante émergea des coulisses. Viktor Volkov.Il marchait d'un pas assuré vers le centre de la scène, la lumière l'enveloppant comme une aura. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire large et confiant, un sourire que Kael avait maintenant vu de près. Il leva une main pour saluer la salle, un geste de souverain envers son peuple. Son regard balaya le public, puis, pour une seconde infime, il sembla s'arrêter sur la fosse d'orchestre, comme s'il sentait une présence.Kael ne bougea pas. Ses yeux étaient fixés sur lui, un point d'immobilité au milieu de l'agitation. Le plan était clair, les étapes définies. Il souriait, irradiant une joie presque contagieuse. Il semblait au sommet de son monde, invulnérable. Mais Kael savait que chaque empire avait ses failles. Elle serra l'archet de son violon, ses doigts s'engourdissant. Le concert allait commencer. Et avec lui, une autre sorte de musique, une mélodie bien plus dangereuse. Son regard ne quitta pas Volkov, sa cible, l'homme au sourire trompeur, alors qu'il s'apprêtait à prendre la parole.